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Catégorie : Histoire & Personnages

La partie historique de ce site, la plupart du temps en lien avec la Bretagne mais toujours en lien avec l’histoire…

Au fil de la Loire, on rencontre Anne de Bretagne

Au fil de la Loire, on rencontre Anne de Bretagne

Préambule à notre balade en Val de Loire, Amboise :

Le château Royal d’Amboise fut un lieu de séjour fréquent de Charles VIII et d’Anne de Bretagne. C’est ce souverain qui donna au château la configuration d’un véritable palais, dont une partie seulement a été conservée jusqu’à nos jours. source  : http://anne-de-bretagne.net/fr/les-chateauxpartenaires/chateau-royal-d-amboise

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Amboise

C’est en visitant les châteaux du Val de Loire, que tout en douceur, au fil de l’eau, ces grandes bâtisses vous replongent dans l’Histoire de France et de Bretagne. Nous avons remonté le fil de cette histoire, avec comme personnage récurrent, certes les rois de France, mais surtout leurs épouses et parmi elles, Anne de Bretagne.

Anne de Bretagne, née le 25 ou à Nantes et morte le (à 36 ans) à Blois, est duchesse de Bretagne et comtesse de Montfort (1488-1514) et d’Étampes (1512-1514) et, par ses mariages, archiduchesse d’Autriche, reine de Germanie (1490-1491), puis de France (1491-1498), puis de nouveau reine de France (1499-1514) et reine de Naples (1501-1503) et duchesse de Milan (1499-1500) et (1500-1512). source Wikipedia

Mais reprenons notre balade telle que nous l’avons faite en ce mois de mai 2016.

Première étape, le château des Dames : Chenonceau

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Chenonceau

Le château des Dames n’a que peu à voir avec Anne de Bretagne, mais comment parler du Val de Loire sans évoquer au moins par une visite et une image le château des Dames. Magnifique édifice à l’histoire très riche, mieux vaut le visiter de nos jours en dehors des périodes d’affluence, sinon c’est la foule et vous visitez les magnifiques intérieurs à la queue leu leu et ce n’est pas l’idéal…

Si Anne de Bretagne ne fait pas partie des résidentes prestigieuses de Chenonceau.

wikipedia : Chenonceau est construit, aménagé et transformé par des femmes très différentes de par leur tempérament. Il est édifié par Katherine Briçonnet en 1513, enrichi par Diane de Poitiers et agrandi sous Catherine de Médicis. Il devient un lieu de recueillement avec la reine blanche Louise de Lorraine, puis il est sauvegardé par Louise Dupin au cours de la Révolution française et enfin, métamorphosé par madame Pelouze. C’est ainsi qu’il est surnommé le château des Dames2, car « cette empreinte féminine est partout présente, le préservant des conflits et des guerres pour en faire depuis toujours un lieu de paix.

Elle y a cependant laissé une petite part de son empreinte, indirectement. Comme nous le raconte le site Passion Chateau, l’hermine bretonne figure en effet au coté de la salamandre de François Ier par son épouse Claude de France, fille d’Anne de Bretagne et de Louis XII

Seconde étape, le château dans la forêt : Chambord

Et donc François Ier et le magnifique Chambord, là non plus peu de lien avec Anne, mais ne pas visiter Chambord en Val de Loire, c’est comme visiter Paris et ignorer le Louvre ou la Tour Eiffel.

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En arrivant à Chambord
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Si nous étions Rois, nous arriverions par cette grande allée
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Au fil du canal de Chambord, ce dernier vous contemple

Tant de chose à dire de Chambord, mais rien en rapport avec Anne de Bretagne et pour cause c’est le château d’un Roi, François Ier a Chambord, Louis XIV aura Versailles. Même mégalomanie architecturale et tout ça pour n’y passer que 72 nuits au total.

Incontournable visite car l’architecture de ce bâtiment est grandiose dans les moindres détails et s’il parait un peu froid de caractère, ce château abrite tant de détails que le regard ne sait plus où s’arrêter.

Troisième étape : Blois, première rencontre avec Anne puisqu’elle fut l’épouse de Louis XII

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Bois Château Royal

Blois fut la dernière demeure d’Anne de Bretagne où elle résida avec son second époux royal : Louis XII jusqu’en 1514. C’est le couple qui contribua à modifier le château médiéval en château renaissance

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L’emblème de Louis XII
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Aile Louis XII

Les références à Anne et son époux Louis sont omniprésentes dans l’aile de leur époque

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Louis et Anne partout réunis à Blois

Le fameux escalier à vis ajout de François Ier

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Prémisse de l’escalier de Chambord ?

Quatrième étape : Langeais, seconde rencontre avec Anne et pour elle cette première étape en catimini pour devenir Reine de France. http://chateau-de-langeais.com/

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Anne est probablement arrivé de là
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Puis elle est entrée à Langeais
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Découvrant la cour du château en catimini
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Avant de contracter ce fameux mariage que l’Histoire a retenu

Et c’est donc à rebours que nous croisons Anne de Bretagne avant de retourner vers son duché natal, puisque avant Louis XII elle fut marié, mariage politique en catimini, avec un premier roi de france : Charles VIII. Mariage resté célèbre pour la Bretagne puisqu’il signe la fin de l’indépendance du duché de Bretagne…

Indépendante ou pas, c’est en quittant Langeais que nous avons repris le chemin de notre région préférée.

PONTCALLEC

PONTCALLEC

Joël CORNETTE, dont nous citions le nom à propos de son excellente « Histoire de la Bretagne et des Bretons » (Seuil. 2005), vient de publier un ouvrage intitulé : « Le Marquis et le Régent. Une conspiration bretonne à l’aube des Lumières ».
Outre l’histoire de la conspiration de Pontcallec, l’auteur s’attache à étudier la naissance et l’utilisation du mythe « Pontcallec » dans l’imaginaire breton. Précisons que le livre est accompagné d’un CD qui reprend l’enregistrement d’une douzaine de chansons consacrées au personnage.

(Editions Taillander. 2008. 478 pages et 1 CD)

MARION du FAOUET

MARION du FAOUET

De Robin des Bois à Jessie James, chaque époque, chaque pays entretient le souvenir de son « brigand bien-aimé ». Tout le monde connait Louis Mandrin, roué vif à Valence (Drôme actuelle) en 1755 au moins grâce à « la Complainte de Mandrin ». Quelques années auparavant, Jean Dominique Cartouche, roué vif lui aussi (en 1721) mais à Paris, en place de Grève, avait fait le bonheur des gazettes où il était décrit comme le roi de Paris à un moment où le régent, Philippe d’Orléans, peinait à asseoir son autorité. En Bretagne, l’épisode de la conjuration de Pontcallec (décapité à Nantes en 1720) est là pour le rappeler.

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Trois ans avant l’exécution du gentilhomme breton, en 1717 donc, naissait à Porz en Haie, à quelques lieux du Faouët, Marie Louise Tromel qui prendra place au panthéon des brigands sympathiques, ceux qui détroussent les nantis pour aider les démunis. Elle restera dans l’histoire (bien mâtinée de légende, il faut le dire) sous le nom de Marion du Faouët.

Félicien Tromel, son père, est ouvrier agricole : il loue ses bras à la journée mais le travail est aléatoire et les salaires misérables (au mieux six sols par jour, plus souvent quatre). Marie Louise connait donc très tôt la pauvreté. Elle apprend à mendier, activité courante en Bretagne dans ce siècle dit « des Lumières ».

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Détail de « Mendiants » de P. Mathey (1923)

En Bretagne, ce siècle porte mal son nom et c’est une période bien « sombre ». La province connait des crises importantes de mortalité. Les mauvaises récoltes enchainent disette et flambée des prix. La misère se répercute sur l’état physiologique des populations. Stéphane Perréon (« L’armée en Bretagne au XVIIIème siècle ») cite l’exemple de la région de Landerneau où 89 % des hommes qui tirent au sort pour entrer dans les milices sont déclarés inaptes parce que trop chétifs … En 1743, le curé de Campénéac, près de Ploërmel, parle de « pauvres … qui ressembloient à des spectres, à des gens venus de l’autre monde ».

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Marion telle que l’imagine Catherine Gorne-Achdjian
pour le roman de Yvonne Chauffin (LIV’EDITIONS 1997)

La petite Marie Louise Tromel arrive donc dans un monde où seuls, les moins faibles, à défaut des plus forts, survivent et il semble qu’elle prenne conscience très tôt de cette fatalité. Elle accompagne sa mère qui, entre deux maternités, parcourt les villages, les foires, les pardons pour essayer de placer quelques menus objets de mercerie : lacets, fils, aiguilles, … Marion se jure qu’elle ne connaîtra pas cette vie de misère et elle aide parfois le destin en volant aux étals (les tentations sont nombreuses) ou en délestant quelque bourgeois d’une bourse trop visible.

En 1735, elle rencontre Henry Pezron que l’on surnomme Hanvigen. Il deviendra le principal compagnon, l’amant préféré (elle n’est pas exclusive et bien d’autres partageront sa couche !). L’année suivante, elle accouche de son premier enfant et c’est dans ces temps-là que se constitue vraiment la bande de Marion que l’on appelle aussi Finefond (celle qui est fine et rusée).

En 1743, Henry Pezron est arrêté avec quelques complices et Marion se charge de le faire évader après quelques mois de prison. La bande reprend ses activités et se renforce, comptant jusqu’à 80 affidés. Le théâtre des opérations s’agrandit : on signale la troupe aussi bien à Quimper qu’à Vannes, parfois à Ploemeur et la région de Carhaix.

Mais la renommée de la troupe Finefond finit par inquiéter les autorités et la traque s’organise. Marion et Henry sont arrêtés avec deux autres complices dans la région de Ploerdut. En début d’année 1746, à Hennebont, les 4 brigands sont condamnés à être pendus. Ils obtiennent cependant la « grâce de l’appel » et sont transférés à Rennes où s’ouvre un second procès. Hanvigen prend à son compte toutes les activités de la bande et, pour lui, la sentence est confirmée (il sera pendu le 28 mars 1747). Ses deux comparses sont absous et Marion échappe elle aussi à la corde. Elle est malgré tout fouettée nue en place publique et marqué au fer rouge du « V » des voleurs. La liberté qu’on lui accorde alors est assortie d’une interdiction de séjour dans son pays du Faouët.

