A propos de l’entretien avec Glenmor …

A propos de l’entretien avec Glenmor …

Je livre ici, un peu en vrac, quelques notes rassemblées au cours de mes lectures et qui doivent pouvoir préciser quelques-uns des propos de Glenmor … Tout cela n’a rien d’exhaustif et j’accepte volontiers toute précision venant de mes lecteurs.
Je n’ai pas voulu, en particulier, prendre position dans le débat sur l’idéologie développée par certains membres du mouvement breton pendant la période troublée de la Seconde Guerre Mondiale.


Jacques Brel …

Glenmor semble « modeste » quand il parle de ses liens avec Jacques Brel. Il l’a, en fait, très bien connu. Rappelons que Glenmor a des attaches familiales avec la Belgique …
La légende veut que Emile, dans la chanson de Brel « le Moribond » (« Adieu, l’Emile, je t’aimais bien »), ne soit autre que Milig ar Skanv !

E-Dibenn miz gwengolo

Cette chanson (1977) a été écrite en hommage à Yann Ker Kernaleguen mort en 1976 « en service » pour l’ARB (Armée Révolutionnaire Bretonne).

Fest Noz

Le fest-noz (fest = fête et noz = nuit) se dit festou-noz au pluriel. Certains, pour faire la fête plus souvent, organisent aussi des festou-deiz (deiz = jour).

Les Côtes du Nord

Au moment où nous parlons, ce département ne s’appelait pas encore les Côtes d’Armor …

Marcellin

Il ne s’agit pas ici du saint qui fut pape (avant d’être saint ?) mais bien de Raymond Marcellin, alors président du Conseil Général du Morbihan, bien (très bien) ancré à Droite. Parachuté en 1946 comme député du Morbihan, il a eu une vie politique très longue. Né en 1914, il fut secrétaire général du CNI (Centre National des Indépendants). Avocat à la Cour d’Appel de Paris (en 1945), il fut ministre de la santé en 62 et de l’Agriculture en 74. Mais son poste le plus remarqué fût celui de ministre de l’Intérieur en Mai 68. Chargé par de Gaulle de débarasser le pays de la « chienlit », il restera place Beauveau jusqu’en février 1974, date à laquelle lui succédera un certain Jacques Chirac.
Certains le croyait inamovible (ou immortel) mais il laissa la place de président du Conseil Général à Cavaillé en 1998.
Les idées « autonomistes » que lui prête Glenmor sont plus la preuve d’une étonnante faculté d’adaptation à l’air du temps que d’un intérêt réel pour la « chose » bretonne.

Le PNB, Mordrel, Debeauvais et Delaporte …

Le PNB (ou Parti National Breton) a été fondé en 1911 par Le Mercier d’Erm (poête de langue bretonne, il est aussi l’auteur, entre autre, d’une étude sur l’affaire de l’armée de Bretagne à Conlie -Guerre de 1970-). A cette époque, le PNB va rassembler l’essentiel du mouvement politique breton même s’il existe déjà d’autres groupements comme le Bleun Breug (= Fleur de Bruyère) créé en 1905 par Yann Vari Perrot avec sa revue Feiz ha Breiz (= Foi et Bretagne) qui existe depuis 1899.

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En janvier 1919, paraît le premier numéro de Breiz Atao (= Bretagne Toujours), revue à but essentiellement culturel au départ qui apparaît très vite comme l’organe officiel du mouvement autonomiste breton. Au fil du temps et par amalgame, tout Breton militant (dans quelque mouvement que ce soit) deviendra, dans l’esprit des gens, un Breiz Atao avec souvent une connotation péjorative. Actuellement, dans certains milieux plus restreints, cette appellation demeure mais avec une note beaucoup plus amicale !

Pour en revenir au PNB, il faut noter qu’en 1932, François Debeauvais et Olier Mordrel fonde le PNB 2, lequel sera dissous sous le gouvernement Daladier (octobre 1939) en raison de ses positions très « amicales » par rapport à l’Allemagne nazie. Les biens du parti sont confisqués et les archives (malheureusement !) détruites. Ce même gouvernement avait dissous le Parti Communiste Français (septembre 39), Pacte Germano-Soviétique oblige …

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Le PNB continue d’exister dans la clandestinité. En juillet 1940, Debeauvais et Mordrel créent le Comité National Breton. A cette même occasion (« Congrès » de Pontivy) est décidé l’édition d’une nouvelle revue « l’Heure Bretonne ». 201 numéros paraîtront entre juillet 1940 et juin 1944, la revue connaissant un succès certain. Je note qu’on a beaucoup reproché à Morvan Lebesque d’avoir dirigé cette revue (il n’a, en fait, tenu que 2 semaines …).

En décembre 1940, Mordrel démissionne de la direction du CNB et est remplacé par Raymond Delaporte qui restera à ce poste jusqu’à la fin de la guerre.

Mordrel quitte Rennes au printemps 44 pour Paris où il tente d’échaffauder un plan pour gagner un pays neutre : il veut y créer un Comité National en exil … Mais, le 13 août 44, il est « invité » par les Allemands à se rendre chez eux. Il passera par l’Autriche, puis l’Italie, …
On pourra lire avec intérêt l’ouvrage de Mordrel « Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton ». Ed. Moreau. Paris 1973.

Raymond Delaporte, quant à lui, se cache à Paris à la fin de la guerre puis se réfugie en Irlande où il enseigna à Cork. Son frère, Yves, se cache en Ecosse. Tous les deux sont condamnés, par contumace, à 20 ans de travaux forcés mais ils seront grâciés.