Bien entendu, elle y retourne sans tarder et retrouve une bonne partie de sa bande. Les affaires reprennent donc mais le coeur n’y est plus : après la disparition d’Henry, Marion n’est plus la même.

Pendant 7 ans, malgré tout, elle continue d’écumer la région sans être vraiment inquiétée. Mais en septembre 1747, son frère Joseph, au cours d’une rixe d’ivrognes, blesse à mort un bourgeois du Faouët, le sénéchal Guyet. C’en est fini du semblant de connivence qui existait entre les habitants et les « Finefond » : le sang a coulé. Même le clergé s’en mêle et Marion est désignée à la vindicte populaire lors des prêches du dimanche.

En juin 1748, à nouveau enceinte, elle est interpellée à Auray et accouche dans la nuit qui suit son arrestation. Les juges de Vannes sont cléments (et elle sait y faire …) : ils la relâchent aussitôt.

Suivent 4 années d’errance avant que Marion ne se retrouve derrière les barreaux à Carhaix dans un premier temps puis à Quimper d’où elle s’évade en sciant les barreaux de sa prison (10 septembre 1752).

Mais la justice ne la lâche plus et elle doit aller de cachette en cachette. C’est finalement à Nantes qu’elle est arrêtée pour délit de vagabondage puis reconnue par une personnes de Gourin. Elle est transférée à Quimper où elle sera jugée. Elle a beau nier tous les chefs d’accusation qu’on lui impute (pas moins d’une vingtaine … mais les autorités ne savent pas tout !), la sentence est prévisible et le 17 mai 1755, la Marion du Faouët est pendue en place publique.

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Les Pendus(Pisanello) détail

Ar Men & la Tour d’Amour

Ar Men & la Tour d’Amour

Faut-il l’avouer ? Jusqu’à ce mois de septembre 2002, je n’avais jamais entendu parler de Marguerite Eymery non plus que de Rachilde, son nom d’auteur. Il faut dire que ma formation en littérature date d’une époque où il eut été inconcevable de parler d’elle dans les écoles de la sainte église catholique : on y citait Voltaire par obligation et on n’abordait Baudelaire que par le biais de l’Albatros …

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Les dictionnaires courants ne font pas non plus mention de cet auteur et c’est dommage : dans la page des « R », Rachilde aurait côtoyé l’austère Jean Racine, à celle des « E », elle surgissait juste après la bataille d’Eylau et à celle des « V » (Valette était son nom d’épouse) elle saluait à la fois Paul Valéry et Jules Vallès.

Toujours est-il qu’avant de me plonger dans les dictionnaires, je suis tombé par hasard sur un roman de Rachilde, « la Tour d’Amour », en ouvrant le tome 2 d’un ouvrage intitulé « Gens de Bretagne » et diffusé en 1998 par le Grand Livre du Mois.

A défaut de Racine ou Vallès, Rachilde rejoint dans ce volume des auteurs mieux connus des Armoricains (pas obligatoirement, non plus, dans les dictionnaires) comme Charles le Goffic, Anatole le Braz ou Pierre Jakez Hélias. L’inspiration bretonne de Marguerite Eymery ne puise pas aux mêmes sources que ceux-là : née en Périgord (le 11 février 1860) sa connaissance de la Bretagne est plus livresque que réelle. Mais au moment où elle écrit, c’est un thème à la mode : les récits bretons foisonnent avec le courant romantique et les peintres ne sont pas en reste. «La Bretagne n’existait pas -littérairement parlant- à la fin de l’Ancien Régime. Ses vieux bardes s’étaient évanouis dans les fourrés et les clairs de Brocéliande. La Harpe d’or de Merlin s’était tue. Le génie de tout un peuple ne jouait plus … Il fallut le génie de Chateaubriand pour remettre à la mode la terre des fili et des fées. Les poèmes attribués à Ossian par James Macpherson contribuèrent aussi très largement à redonner aux hommes le goût des brumes et du mystère. Le Romantisme allait procéder de ce goût-là. On délaissa la lumière bleue que les chevriers grecs travaillent du pipeau pour une autre, plus confuse, qui paraissait parvenir de l’au-delà et procéder de lui. » (Charles le Quintrec dans « les grandes heures littéraires de Bretagne ». Editions Ouest-France. Rennes 1978).

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Pour en revenir à la Tour d’Amour, c’est, pour Rachilde, le phare d’Ar Men. Ce monument, devenu mythique, est entré dans la légende dès le début de sa construction : perdu en mer à près de 20 km à l’Ouest de Sein, le rocher d’Ar Men reçoit ses premiers visiteurs en 1868. Il ne fait que 7,20 mètres de diamètre et est sans cesse recouvert par les vagues. Les ouvriers qui forent le récif pour y ancrer les fondations doivent s’attacher aux rochers. On raconte d’ailleurs que la première année de travaux fut bien courte : on ne put aborder le récif que 7 fois dans l’année pour un temps de travail de 8 heures en tout ! Le phare ne sera allumé qu’en 1881 mais il sauvera et sauve encore bien des navires : s’il existe un enfer marin, ce bout de mer d’Iroise en est la réplique exacte.

Le journal L’Illustration assurera un certain nombre de reportages tant sur l’édification de l’Ar Men que sur la vie des gardiens (juillet 1896). Rachilde a beaucoup puisé dans ces articles pour donner du réalisme à son roman : certaines descriptions techniques sont pratiquement recopiées mot pour mot et elle utilisera le texte de juillet 1896 pour définir les silhouettes des deux gardiens qu’elle met en scène dans la Tour d’Amour.

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Mais la préoccupation de Rachilde n’est pas d’écrire une histoire romancée de la vie des gardiens de phare même si elle choisit pour cadre de son œuvre le plus dur à vivre de ces « tour de feu » (en breton, le Phare : an tour tan) de la côte bretonne, certains occupants ayant parlé de « pavillon disciplinaire ». L’Ar Men est alors ravitaillé tous les 15 jours si le temps permet au bateau d’approcher le rocher. Les gardiens sont alors relevés mais la mer choisit parfois de les y garder plusieurs semaines supplémentaires. Les hurlements du vent qui ne cessent jamais à l’entrée de la Chaussée de Sein, les déferlantes qui font trembler l’édifice créent un climat d’angoisse évident. En 1899 déjà, Anatole le Braz publiait un roman – le Gardien du Feu – dont l’histoire (tout aussi macabre que celle de la Tour d’Amour) avait pour cadre le phare de Gorlébella (plus connu sous le nom de Phare de la Vieille, au large de la pointe du Raz). Il y parle de l’Ar Men et de ses gardiens : « Plus loin que Gorlébella, plus loin que l’Ile de Sein, presque à la limite des eaux françaises, il est, sur un récif solitaire, une tour à moitié inaccessible, dernière vedette du vieux monde au large des mers du couchant Deux de mes confrères [c’est Goulven Denès, le gardien-chef de Gorlébella qui parle …] sont condamnés à s’immobiliser là, des saisons entières, comme Siméon le Stylite sur sa colonne, bien au-delà des horizons terrestres, hors de l’humanité, hors de la vie. Prisonniers de la mer et forçat du feu, le bagne, au prix de l’existence qui leur est faite, serait doux. Je me suis trouvé naguère en compagnie de l’un d’eux que l’on rapatriait. Ce n’était plus qu’un automate, aux yeux égarés de somnambule, à la démarche hésitante et infirme de cormoran blessé … Le vide qui environne ces gens dévaste aussi leur crâne, stupéfie leur cerveau. » Précisons quand même que l’Ar Men a été automatisé en 1989 !

Rachilde place donc dans ce cadre deux hommes : Mathurin Barnabas, le vieux gardien qui n’a pas rejoint la terre depuis des années et Jean Maleux, nouvellement nommé dans « une propriété de l’Etat » qui vient le seconder avant de devenir à son tour gardien-chef. Maleux n’imagine pas ce qui l’attend …

Inutile de raconter l’histoire, la romancière le fait mieux que moi. Permettez-moi seulement de vous livrer quelques extraits :

L’arrivée au phare …
Je grimpai (sur le pont du ravitailleur, le Saint Christophe) et me trouvai devant … ma maison de retraite

A pic, par le travers du Saint Christophe, s’élevait le phare d’Ar Men, tout entouré des crachats de l’Océan. Les vagues se révolutionnaient à sa base en hurlant et bavant avec la bonne envie de le démolir. Jamais je ne l’aurai cru si grand, si colosse. Je l’avais déjà vu dans le cabinet du patron de l’apprentissage , en joujou, haut comme le doigt et tout historié de petits échelons d’argent. On le posait sur les cartes et il restait là, l’air pas plus fier que ses voisins. On allumait, semble-t-il, comme on allume un bout de pipe. Seulement, nature, il était moins drôle. Sa grue d’arrimage et son fil de va-et-vient lui voilaient la face, pareille à une immense toile d’araignée. Juché sur une roche où on ne devait pas pouvoir mettre le pied, jadis, il tenait par miracle, si gros, si long, qu’on se sentait de l’orgueil pour la force de l’homme qui l’avait conçu. Trente-six ans de travail et une ration de cadavres ! Il en était gras, le monstre, d’avoir dévoré des ouvriers. Sa croupe, hors de l’eau, luisait comme enduite d’une viscosité ; son esplanade, lisse comme du marbre, présentait l’aspect d’un perron de préfecture, tant elle était blanche et jolie, mais, tout autour, quand la vague se recroquevillait sur elle-même, on découvrait des trous, de vieux trous de dents gâtées, et cela sentait la marée, âprement, avec un surgoût de sang pourri. »

Une drôle de pêche …

(Maleux a sorti le canot et cherche des moules sur le rocher)

Pas une herbe, pas une algue, pas une touffe de lichen, pas un morceau de coquillage blanc ou rose, pas de couleur, pas de reflet, tout était noir, d’un noir intense, tellement intense qu’il en paraissait lumineux ; l’eau recelait une flamme intérieure, un feu sombre qui la faisait plus pure que le jais. On voyait là, au centre même de ce deuil, un objet singulier, ça ressemblait à un bout de bois, un bout de jonc plus pâle à une extrémité. Une bête ? Non. Ca ne remuait en tournant que parce que l’eau tournait autour du roc.

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Il venait de loin, ce courant, d’abord furieux, puis plus dissimulé, se resserrant sous la vague jusqu’à pousser devant lui toutes les épaves comme des troupeaux de béliers.

Il avait apporté ça … laissant le reste en route. C’était une épave aussi, une toute petite épave humaine. Cela ressemblait à un petit bout de serpent, un petit bout de serpent rougeâtre dont la tête fuselée serait translucide, en porcelaine …

C’était un doigt.

Il se promenait tout seul. Mon Dieu, oui ! On se sépare de ses frères, un beau jour d’orage, sous la dent d’un congre ou parce que la main, remontant du fond, s’est pourrie à se crisper sur la planche du salut.

Bien souvent les doigts se coupent à la phalange qui garde l’anneau. Les chairs gonflent, se déchirent, l’anneau, une alliance mince usée, fait l’office de couteau, scie peu à peu le petit os tendre déjà brisé par un dernier effort, et le doigt libre s’en va, droit comme une flèche, indiquer la route du néant.

Enfin, je ne sais pas pourquoi il se trouvait là, le malheureux, mais c’était bien un doigt.

Une visite impromptue …

Moins drôle fut l’épave qui nous arriva portée de rouleaux, d’encre, toute livide au milieu de ce crépuscule pourri.

Une tête ! patron … là, du côté de la Baleine … Un noyé, patron !
Laisse venir ! qu’il répondit tranquillement.

Je sentis que l’eau de l’averse me coulait plus fort dans le dos.

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C’était un homme ; presque assis sur la mer, une ceinture de sauvetage le maintenait flottant. Il allait en chemise, la poitrine gonflée, gras à crever, le front en arrière, les cheveux collés, ses yeux morts regardant encore très fixement quelque chose au loin, sa bouche grande ouverte continuant à pousser le cri qui ne sortait plus … Celui-là était fini depuis huit jours, car il montrait des tâches de moisi sur sa peau, l’air comme truffé.
Il passa, tourna, valsa, nous salua bien honnêtement, et, tout en évitant notre harpon, il fila, ventre à la mer.

Ils sont avancés, que murmura Barnabas, bourrant une autre pipe.

Le jardin …

Je me fabriquai un jardin.

Oh ! Pas un jardin ordinaire !

Une petite caisse de bois très étroite, que je remplis de la terre pieusement rapportée de mon dernier voyage, et je semai quelques graines, j’enfouis un oignon de plantes des îles qu’on m’avait donné jadis, et qui pousserai pourvu qu’elle ait de l’eau en quantité suffisante.

J’exposai le jardin sur le hublot de ma chambre.

Tous les matins, je venais contempler mon jardin, l’œil anxieux, me figurant que des pointes vertes …

Ah bien, oui, les pointes vertes !

C’était l’Océan qui dressait des pointes vertes, l’Océan furieux et toujours soulevé comme un sein de femme enragée d’amour.

Mais l’herbe ne pousse pas dans les petits cercueils pleins de terre.

Mon jardin n’avait fleuri que de quelques grains de sels, cadeau de l’Océan, bouquet de la Sirène.

Une tempête parmi d’autres …

La mer délirante bavait, crachait, se roulait devant le phare, en se montrant toute nue jusqu’aux entrailles.

La gueuse s’enflait d’abord comme un ventre, puis se creusait, s’aplatissait, s’ouvrait, écartant ses cuisses vertes ; et, à la lueur de la lanterne, on apercevait des choses qui donnaient l’envie de détourner les yeux. Mais elle recommençait, s’échevelant, toute en convulsion d’amour ou de folie. Elle savait bien que ceux qui la regardaient lui appartenaient. On demeurait en famille, n’est-ce pas ?

Des clameurs pitoyables s’entendaient du côté de la Baleine, plaintes qu’on aurait dites humaines et qui, pourtant, ne contenaient que du vent. Ce n’était pas encore l’heure de mourir.

L’horizon demeurait noir, d’un noir intense de bitume fondu. Les nuages courraient se déchirer à la pointe du phare et on devinait qu’ils coifferaient bientôt la lumière de leur satané capuchon de velours.

Ce serait le moment pénible pour nous, car les pauvres navires filent de ce temps-là, sans s’occuper des éclipses prédites. Il nous arrivait des montagnes d’eau du bout de la Baleine, des vagues s’irritant, se cabrant sur le rocher, l’escaladaient, prenaient des proportions géantes et se couronnaient des formes blanches de leur écume qui, les nuits d’orage, semblent éclairer. Une jolie clarté, ma foi, celle du drap jeté sur le défunt quand il est entre ses quatre cierges.

Nous avions toutes les difficultés du monde à nous tenir debout.

Le vieux gronda et se mit à marcher sur ses mains pour plus de sûreté. Il avait l’aspect d’un crabe énorme. Son dos bombait, ses jambes raclaient la pierre, et les pinces de ses doigts palpaient les endroits glissants. Moi, je longeais les crampons, gardant mon filin dans mes mâchoires serrées.

Nous étions des bêtes.

De surnaturelles bêtes, plus que des hommes : nous luttions contre le ciel et moins que des esprits, car nous ne possédions plus la conscience de notre besogne.

Nous sortions de notre coquille pour flairer la mort et tâcher d’en garantir les autres. Mais nous n’avions pas d’orgueil. C’était bien fini de penser quoi que ce soit de noble, nous étions trop abrutis. Et nous rampions devant la mer qui crevait de rire à nos barbes.

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Le naufrage …

Je ne voyais pas encore le navire, mais les éclairs me le montrèrent une seconde, comme en pleine aurore.

Un grand navire à coque sombre, tout debout, pareil à un cheval dressé sur ses jambes de derrière.

Il marchait ainsi vers la Baleine.

Son affaire était réglée. Plus la peine de l’avertir. Il y avait belle heure qu’il cherchait sa fin, le malheureux !

On n’entendit ni cloche d’alarme, ni commandement de porte-voix, ni cris de désespoir. Le grand vaisseau, en animal énorme, très têtu, voulait aller là … ça lui faisait plaisir. Il glissait toujours debout avec des dandinements grotesques. Il hésitait maintenant un peu entre le récif et le chenal.

Vont venir droit chez nous ! criai-je épouvanté de la hauteur de ce monstre. Ils vont nous écraser.
Pas de danger, répondit Barnabas, dont je voyais flamber les prunelles vertes tout à côté de moi. La Baleine barre les dessous.

Et il se mit à rire.

L’immense fantôme noir s’abîma tout à coup. Parmi les rugissements du vent, les grondements du tonnerre, on perçut un fracas de planches, un abominable fracas de bois très sec éclatant.

C’était le grand cercueil qui s’ouvrait sur la barre de la Baleine. Puis ce fut fini, tout disparut, emporté par le courant ou s’abîmant aux entrailles de la mer.

Une soirée à terre qui finit mal …

Toutes les caresses des bonnes putains, là-bas, parmi les fleuves rouges des étoffes, ne m’avaient ni apaisé, ni dégrisé ; tout le tapage des joyeux compagnons, les marins du Marceau, me restaient au fond des oreilles comme des bruits de guerre. Contre qui, contre quoi fallait-il s’armer, se battre ? … Et très loin, très haut, plus haut que les maisons se rejoignant dans les ténèbres, girait un phare électrique dont les rayons blancs fouettaient le ciel de fouets livides m’éblouissant sans éclairer ma route.

Le plus étonnant c’est que je me croyais en mer. J’allais au phare d’Ar Men, je me dirigeais vers la Tour d’Amour, et je traversais l’Océan à pied, n’ayant plus besoin de m’embarquer sur le Saint Christophe. J’entendis qu’on marchait derrière moi.

Un trot de souris. Le pas de quelqu’un qui se dissimule.

C’est le vieux, que je me dis.

Ca n’avait aucune raison de songer au vieux, puisque c’était une femme. Elle me posa la main sur la manche :

Petit homme ! qu’elle me dit.
Je fus envahi par une colère folle :
Petit homme ? Moi, Jean le Maleux ! J’en vaut bien trois pour le service, et je me suis battu avec la mer. Faut pas me traiter de petit homme … Je reviens de trop loin !

La fille, peut-être aussi grise que moi, peut-être parce que mes paroles lui rappelaient un son de voix dejà entendu, se précipita brusquement dans mes bras, s’agrippa – telle une pieuvre – à mes épaules et me baisa sur la bouche d’un long baiser, suceur, abominable, puant le muse.
Toi, tu n’embrasseras plus jamais personne ! C’est fini de rire, sale gueuse !

Et je lui plantai mon couteau dans le ventre.

Elle tomba. Je continuai mon chemin, ne me retournant même pas, marchant d’une enjambée plus ferme, plus digne, enivré d’un grand orgueil.

Ben quoi ? J’ai tué la mer !

Note : la Baleine est une suite de rochers (à peine visibles et particulièrement traîtres) qui prolonge le récif d’Ar Men (« un certain prolongement de récifs à fleur d’eau … ça ressemblait à une ligne plus sombre de la vague, un endroit où il y aurait eu un sentier tracé dans la grande prairie, le grande prairie dont les herbes sont les cheveux des noyés »).

Repères chronologiques :

1860 (11 février) : naissance près de Périgueux de Marguerite EYMERY.

Très jeune, elle publie récits et nouvelles dans l’Echo de la Dordogne.

1878 : Elle « monte » à Paris. Elle indique sur sa carte de visite : « Rachilde, homme de lettres ».

1880 : elle publie son premier roman « Monsieur de la Nouveauté ».

1884 : « Monsieur Vénus » paraît à Bruxelles : ce roman l’a fait connaître, lui vaut une réputation sulfureuse et l’entraîne dans des démêlées avec la justice belge.

1887 : parution de « la Marquise de Sade » (roman).

1889 : Rachilde épouse Alfred Valette, un des fondateurs du Mercure de France.

1890 (1er janvier) : paraît le premier numéro du Mercure de France. Rachilde participera à la rédaction. Son influence se fera sentir également sur la politique éditoriale du Mercure (elle refusera, par exemple, que Marcel Proust y soit édité !).
Epoque des « Mardis de Rachilde », salon où se presse le Tout-Paris littéraire.