François Debeauvais fut, comme Mordrel, prié de se « réfugier » en Allemagne. Atteint de la tuberculose, il y mourra en mars 1944.

Vae victis … : Célestin Lainé et le Bezen Perrot

Dans la nuit du 6 au 7 août 1932 ( et non du 5 au 6 comme indiqué précédemment par erreur. Merci au correspondant qui me permet de rectfier !), le monument qui rappelle le traité d’Union de la Bretagne à la France (1532), au centre de la facade de la mairie de Rennes, vole en éclats : le mouvement Gwenn ha Du, société secrète autonomiste créée 2 ans plus tôt, se fait ainsi connaitre. Le 20 novembre de la même année, le train qui amène Edouard Herriot en Armorique doit s’arrèter à Ingrandes : la voie ferrée a été coupée par une charge d’explosif. Gwenn ha Du récidive. La cérémonie de commémoration du fameux traité aura quand même lieu à Nantes mais dans une ambiance d’état de siège …

Derrière Gwenn ha du se cache, entre autres, Célestin Lainé, ingénieur (chimiste) de Centrale et officier de réserve de l’armée française. Ce partisan de la méthode forte a une idée fixe : créer une armée bretonne (« nous continuerons la tradition de ceux qui, au cours des siècles, ont lutté, les armes à la main, pour affirmer nos droits de nation »).
Cette idée semble prendre corps avec la création, par Yann Goulet, des Bagadou Stourm (bagad = troupe et Stourm = combat) où Lainé assure l’instruction des volontaires tout en mettant sur pied une unité qu’il contrôle plus personnellement (le « service spécial », unité paramilitaire chargée aussi du service d’ordre au sein du PNB)). En 1942, il y scission entre les Bagadou Stourm et le « service spécial » de Lainé qu’on appelle aussi Lu Brezhon (lu = armée et Brezhon = bretonne). Le rêve de Lainé se réalise donc et en 1944, Lu Brezhon prend le nom de Bezen Perrot (Bezen = phalange, milice) du nom de Yann Vari Perrot, curé de Scrignac (en Finistère, au nord ouest de Carhaix) assassiné par des maquisards communistes en décembre 1943. Je rappelle que ce fervent de la cause bretonne fut le fondateur du Bleun Brug et le responsable de la revue Feiz ha Breiz.

Le Bezen Perrot (« la plus petite armée du monde en guerre ») n’a regroupé, à son meilleur moment, que 70 personnes (60 combattants et 10 « fonctionnaires »). On comparera ces chiffres avec les 7 000 Français engagés dans la division Charlemagne de la Waffen SS au début de 1945 (la moitié se fera « hachée » en Poméranie …). On peut aussi se souvenir de la LVF (Ligue des Volontaires Français contre le Bolchevisme) qui comptait, en 1943, 6 429 engagés (il y avait eu 19 788 volontaires enregistrés). Le Bezen de Célestin Lainé était donc bien loin de regrouper l’ensemble du mouvement breton, ce que certains voudraient bien croire (ou faire croire) aujourd’hui encore.

En 1944, le groupe (une trentaine d’hommes au départ) est installé à Rennes, caserne du Colombier et participe à des actions contre les maquis de Bretagne (gallèse, essentiellement). Ces volontaires, encadrés par Péresse et Jasson, porte l’uniforme vert de gris avec la calotte à tête de mort. Pour les forces d’occupation, ils sont la Bretonnische Waffenverband der S.S. et les Allemands les obligeront très tôt à abandonner les commandements en Breton en vigueur au départ.

Le 3 août 1944, le VIIIème corps d’armée américain entre à Rennes que la Vehrmacht avait évacué plusieurs jours avant. Le Bezen (au moins certains de ses membres ou sympathisants comme Marcel Guiyesse et sa fille, Denise, Roparz Hemon, …) se replie également vers l’Est. A l’étape de Paris, les « désertions » se multiplient : certains (comme celui qu’on surnomme Tintin la Mitraille) rejoignent les FTP, d’autres les FFI (Le Bihan, entre autres …) et quelques uns enfilent discrètement des vêtements civils …

Après, ce sera l’Alsace où Lainé rejoint ses hommes. Le 16 décembre 1944, le Bezen fête tristement son premier anniversaire en Allemagne où souffle le vent de la défaite. Seul, Lainé rêve encore et fait semblant de préparer la formation d’un « maquis » qu’il fera parachuter en Bretagne même, derrière les lignes alliés. Mais, très vite, il abandonne son groupe qui erre ça et là, au gré des ordres et des contreordes d’un commandement allemand qui semble bien embarassé par ces volontaires, Bretons et autres. Certains retrouvent Mordrel en Autriche et se dirigent vers l’Italie. D’autres rentrent en France quelques mois plus tard où ils sont attendus par les tribunaux (certains d’exception). On pourra
lire avec intérêt le récit de cette « épopée » par Gilles Eskob, l’un des Perrot que Ronan Caerleon a retranscrit dans son ouvrage : « Le rêve fou des soldats de Breiz Atao » (Ed. Nature et Bretagne. Quimper. 1974).

Dans les mois qui suivent la Libération, 20 nationalistes bretons sont condamnés à mort et 8 exécutés dont Guy Vissault qui refusa de signer son pourvoi en cassation : « Un soldat breton ne demande pas grâce à un chef d’Etat français ! »

A ce sujet, le livre de Ronan Caerleon dont parle Glenmor s’intitule exactement « Au village des condamnés à mort » paru aux Editions de la Table Ronde en 1970.

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