1890 : « la Voix du Sang » (théâtre).

1891 : « Madame la Mort » (Théâtre).

1914 : « la Tour d’Amour ».

1928 : « Pourquoi je ne suis pas féministe » (pamphlet).

1934 : « Mon étrange plaisir » (roman)

1935 : mort d’Alfred Valette.
Commencent les années de solitude

1947 : dernière œuvre, « Quand j’étais jeune ».

1953 (4 avril) : mort de Rachilde.

IMPORTANT : Si vous souhaitez découvrir en entier « la Tour d’Amour », il semble que l’édition de 1994 (Mercure de France) soit encore disponible en librairie.
Bonne lecture !

Dernière minute …

Pour ceux que l’œuvre de Rachilde intéresse, je signale la parution aux Editions Honoré Champion (Paris – 2002) d’un livre de Régina Bollhalder Mayer intitulé « Eros décadent – Sexe et identité chez Rachilde ».

Il ne s’agit pas d’une biographie mais d’une analyse générale de l’œuvre de la romancière. Ce livre est tiré d’une thèse soutenue à Bâle et situe la problématique de Rachilde dans le courant de la littérature dite « décadente » de la fin du XIXème siècle (où l’on retrouve des écrivains comme Léon Bloy ou Huysmans).

C’est d’ailleurs Léon Bloy qui écrivait à Rachilde en 1897 (citation extraite du livre de Régina Bollhalder Mayer) : « Très sincèrement, je ne sais que pensez de vous. Si vous étiez sciemment une scélérate, parbleu ! Mais vous êtes une perverse ingénue, et j’avoue que cela me détraque. Vous allez aux ténèbres, instinctivement, comme les plantes vont à la lumière. »

REMERCIEMENTS …

Le droit de reproduction de l’aquarelle représentant le phare d’Ar Men nous a été gracieusement accordé par son auteur Nathalie Dubreucq Carlier.
Vous pouvez découvrir l’ensemble de son oeuvre sur http://www.dubreucq.net

César & les Vénètes

César & les Vénètes

Automne 57 a. c. : le sénat romain ordonne 15 jours de prières d’action de grâces pour remercier les dieux des victoires de César sur les peuplades gauloises. Le proconsul, à la tête de 3 légions, vient d’écraser les Nerviens qui laissent, selon lui, 60 000 cadavres sur le champ de bataille. Il a également obtenu la reddition des Atuatuques, un temps alliés des Nerviens, qui lui aurait fourni 53 000 esclaves.

Au moment d’hiverner, la Gaule entière semble donc à portée de main de Jules César et on peut la croire pacifiée.

Même les peuples de l’Océan ont été impressionnés par les victoires romaines successives et ils jugent prudent d’offrir leur soumission au légat de César, Publius Grassus. César ne semble pas dupe de cette soumission : même s’il est considéré par beaucoup comme une « grande folle » (ne l’a-t-on pas surnommé la « reine de Bithynie », allusion à ses rapports très spéciaux avec le roi Nicodème ?), en matière militaire, il est particulièrement vigilant à ce qui lui arrive par derrière !

Au printemps 56 donc, Jules César est de retour en Gaule avec le projet ambitieux de déployer les aigles romaines sur les côtes bretonnes (il s’agit, bien sûr, de l’actuelle Grande Bretagne).

Ce retour et cette envie maritime du proconsul ne font pas du tout l’affaire des Vénètes …

 

QUI SONT LES VENETES ?

La cité des Vénètes armoricains s’étend sur la côte sud de l’Armorique (le Morbihan actuel) mais l’origine de ce peuple semble plus lointaine : il est connu des Grecs et Homère en parle dans l’Iliade (les Hénuètes). On les retrouve en Adriatique, en Baltique, sur les bords de la Vistule … Ceux d’Adriatique sont alliés des Romains dès le IIIème siècle a.c. et leurs fournissent des auxiliaires au moment de la seconde Guerre Punique. C’est sous le règne de Marc Aurèle (IIème siècle a.c.) qu’ils s’installent sur les îles de l’Adriatique : ainsi débute l’histoire de Venise …

En fait, le lien qui nous fait regrouper autour d’une même origine indo-européenne les Vénètes du Pô, ceux de la Baltique et ceux de l’Ouest Armoricain est, pour le moment, uniquement d’ordre linguistique, à savoir une identité de nom. Certains y associent également les Wendes … mais restons-en là.

Les Vénètes qui nous intéressent occupent donc, à l’époque de la conquête romaine, le territoire bordé au nord par l’Oust (axe Pontivy – Redon), à l’ouest, par une ligne reliant Pontivy à Quimperlé et à l’Ouest par le cours de la Vilaine sur l’axe Redon – la Roche Bernard. Il est possible que leur emprise ait débordé au sud sur une partie de la Loire Atlantique. Ainsi, l’ancien nom de Besné (près de Guérande) était Vindunita Insula et le chroniqueur Ermold le Noir (IXème siècle) cite la localité de Véneda sur le même secteur.

Quoiqu’il en soit, le territoire vénète contrôle les estuaires des principales rivières armoricaines du sud (la Vilaine et le Blavet en particulier) : il est donc le lieu de passage obligé pour tout commerce depuis l’intérieur vers les côtes atlantiques. Groix et Belle-Ile semblent avoir été également sous contrôle. Vannes (Darioritum, puis Gwenned en Breton) est, à l’époque gallo-romaine, la capitale du peuple vénète mais il est possible qu’à l’origine ce soit Locmariaquer qui ait joué ce rôle.

C’est sans doute le peuple le plus puissant de toute la Péninsule (qui regroupe les Osismes, les Coriosolites, les Redones et les Namnètes). Cette puissance est avant tout économique car il semble bien qu’une suprématie politique de l’un sur l’autre n’ait jamais vraiment existé. L’étude des monnaies vénètes nous montre qu’ils furent les premiers, en Armorique, à frapper des statères d’or dès la fin de l’hégémonie arverne (défaite du roi Bituit face aux légions romaines en 121 a. c.). Cette organisation économique supérieure est liée à leur bonne connaissance de la mer : navigateurs chevronnés, ils gardent la mainmise sur tout le trafic maritime de la côte océane et contrôlent, en particulier, les routes vers la Bretagne. Ces liens avec la grande île sont importants à double titre : les échanges commerciaux sont nombreux et les continentaux trouvent là-bas, entre autres, un étain d’excellente qualité. D’autres part, cette « île du bout du monde » reste le centre religieux du druidisme, son poumon en quelque sorte. Or il apparaît clairement que si l’unité politique gauloise continentale est ponctuelle et précaire, l’unité religieuse autour des druides est un phénomène avéré dont César lui-même a saisi toute l’importance (il est persuadé qu’il faut rechercher là l’origine de toutes les révoltes gauloises et l’entretien d’un patriotisme anti-romain solide).

Peuple de marins, de commerçants (ils vendent en particulier le sel), les Vénètes exploitent également les ressources de l’arrière pays : les forêts fournissent le bois de chêne dont sont construits leurs navires. Ils travaillent également le fer et sont de remarquables potiers.

 

 

UNE ÉPINE DANS LE PIED DE JULES …
L’Ouest armoricain semble avoir été longtemps à l’abri des incursions romaines. Des études numismatiques récentes auraient tendance à prouver qu’il n’y a pratiquement aucun commerce direct avec Rome avant 57 a. c. On ne trouve pas ou peu de traces de monnaies romaines antérieures à cette période, l’essentiel des importations depuis le sud de la Gaule étant le fait de non-Romains (Aquitains en particulier) et le commerce étant essentiellement basé sur le troc. A l’inverse des peuplades très tôt « romanisées », les Vénètes n’abandonnent pas leur propre monnaie et leurs statères ne peuvent s’échanger avec les deniers romains.

A la fin de l’été 57, les premiers soldats romains apparaissent en Armorique (c’est vraisemblablement la 7ème légion de Publius Grassus qui descend de l’actuelle Belgique). On peut difficilement définir un itinéraire précis pour cette promenade en bord de mer mais il est vraisemblable que Grassus « visite » les tribus armoricaines. C’est alors la coutume de remettre des otages, en signe de bonne entente, et les Armoricains ne dérogent pas à la règle.

Nous n’avons aucun témoignage écrit sur le sentiment qu’à pu laisser dans l’esprit des Vénètes ce passage, somme toute rapide, des légions romaines mais il est bien évident que les chefs de la peuplade ont du être inquiets de cette incursion et ce d’autant plus que l’annonce du sort réservé aux Nerviens a franchi les frontières. Leur absence de réaction immédiate est sans doute un signe de prudence : ne vaut-il pas mieux attendre, voir si le danger se précise et se concerter alors avec les tribus voisines ?

En 56, les besoins en ravitaillement des troupes de Grassus sont l’occasion de l’arrivée en Armorique de fourrageurs qui viennent prélever là ce qui leur est nécessaire. Les Vénètes trouvent là l’occasion de rappeler à César qu’ils ne sont pas un peuple soumis et ils retiennent les Romains dans le but de les échanger avec les otages remis quelques mois plus tôt. C’est du moins la version de César qui passe sous silence son désir de s’assurer une certaine suprématie maritime.

La guerre était inévitable et les Vénètes ne semblent pas avoir agi seuls : les Coriosolites et d’autres sont de la partie, la révolte gagnant même certaines régions de l’actuelle Normandie (le territoire des Esuvii par exemple, situé aux environ de Sées …).

Ecoutons donc le grand Jules (livre troisième de Bellum Gallicum ) :
(VII) « Le jeune P. Crassus hivernait avec la septième légion, chez les Andes, près de l’Océan. Comme il manquait de vivres, il avait envoyé chez les peuples voisins des préfets et plusieurs tribuns militaires , pour demander des subsistances : […] Q. Velianus avec T. Silius chez les Vénètes.

(VIII) Ce dernier peuple est le plus puissant de toute cette côte maritime. Les Vénètes possèdent un grand nombre de vaisseaux sur lesquels ils commercent en Bretagne et surpassent leurs voisins dans l’art de la navigation. Ils occupent d’ailleurs sur cette mer vaste et orageuse, le très petit nombre de ports qui s’y trouvent et rendent tributaires presque tous les navigateurs étrangers. Les premiers, ils retinrent Silius et Velanius, espérant recouvrer, par ce moyen, les otages qu’ils avaient livrés à Crassus. Les résolutions des Gaulois sont promptes et subites : les autres, entraînés par cet exemple, arrêtèrent aussi Trebius et Terrasidius. Aussitôt, ils s’envoient des députés et s’engagent, par l’entremise de leurs principaux citoyens, à ne rien faire que de concert et à courir la même chance. Ils encouragent les autres cités à conserver la liberté qu’elles avaient reçue de leur pères plutôt que de supporter l’esclavage des Romains. Ces sentiments furent bientôt partagés par toutes les régions maritimes. Ils envoient une délégation commune à P. Crassus pour lui signifier qu’il n’aura ses officiers qu’en rendant les otages.

(IX) César était alors très éloigné. Instruit de ces faits par Crassus, il ordonne de construire des galères sur la Loire, qui se jette dans l’Océan, de lever des rameurs dans la Province, de rassembler des matelots et des pilotes. Ces ordres furent promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le permet, se rend à l’armée. Les Vénètes et leurs alliés se sentaient coupables pour avoir retenu et jeté dans les fers des ambassadeurs dont la qualité, chez toutes les nations, fut toujours sacrée et inviolable. Dès qu’ils connurent l’arrivée de César, ils se hâtèrent de proportionner les préparatifs au péril et surtout d’équiper les vaisseaux : ils se confiaient aussi à l’avantage des lieux. Les chemins sur terre étaient coupés par les marées hautes et la navigation difficile sur une mer dont les ports étaient rares et peu connus. Ils espéraient que le manque de vivres nous empêcherait de faire chez eux un long séjour et, lors même que leur attente serait trompée, ils étaient toujours les plus puissants sur mer. Les Romains n’avaient point de marine, ils ignoraient les rades, les ports, les îles des parages où ils feraient la guerre. La navigation était tout autre sur une mer fermée que sur le vaste et immense océan. Ces réflexions les rassurent. Ils fortifient leurs places et transportent le blé de la campagne dans les villes. Ils rassemblent le plus de vaisseaux possible chez les Vénètes contre lesquels ils pensent que César se dirigera d’abord : ils reçoivent dans leur alliance les Osismiens, les Lexoviens, les Namnètes, les Ambiliates, les Morins, les Diablintes et les Ménapiens : ils demandent des secours à la Bretagne située vis à vis de leurs côtes.

(X) Telles étaient les difficultés de cette guerre et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l’entreprendre : l’injure faite à la République en retenant des chevaliers romains, la révolte après la soumission reçue et les otages livrés, la conjuration de tant de peuples, la crainte que l’impunité n’encouragea d’autres nations. Il connaissait l’amour des Gaulois pour le changement et leur promptitude à prendre les armes et il savait, d’ailleurs, qu’il est dans la nature de tous les hommes d’aimer la liberté et de haïr l’esclavage. Sans attendre donc qu’un plus grand nombre de peuples se liguent, il s’empresse de partager ses forces et d’étendre son armée.

(XI) Il envoie, avec de la cavalerie, T. Labienus, son lieutenant, chez les Trévires, peuple voisin du Rhin. Il le charge de visiter les Rémois et autres Belges pour les maintenir dans le devoir et de fermer le passage du fleuve aux Germains que l’on disait appelés par les Belges. Il ordonna à P. Crassus de se rendre en Aquitaine avec douze cohortes et une cavalerie nombreuse pour empêcher ce pays de secourir la Gaule et de s’unir à tant de nations. Il fait partir Q. Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelliens, les Coriosolites et les Lexoviens pour tenir ce côté en respect. Il donne au jeune D. Brutus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois qu’il avait exigés des Pictons, des Santons et autres pays pacifiés et lui dit de se rendre au plus tôt chez les Vénètes. Il y marche lui-même avec les troupes de terre.

(XII). La plupart des villes de cette côte sont situées à l’extrémité de langues de terre et sur des promontoires : elles n’offrent d’accès ni aux gens de pied lorsque la mer est haute (ce qui arrive constamment deux fois en vingt quatre heures) ni aux vaisseaux que le reflux laisse à sec sur le sable. On ne pouvait donc aisément les assiéger. Si, après de pénibles travaux, on parvenait à contenir la mer par des digues et à élever une terrasse jusqu’à la hauteur des murs, les assiégés, lorsqu’ils désespéraient de leur sort, rassemblaient leurs nombreux vaisseaux, y transportaient tous leurs biens et se retiraient dans d’autres villes voisines où la nature leur offrait les mêmes moyens de défense. Durant une grande partie de l’été, cette manœuvre leur fut d’autant plus facile que notre flotte était retenue par les vents contraires et pouvait à peine naviguer sur une mer vaste, ouverte, sujette à de hautes marées et presque entièrement dépourvue de ports.

(XIII) Les vaisseaux des ennemis étaient construits et armés de manière à lutter contre ces obstacles. Ils ont la carène plus plate que les nôtres : aussi redoutent-ils moins les bas-fonds et le reflux. Les proues sont très hautes et les poupes plus propres à résister aux vagues et aux tempêtes. Les navires sont tout entier de chêne et peuvent soutenir le choc le plus rude. Les bancs, faits de poutres d’un pied d’épaisseur, sont attachés par des clous en fer de la grosseur d’un pouce. Les ancres sont retenues par des chaînes de fer au lieu de cordage. Les voiles sont de peaux molles, amincies, bien apprêtées, soit qu’ils manquent de lin ou ne sachent pas l’employer, soit plutôt qu’ils croient impossible de diriger avec nos voiles des vaisseaux aussi pesants à travers les tempêtes et les vents impétueux de l’Océan. Dans l’action, notre seul avantage est de les surpasser en agilité et en vitesse. Du reste, ils sont bien plus en état de lutter contre les mers orageuses et contre la violence des tempêtes. Les nôtres, avec leurs éperons, ne pouvaient entamer des masses aussi solides et la hauteur de leur construction les mettait à l’abri des traits, aussi craignent-ils moins les écueils. Si le vent vient à s’élever, ils s’y abandonnent avec moins de péril et ne redoutent ni la tempête, ni les bas-fonds, ni, dans le reflux, les pointes et les rochers : tous ces dangers étaient à craindre pour nous.

(XIV) César avait déjà pris plusieurs villes mais sentant que sa peine était inutile et qu’il ne pouvait ni empêcher la retraite des ennemis ni leur faire le moindre mal, il résolut d’attendre sa flotte. Dès qu’elle parut et que l’ennemi la découvrit, deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, parfaitement armés et équipés, sortirent du port et vinrent se placer devant elle. Brutus, qui en était le chef, et les tribuns et centurions qui commandaient chaque vaisseau étaient indécis sur ce qu’ils avaient à faire et sur la manière d’engager le combat. Ils savaient que l’éperon de nos galères était impuissant, les tours de nos vaisseaux n’étaient point assez hautes pour atteindre la poupe de ceux des barbares, nos traits lancés d’en bas seraient sans effet tandis que les Gaulois nous en accableraient. Une seule invention fut d’un grand secours : c’était une espèce de faux extrêmement tranchante, emmanchée de longues perches assez semblables à celle qu’on emploie dans les sièges. Avec ces faux, on accrochait et on tirait à soi les cordages qui attachent les voiles aux vergues. On les rompait en faisant force de rames et les vergues tombaient nécessairement. Les vaisseaux gaulois, en perdant les voiles et les agrès qui faisaient toute leur force, étaient réduits à l’impuissance. Alors le succès ne dépendait plus que du courage et en cela, le soldat romain avait aisément l’avantage, surtout dans une bataille livrée sous les yeux de César et de toute l’armée : aucune belle action ne pouvait restée inconnue puisque l’armée occupait toutes les collines et les hauteurs d’alentour d’où la vue s’étendait sur la mer.

(XV) Dès qu’un vaisseau était ainsi privé de ses voiles, deux ou trois des nôtres l’entouraient et nos soldats sautaient à l’abordage. Les Barbares, ayant perdu une partie de leurs navires et ne sachant que faire contre cette manœuvre, cherchèrent leur salut dans la fuite. Déjà, ils se disposaient à profiter des vents lorsque, tout à coup, il survint un calme plat qui leur rendit tout mouvement impossible. Cette circonstance compléta la victoire : les nôtres les attaquèrent et les prirent l’un après l’autre. Un bien petit nombre put regagner la terre à la faveur de la nuit. Le combat avait duré depuis la quatrième heure du jour (10 h du matin) jusqu’au coucher du soleil.

 

(XVI) Cette bataille mit fin à la guerre des Vénètes et de tous les Etats maritimes de cette côte car toute la jeunesse et même tous les hommes d’un âge mûr, distingués par leur rang ou leur caractère, s’étaient empressés de prendre les armes : ils avaient rassemblé tout ce qu’ils avaient de vaisseaux et cette perte ne leur laissait aucun moyen de retraite ou de défense. Dans cette extrémité, ils soumirent à César leurs personnes et leurs biens. César crût devoir en faire un exemple sévère qui apprit aux Barbares à respecter désormais le droit sacré des ambassadeurs : il fit mourir tout le sénat et vendit le reste de la population à l’encan. »

Ainsi se termine la triste histoire des Vénètes mais la révolte armoricaine n’est pas vraiment écrasée et quand Vercingétorix, enfermé dans Alésia en 52, appelle à l’aide, il obtient « vingt mille hommes de l’ensemble des peuples qui bordent l’Océan et qui se donnent le nom d’Armoricains » (Bellum Gallicum. Livre VII.). Curieusement, dans la liste des peuplades confédérées, César ne parle pas des Vénètes : sans doute ne veut-il pas mentionner un peuple qu’il dit avoir rayé de la carte …

Une énigme demeure : où donc a eu lieu cette fameuse bataille ?

A Vannes, aujourd’hui, l’on vous dira que c’est dans le Golfe du Morbihan … D’autres pensent que l’affrontement s’est déroulé en pleine mer, au large du Golfe, d’autres encore en vue de Lorient. Certains historiens le situe plus à l’Ouest (J. Armand) vers Concarneau ou Bénodet.

Le problème est qu’aucune épave n’a été trouvée à ce jour … Le mystère reste donc entier !

 

Pour en savoir plus :
On pourra consulter PROTOHISTOIRE de la BRETAGNE dans la Collection Ouest-France Université (Rennes 1979) et en particulier la troisième partie due à Louis PAPE. La carte des peuples armoricains et la photographie du statère vénète sont extraits de cet ouvrage.

Toujours aux Editions Ouest France (Rennes 1986), on lira le bon (très bon !) ouvrage de Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonwarc’h « LES DRUIDES« .

L’HISTOIRE DE LA GAULE de Danièle et Yves ROMAN (Fayard 1997) est considérée par certains comme la bible en la matière. On y trouvera quelques pages sur les Vénètes et en particulier une citation de Napoléon Bonaparte qui critique l’attitude cruelle de César face au peuple vénète en oubliant ses propres exploits sanguinaires dans toute l’Europe et particulièrement en Espagne.

Enfin, pour ceux qui préfère aborder l’histoire par le biais du roman, je signale le livre (captivant) de Michel PEYRAMAURE : Les Portes de Gergovie.

Certains souhaiteront certainement lire le texte de César dans sa forme latine. Pour cela une seule adresse : http://www.alesia.asso.fr/
On y trouve la version de Bellum Gallicum collectée par l’Institut Vitruve.

Les Derniers Chouans

Les Derniers Chouans

Dans l’histoire officielle, la Chouannerie (entendue ici sous le terme général désignant les révoltes paysannes et royalistes dans l’Ouest de la France) s’achève avec la disparition de ses grands chefs emblématiques : Saint Régent termine sa carrière dans le sang en manquant Bonaparte dans l’attentat de la rue Saint Nicaise (la machine infernale de décembre 1800) et Georges Cadoudal est guillotiné à Paris le 25 juin 1804. Là aussi la chance (et les sbires de Fouché) ont permis au Premier Consul d’échapper aux Chouans.

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Après l’épisode impérial, le retour des Bourbons en 1814 aurait pu amener la pacification définitive de l’Ouest en général et des départements bretons en particulier. Au moment des Cent Jours, la paysannerie ne soutient pas vraiment les Bourbons mais quelques remous l’agitent cependant quand les coalisés décident d’en finir avec le Petit Tondu : une guerre générale et de nouvelles levées d’hommes sont en effet à craindre. On confie alors au général Lamarque le soin du maintien de l’ordre dans l’Ouest et Joseph Cadoudal, le neveu de Georges, reprend du service dans le Morbihan. Les débarquements d’armes anglaises sur les côtes bretonnes sont à nouveau organisés et le 21 juin 1815, même si c’en est fini de l’empereur depuis 3 jours (Waterloo), une colonne de chouans est écrasée par les Bleus près de Sainte Anne d’Auray et abandonnent 1 500 cadavres sur le champ de bataille.

Au retour des Bourbons, le gouvernement semble se souvenir de ceux qui avaient combattu « pour Dieu et pour le Roi » : on anoblit ainsi Louis de Cadoudal, autre neveu de Georges et son frère Joseph devient maréchal de camp. Les simples chouans peuvent, s’ils le veulent, présenter des dossiers pour obtenir une indemnité mais peu le font et ils retournent simplement à leurs champs.

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Le 23 juin 1828, la duchesse de Berry est à Vannes puis va s’incliner au mémorial des martyrs de Quiberon à Sainte Anne d’Auray. C’est sans doute la seule, dans la famille régnante, à se souvenir vraiment des guerres de l’Ouest et les vieux chouans morbihannais lui font un accueil triomphal. Quand Louis Philippe d’Orléans, que beaucoup considère d’abord comme le fils du régicide Philippe Egalité, s’installe sur le trône de Charles X à la faveur d’une révolution urbaine et populaire (les Trois Glorieuses de juillet 1830), les Carlistes gardent l’espoir de voir Henri V (petit fils de Charles X) reprendre la couronne. La régence reviendrait alors à sa mère, la belle duchesse de Berry. Tous sont persuadés que, le moment venu, la Vendée et la Bretagne (le Morbihan en particulier) n’attendent qu’elle pour se soulever à nouveau contre le règne du roi bourgeois. L’on sait la triste fin de l’expédition dans l’Ouest de la duchesse : la Bretagne ne bouge pas, le Maine non plus. Le 4 juin 1832, date prévue pour l’embrasement, quelques bandes inorganisées de Vendéens se heurtent aux Bleus, se font sabrer à qui mieux mieux et la « guerre » dure à peine 6 jours ! Il faut dire que le gouvernement orléaniste, bien informé, avait massé quelques 70 000 hommes de troupe dans l’Ouest …

La chouannerie a vraiment vécu, les quelques troupes restantes se terrent dans les forêts et attendent une hypothétique amnistie.

Mais revenons à 1830 : les soulèvements paysans n’ont pas vraiment cessé mais le royalisme (invétéré ?) des ruraux bretons et vendéens n’en est plus la seule cause. Les révoltes ponctuelles s’expliquent davantage par le refus de la conscription (la conquête de l’Algérie demande beaucoup d’hommes), la hantise de l’impôt qui frappe de plus en plus fort les classes laborieuses, l’emprise des modes de vie urbains qui menacent les sociétés rurales, le renforcement du pouvoir de l’Etat, enfin, qui remet en question l’organisation villageoise des campagnes.

La forêt de Lanouée, haut lieu de la Chouannerie depuis 1793, redevient le cadre de ces soulèvements d’un type nouveau. Rappelons que Jean Marie Caro, l’un des chefs de bande morbihannais au moment de la Monarchie de Juillet, est scieur de long à Lanouée (il en sera question dans les lignes qui suivent).

Quelques cinquante ans plus tard (1884), ce même bourg de Lanouée voit naître François HERPE qui devient médecin en Bretagne avant de s’installer au Mans en 1940. Douze ans plus tard, Il prend sa retraite à Dinard où il meurt en 1965.

François Herpe occupe sa retraite en écrivant : il donne des chroniques hebdomadaires au journal « le Pays Malouin » entre 1953 et 1959. Il prépare un recueil de poèmes qu’il ne pourra publier de son vivant puisqu’il est quasiment aveugle à la fin de sa vie. Son fils y mettra la dernière main et en 1968, paraît le volume « Aux tentures du temps » (Presses Bretonnes de Saint Brieuc). J’ajoute, pour ceux qui connaissent un peu le Porhoët, que son cousin, Joseph Herpe fut maire de Mohon pendant une trentaine d’année après la Seconde Guerre Mondiale.

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Quel rapport, me direz-vous, entre un médecin de famille et les chouans de Louis Philippe ? Peu de choses sinon un simple texte à la fin du volume de François Herpe dont je vous livre ici un long extrait. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un épisode inoubliable de l’histoire de Bretagne mais il rappellera quelques souvenirs à ceux qui ont flâné autour de Courte Branche et donnera peut-être envie à d’autres de découvrir cette splendide forêt. J’ajoute que le surnom de « chouans » est encore porté (à contrecœur, peut-être) par les habitants de Lanouée …

Le narrateur raconte comment, se promenant en forêt de Lanouée, il découvre une vieille baïonnette rouillée à moitié enfouie sous les feuilles mortes. Intrigué par sa trouvaille, il en parle à un vieux garde rencontré peu après près de la Courte Branche. Le garde lui explique alors ce qu’il en sait …

LA CHRONIQUE DU VIEUX GARDE.
 » Il faut bien vous rappeler d’abord, Monsieur, que le pays où nous sommes est toujours demeuré très attaché aux traditions de l’ancienne France. Les Chouans du Morbihan, et en particulier ceux de Mohon, de Lanouée et de Bréhan-Loudéac, avaient mérité par leur attitude irréductible la vieille renommée qu’ils ont léguée à leurs descendants.

C’est ainsi, comme vous avez pu du reste le voir dans vos livres, qu’en 1830 ils ne voulurent pas reconnaître le gouvernement de Louis-Philippe : les jeunes gens du pays refusèrent en masse de servir dans les armées du nouveau roi. On les appelait les réfractaires, et je pourrais vous citer telle maison encore debout du bourg de Lanouée où l’on donna asile à de nombreux réfractaires. Même, je me souviens qu’un soir j’étais à la filerie dans cette maison lorsque j’entendis, sur le tard, des pas étouffés dans l’écurie, puis les barreaux de l’échelle conduisant au grenier craquèrent à intervalles réguliers pendant dix minutes, après lesquelles on n’entendit plus que le bêlement d’un veau dans l’étable et le bruit des rouets qui tournaient. Les femmes qui filaient autour de l’âtre ne parurent nullement étonnées, et moi je n’osais pas poser de questions, car je n’avais encore que dix ans, mais j’ai su depuis que c’était les jeunes conscrits qui, après s’être cachés toute la journée dans les environs, venaient coucher le soir dans ce grenier à foin.

A cette époque là, il ne faisait pas beau, paraît-il, pour les gendarmes dans la région. Aussi ne s’y aventuraient-ils guère, et c’était les réfractaires qui faisaient la police du pays. S’ils apprenaient que quelque gros républicain devait passer dans les environs, ils trouvaient toujours moyen d’être sur son chemin et de le soulager de ses papiers, parfois de sa bourse. Même si les papiers étaient trop compromettants, l’homme n’était relâché qu’après avoir été consciencieusement bastonné. Cependant il faut dire que là se bornaient les actes séditieux de ces jeunes gens, qui au fond n’étaient pas méchants et ne faisaient qu’obéir à la voix des traditions de la race, traditions passées, comme dit le maître d’école, à l’état de conscience atavique chez ces hommes encore primitifs.

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Chaque commune importante avait sa troupe de réfractaires : ils communiquaient entre eux par des signes convenus. Le soir, ils hissaient parfois une botte de paille au haut d’un arbre très élevé et y mettaient le feu. Alors, des autres communes, sur les hauteurs, des gerbes semblables s’allumaient à la cime de quelque hêtre. Mais s’il y avait quelque chose de grave à signaler, la gerbe de paille était remplacée par un paquet d’ajoncs, qui donnent la nuit une flamme plus rouge et moins claire.

Or, un jour, on apprit que le gouvernement, qui s’était consolidé, allait envoyer des troupes pour traquer les révoltés. Aussitôt ceux de Lanouée se replièrent sur la forêt, où ils furent bientôt rejoints par ceux des communes voisines, et par quelques mécontents enchantés de l’aventure.

Les libéraux, cantonnés à Ploërmel, ne bougeaient pas et les réfractaires revenaient parfois jusqu’au bourg. Un dimanche matin, la messe était commencée depuis dix minutes lorsque nous les vîmes arriver, au moins une trentaine, le fusil en bandoulière, et se ranger pieusement dans le bas de l’église. Malgré moi, je me retournais à chaque instant pour les regarder, et je sentais quelque chose de grave peser sur l’assemblée des fidèles.

A cette époque, la forêt était loin d’être aussi praticable qu’aujourd’hui. Aucune des routes qui la traversent n’existait encore : à leur place ce n’était que sentiers de chasseurs et chemins raboteux, très difficiles en toutes saisons. Aussi les réfractaires se croyaient-ils à l’abri dans ces fourrés impénétrables. Peu à peu, ils s’étaient habitués au maniement des armes sous la direction de quelques anciens sergents du Premier Empire et leur organisation prenait forme. Ils firent de la Courte Branche leur quartier général : la position, comme vous le voyez, était bien choisie pour une guerre de partisans.

A Josselin, les réguliers avaient reçu des ordres pour marcher sur Lanouée. On en vit arriver un jour un détachement d’une cinquantaine, commandé par un sergent du nom de Sorel, un vrai soldat, grand et bien bâti, très brave et entreprenant.

On lui appris que les Chouans s’étaient établis en force à la Courte Branche. Et les deux gendarmes qui l’accompagnaient, connaissant le caractère des gars de Lanouée, lui recommandaient la prudence :

– Il serait dangereux de marcher contre eux avec votre petite troupe, disaient-ils ; attendez du renfort.
– Bah ! répondit Sorel, la balle qui doit me tuer n’est pas dans la giberne de ces gens là. Je mourrai sur le Rhin, une sorcière me l’a dit.

Et pour faire le bravache, il mordit une cartouche, chargea son fusil et ajusta le coq de fer qui se trouve sur le clocher de Lanouée. Le coup partit : le coq tournoya en grinçant sur sa tige. Les femmes se signaient, et j’en entendais dire que cet homme était un démon, mais moi, Monsieur, je trouvais que ce démon-là avait une fière allure.

En fin de compte, il ne voulut pas attendre de renfort, espérant sans doute retirer plus d’honneur d’une expédition qu’il aurait entièrement dirigée lui-même.

Les Chouans étaient sur leurs gardes et solidement retranchés pour la défense. La veille au soir, on avait vu la flamme du paquet d’ajoncs luire dans le lointain, preuve certaine que les révoltés avaient appris la décision prise contre eux. Ils mirent à leur tête un Monsieur de La Houssaye qui leur était arrivé quelques jours avant avec un grand drapeau blanc fleurdelisé, et qui sut les enflammer par ses discours.

Aussi, quand Sorel se présenta, fut-il reçu par une vigoureuse fusillade. Mais l’homme n’était pas facile à effrayer. Après s’être dissimulé derrière un talus pour étudier la situation, il commença l’attaque. Des deux côtés on criait :  » – Vive le Roi !  » et cela donnait une drôle de physionomie à ce combat où d’anciens soldats de l’épopée impériale combattaient leur vieux drapeau tricolore, tandis que les troupes régulières marchaient contre l’étendard blanc qui avait flotté sur leurs têtes quelques mois avant.

Bien abrité des deux côtés, on se tiraillait depuis quelque temps sans grand résultat lorsque Sorel, impatienté, jeta un ordre à sa troupe et se précipita vers une barrière qui se trouvait au bout de ce buisson à droite et donnait entrée dans la cour.

Mais, juste au moment où il enjambait l’échalier en cherchant une cartouche dans sa giberne, il reçut un coup de feu en plein front et tomba à la renverse. Cette chute fut saluée d’une clameur triomphante et le feu de la défense redoubla.

Les soldats élancés essayèrent quand même de combattre, mais bientôt, démoralisés par la mort de leur chef et par le grand nombre de Chouans qui sortaient de tous les couverts, ils battirent en retraite en emportant son corps.

C’est ainsi que nous les vîmes revenir à deux kilomètres du village où nous étions allés nombreux, hommes, femmes et enfants, pour savoir l’issue du combat. Le corps de Sorel reposait sur un brancard, il portait un trou au front et du sang maculait son visage. Les soldats réquisitionnèrent un charretier pour l’emmener jusqu’à Josselin : ce fut un paysan du bourg de Lanouée, qui vivait encore il y a vingt ans et qui m’a raconté plus d’une fois que, longtemps après, on voyait des traces de sang et des restes de cervelle sur la civrette de sa charrette.

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L’affaire, comme vous pensez, n’en resta pas là. Le lendemain, les Bleus revinrent en force et attaquèrent de nouveau la Courte Branche. Les réfractaires se défendirent en désespérés, mais ils furent vaincus cette fois et la Courte Branche fut incendiée. Puis le détachement parcouru la forêt et démolit tous les fours des villages environnants afin d’affamer le reste des révoltés et de les forcer à venir se ravitailler aux bourgs voisins. On laissa même pendant longtemps une garnison à Lanouée.

Un mois plus tard, un paysan de Lanouée, nommé Caro, se vanta dans une auberge d’avoir tiré le coup de feu qui tua le sergent Sorel. L’imprudent fut aussitôt arrêté, traduit devant les tribunaux et condamné à mort. L’exécution eut lieu sur le champ de foire de Josselin où l’on éleva une guillotine pour la circonstance.

J’étais à la ville avec ma mère ce jour-là, Monsieur, et quand nous voulûmes repartir une heure après dîner, des gendarmes postés près des dernières maisons nous firent rebrousser chemin avec défense de partir avant l’exécution. Il y avait, paraît-il, de ces patrouilles sur toutes les routes autour de la ville, car on voulait frapper l’esprit de la population par un exemple.

Aussi bien la révolte était étouffée et, à partir de ce jour, presque tous les réfractaires firent leur soumission l’un après l’autre.

Voilà, Monsieur, le premier épisode de guerre auquel j’ai assisté. Depuis, j’ai vu plus d’une bataille, enterré plus d’un soldat au champ d’honneur, mais ni la campagne de Crimée, ni celle de la Loire m’ont fait oublier le sergent Sorel, la fusillade de la Courte Branche et la guillotine qui trancha le dénouement de cette affaire sur le champ de foire de Josselin.

Le vieux garde tout songeur vida sa pipe de deux ou trois coups secs du fourneau sur l’extrémité de son gros soulier, pendant que je le remerciais de son récit.

Je l’accompagnais ensuite sur le chemin de sa demeure et, avant de le quitter, je lui fis cadeau de la baïonnette rouillée dont il paraissait avoir une forte envie.

Puis je m’en allais tout seul en me remémorant le drame de la Courte Branche, et le désir me vint d’écrire la leçon d’histoire locale du vieux garde telle qu’il me l’avait contée.  »

Pour en savoir plus :
Il y a d’innombrables ouvrages consacrés à la Chouannerie.

Contentons nous du livre de Roger Dupuy (de la Faculté de Rennes) « les Chouans » (Hachette. Paris. 1997) qui donne une vue d’ensemble des différents épisodes de la Chouannerie bretonne.

Pour une approche plus générale des révoltes paysannes, le petit livre de Yves Marie Bercé « Croquants et nu-pieds – les soulèvements paysans en France du XVIème au XIXème siècle » donne un éclairage nouveau sur l’enjeu de ces « révoltes sans espoir ». (Gallimard – Folio histoire. Paris. 1991).

Pour aborder de manière plus ludique l’épisode des révoltes au moment de la Monarchie de Juillet, je vous conseille le roman de Michel Ragon « la louve de Mervent » (Albin Michel. Paris. 1985). L’histoire se passe en Vendée mais la problématique de son héros Tête de Loup s’apparente bien à celle des réfractaires de la forêt de Lanouée.

Victor Hugo & la Bretagne

Victor Hugo & la Bretagne

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2002 étant l’année du bicentenaire de la naissance du père Hugo, même un site consacré essentiellement à la Bretagne ne pouvait laisser passer l’occasion. Et cela d’autant plus qu’à deux reprises (août 1834 et juillet 1836), le poète national français fut l’hôte de notre pays.

Le voyage de 1834 est dicté par des motifs sentimentaux : Juliette Drouet (Julienne Gauvain, pour l’état civil, née à Fougères en 1806), sa maîtresse préférée depuis 1833, l’a quitté le 2 août après de violentes disputes. Elle s’est réfugiée, avec sa fille Claire, chez sa sœur à Saint Renan. Notre Victor débarque à Brest le 7 et les deux amants se retrouvent. Ils visitent ensemble le bagne, la rade et entreprennent de remonter vers Paris par le chemin des écoliers. Après Quimper et Auray, ils arrivent à Carnac. Tout à la joie d’avoir retrouvé Juliette, Hugo n’oublie pas cependant de tenir sa femme au courant de ses faits et gestes (même s’il oublie de mentionner la présence de sa compagne !). Voici un extrait d’une lettre pour Adèle Hugo postée à Vannes le 11 août :

« Me voici à Vannes. Je suis allé hier à Karnac dans un affreux cabriolet par d’affreuses routes et à Lokmariaker à pied. Cela m’a fait huit bonnes lieues de marche qui ont crevé mes semelles; mais j’ai amassé bien des idées et bien des sujets, chère amie, pour nos conversations de cet hiver.

Tu ne peux te figurer comme les monuments celtiques sont étrangers et sinistres. A Karnac, j’ai eu presque un moment de désespoir; figure-toi que ces prodigieuses pierres de Karnac dont tu m’as si souvent entendu parler ont presque toutes été jetées bas par les imbéciles paysans, qui en font des murs et des cabanes. Tous les dolmens, un excepté qui porte une croix, sont à terre. Il n’y a plus que des peulvens. Te rappelles-tu ? Un peulven, c’est une pierre debout comme nous en avons vu un ensemble à Autun dans ce doux et charmant voyage de 1825.

Les peulvens de Karnac font un effet immense. Ils sont innombrables et rangés en longue avenue. Le monument tout entier avec ses cromlechs qui sont effacés et ses dolmens qui sont détruits, couvrait une plaine de plus de deux lieues. Maintenant on n’en voit plus que la ruine. C’était une chose unique qui n’est plus. Pays stupide ! Peuple stupide ! Gouvernement stupide !

A Lokmariaker, où j’ai eu beaucoup de peine à parvenir avec les pieds ensanglantés par les bruyères, il n’y a plus que deux dolmens, mais beaux. L’un couvert d’une pierre énorme, a été frappé par la foudre, qui a brisé la pierre en trois morceaux. Tu ne peux te figurer quelle ligne sauvage ces monuments-là font dans un paysage ».

Précisions :

– Peulven (ou mieux, peulvan) est le nom breton du menhir (en français : pierre longue). Au figuré, il désigne un homme grand, efflanqué et gauche …. On pourrait pourrait traduire aussi par « dépendeur d’andouilles » !
– Une lieue d’avant le système métrique vaut environ 4 km. Ne pas confondre avec la lieue marine (vingtième partie du degré terrestre soit environ 5 556 m).
– Quand il parle de la pierre brisée du dolmen, Hugo fait allusion au célèbre menhir couché (Mané er Hroëc’h ou pierre de la sorcière) de 20,30 m de haut (soit 350 tonnes environ). La question se pose toujours de savoir pourquoi il est tombé (la foudre n’est qu’une hypothèse). Certains pensent qu’il se serait brisé au moment de la mise en place … Tout près, on admirera la célèbre Tables des Marchands (Taul er Varchanned, dite aussi Table de César par allusion à la présence supposée du grand Jules dans la région lors de la bataille navale contre les Vénètes).

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Juliette Drouet

En juin 1836, le couple se dirige à nouveau vers l’Ouest. Il visite d’abord la cathédrale de Chartres gravement endommagée par un incendie deux semaines plus tôt (depuis janvier 1833, Victor Hugo est membre, auprès de Prosper Mérimée, du Comité des Monuments qui vient d’être créé). Le 25 juin 1836, il est à Saint Malo et voici ce qu’il en écrit à Adèle :

« Arrivé à Saint Malo, j’étais pénétré de poussière, j’ai couru à l’océan et je me suis baigné dans les rochers qui entourent le fort du môle et qui font à la marée basse mille baignoires de granit. J’ai été assez avant dans la mer, courant de roches en roches malgré la lame qui m’a jeté une dizaine de fois à la renverse sur de diaboliques rochers fort pointus. N’importe, c’est une admirable chose chaque fois qu’elle vous enveloppe et vous secoue dans son écume.

Comme j’ai fait une douzaine de lieues à pieds au soleil depuis quatre jours, bout par bout, je suis rouge et horrible.

Du reste j’avais besoin d’eau. Depuis que je suis en Bretagne, je suis dans l’ordure. Pour se laver de la Bretagne, il faut bien l’océan. Cette grande cuvette n’est qu’à la mesure de cette grande saleté. »

Victor Hugo n’est pas le seul à déplorer l’état de saleté général de la Bretagne : tous les voyageurs parisiens du XIXème siècle ont fait le même constat. Villermé, bien connu pour ses études sur l’hygiène en France, nous donne (vers 1840)une description assez calamiteuse de l’habitat breton : « il faut avoir vu un tel dénuement pour s’en faire une idée ; il faut avoir pénétré dans la demeure d’un pauvre paysan breton, dans sa chaumière délabrée dont le toit s’abaisse jusqu’à terre, dont l’intérieur est noirci par la fumée continuelle des bruyères et des ajoncs desséchés, seul aliment de son foyer. C’est dans cette misérable hutte, où le jour ne pénètre que par la porte et s’éteint dès qu’elle est fermée, qu’il habite, lui et sa famille demi-nue, n’ayant pour tout meuble qu’une mauvaise table, un banc, un chaudron et quelques ustensiles de ménage en bois et en terre ; pour lit, qu’une espèce de boite où il couche sans draps sur un matelas où la balle d’avoine a remplacé la laine, tandis qu’à l’autre coin de se triste réduit rumine, sur un peu de fumier, la vache maigre et chétive (heureux encore s’il en a une) qui nourrit de son lait ses enfants et lui-même. »

Cela n’est pas nouveau : à la veille de la Révolution, Arthur Young, qui voyage dans la région de Combourg, nous laisse ses sentiments sur le peuple breton : « le pays a un aspect sauvage, la culture n’est pas beaucoup plus avancée que chez les Hurons, ce qui paraît incroyable au milieu de ces terrains si bons. Les gens sont presque aussi sauvages que leur pays. » Il précise plus loin : « s’ils vivaient de la chasse des animaux sauvages, leur pays serait aussi bien cultivé. »

La misère bretonne est donc ancienne et parmi les causes de cette misère, revient souvent l’intempérance qui avait fait dire à Nicole, célèbre janséniste auteur des « Essais sur le morale » en 1671 : « Etre breton et être ivrogne, c’est tout un ». Pour preuve de son propos, il explique à Madame de Fonterpuis que « pour la jeune Bretonne, quand elle veut se marier, il ne s’agit pas de savoir si son fiancé est ivrogne, le défaut qui règne dans ce pays là étant de s’enivrer, mais de savoir seulement s’il a le vin méchant ou bon, aussi n’épouse-t-elle pas un homme qu’elle ne l’ait vu ivre. »

On pourrait alors penser que c’est là un vice réservé aux couches laborieuses et peu cultivées. En fait, il n’en est rien et l’exemple vient d’en haut : la fameuse Marquise de Sévigné affirme qu’à Rennes, aux réunions des Etats, on ne trouve plus à qui parler entre deux heures (les députés sont fins saouls !). Le duc de Caulnes, dans un rapport qu’il envoie à Colbert en 1665, se plaint d’ailleurs que la noblesse bretonne « passe ses nuits à s’ivrogner. »

Mais revenons à notre ami Victor : s’il est un peu acerbe quand il parle de la Bretagne, il n’en croque pas moins dans ses dessins, les paysages qu’il découvre, preuve sans doute qu’il les apprécie. On en trouvera un certain nombre dans le livre « Hugo, dessins » commenté par Gaétan Picon chez Gallimard. Pour les textes concernant ses voyages, on les trouve parmi les 15 volumes des Œuvres Complètes éditées chez Robert Laffont (Collection « Bouquins ») sous la direction de Jacques Seebacher et Guy Rosa. De plus, Krishna Renou vient de produire (éditions Payot) un « Victor Hugo en voyage ».

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Petite note optimiste pour finir : Hugo semble apprécier l’hospitalité des auberges bretonnes, « j’ai couché à Auray, chez la mère Seauneau, excellente auberge, … ».

Jules Simon & le collège de Vannes

Jules Simon & le collège de Vannes

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Si Jules SIMON a donné son nom à une rue de Rennes (derrière le Palais du Commerce que l’on appelle plus communément la « grande poste »), peu de Bretons sont capables de vous dire que cet homme politique est un des leurs. Il faut dire à leur décharge que la plus grande partie de sa carrière politique et intellectuelle s’est déroulé dans les hautes sphères parisiennes.

Il est pourtant né à Lorient le 31 décembre 1814. Son père était drapier et il passa son enfance en Bretagne. Il « monte » à Paris pour entrer à l’Ecole Normale Supérieure d’où il ressort agrégé de philosophie. Il est ensuite nommé à la Sorbonne comme suppléant de Victor Cousin (1792 – 1867, un des chefs de file de l’école éclectique).

Jules Simon publie divers ouvrages philosophiques dont le plus célèbre (à l’époque, c’est à dire en 1844)) est sans doute l‘Histoire de l’Ecole d’Alexandrie (courant de pensée, du IIIème au Vième siècle, qui opposait à la théologie chrétienne un néoplatonisme mystique. Cette école fut fondée par Amonios Saccas).

Il est malgré tout plus connu par son action politique. Républicain convaincu, il est élu député des Côtes du Nord en 1848 et siège parmi la gauche modérée. Hostile à l’Empire, il refuse de prêter serment à Napoléon III et est élu au Corps Législatif en 1863. A la chute du Second Empire, dans le gouvernement de défense nationale, il devient ministre de l’Instruction Publique. Il occupe ce même fauteuil de septembre 1870 à mai 1871 dans le gouvernement Thiers. En butte aux attaques des cléricaux, il est contraint de démissionner.

Au moment de la Commune de Paris, Jules Simon tente vainement de fléchir la position de Thiers pour l’amener à une attitude moins intransigeante envers les insurgés. Il se refusera ensuite à justifier la férocité de la répression versaillaise.

En 1874, il dirige le journal le Siècle et un an plus tard, il devient sénateur inamovible. Au parti républicain, face à Gambetta, il fait plutôt figure de modéré. Il devient président du Conseil en 1876 et s’attire les foudres de Mac Mahon au moment d’une grande opération « mains propres » parmi les préfets et les magistrats. Cette opposition, violente, de Mac Mahon entraînera la chute de son ministère en 1877, lors de ce qu’on a appelé le « coup d’état du 16 mai ».

Cet épisode marque la fin de la carrière de Jules Simon au plus haut niveau de l’Etat. Resté sénateur, il s’opposera à Jules Ferry en 1880, lors du vote de l’article 7 de la loi sur l’enseignement qui voulait réserver le droit d’enseigner aux seules congrégations religieuses autorisées. Même s’il restait un républicain convaincu, il tenait avant tout à défendre la liberté, même celle de ses adversaires.

Membre de l’Académie Française, il nous a laissés, outre ses écrits philosophiques, quelques volumes de souvenirs : Souvenirs du 4 septembre (1874), le Gouvernement de M. Thiers (1878), Mémoires des Autres (1889) et Nouveaux Mémoires des Autres.

J’ai retrouvé par hasard, au fond d’une benne à papier destinée au pilon, un volume en piteux état de ces Nouveaux Mémoires des Autres daté de 1891 et publié chez E. Testard et E. Flammarion à Paris. Le deuxième chapitre de ce livre intitulé le Collège de Vannes a attiré mon attention de Morbihannais exilé ce jour-là en Haute Saône (à Vesoul, plus exactement).

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Je vous le livre ici sans autre commentaire (en ajoutant cependant que le premier mémoire, la Bûche de Noël, une histoire bretonne, vaut aussi son pesant d’or).