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Catégorie : Sites & Monuments

Bâtisses et Citadelles, maisons et autre curiosité architecturale…

Au fil de la Loire, on rencontre Anne de Bretagne

Au fil de la Loire, on rencontre Anne de Bretagne

Préambule à notre balade en Val de Loire, Amboise :

Le château Royal d’Amboise fut un lieu de séjour fréquent de Charles VIII et d’Anne de Bretagne. C’est ce souverain qui donna au château la configuration d’un véritable palais, dont une partie seulement a été conservée jusqu’à nos jours. source  : http://anne-de-bretagne.net/fr/les-chateauxpartenaires/chateau-royal-d-amboise

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Amboise

C’est en visitant les châteaux du Val de Loire, que tout en douceur, au fil de l’eau, ces grandes bâtisses vous replongent dans l’Histoire de France et de Bretagne. Nous avons remonté le fil de cette histoire, avec comme personnage récurrent, certes les rois de France, mais surtout leurs épouses et parmi elles, Anne de Bretagne.

Anne de Bretagne, née le 25 ou à Nantes et morte le (à 36 ans) à Blois, est duchesse de Bretagne et comtesse de Montfort (1488-1514) et d’Étampes (1512-1514) et, par ses mariages, archiduchesse d’Autriche, reine de Germanie (1490-1491), puis de France (1491-1498), puis de nouveau reine de France (1499-1514) et reine de Naples (1501-1503) et duchesse de Milan (1499-1500) et (1500-1512). source Wikipedia

Mais reprenons notre balade telle que nous l’avons faite en ce mois de mai 2016.

Première étape, le château des Dames : Chenonceau

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Chenonceau

Le château des Dames n’a que peu à voir avec Anne de Bretagne, mais comment parler du Val de Loire sans évoquer au moins par une visite et une image le château des Dames. Magnifique édifice à l’histoire très riche, mieux vaut le visiter de nos jours en dehors des périodes d’affluence, sinon c’est la foule et vous visitez les magnifiques intérieurs à la queue leu leu et ce n’est pas l’idéal…

Si Anne de Bretagne ne fait pas partie des résidentes prestigieuses de Chenonceau.

wikipedia : Chenonceau est construit, aménagé et transformé par des femmes très différentes de par leur tempérament. Il est édifié par Katherine Briçonnet en 1513, enrichi par Diane de Poitiers et agrandi sous Catherine de Médicis. Il devient un lieu de recueillement avec la reine blanche Louise de Lorraine, puis il est sauvegardé par Louise Dupin au cours de la Révolution française et enfin, métamorphosé par madame Pelouze. C’est ainsi qu’il est surnommé le château des Dames2, car « cette empreinte féminine est partout présente, le préservant des conflits et des guerres pour en faire depuis toujours un lieu de paix.

Elle y a cependant laissé une petite part de son empreinte, indirectement. Comme nous le raconte le site Passion Chateau, l’hermine bretonne figure en effet au coté de la salamandre de François Ier par son épouse Claude de France, fille d’Anne de Bretagne et de Louis XII

Seconde étape, le château dans la forêt : Chambord

Et donc François Ier et le magnifique Chambord, là non plus peu de lien avec Anne, mais ne pas visiter Chambord en Val de Loire, c’est comme visiter Paris et ignorer le Louvre ou la Tour Eiffel.

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En arrivant à Chambord
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Si nous étions Rois, nous arriverions par cette grande allée
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Au fil du canal de Chambord, ce dernier vous contemple

Tant de chose à dire de Chambord, mais rien en rapport avec Anne de Bretagne et pour cause c’est le château d’un Roi, François Ier a Chambord, Louis XIV aura Versailles. Même mégalomanie architecturale et tout ça pour n’y passer que 72 nuits au total.

Incontournable visite car l’architecture de ce bâtiment est grandiose dans les moindres détails et s’il parait un peu froid de caractère, ce château abrite tant de détails que le regard ne sait plus où s’arrêter.

Troisième étape : Blois, première rencontre avec Anne puisqu’elle fut l’épouse de Louis XII

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Bois Château Royal

Blois fut la dernière demeure d’Anne de Bretagne où elle résida avec son second époux royal : Louis XII jusqu’en 1514. C’est le couple qui contribua à modifier le château médiéval en château renaissance

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L’emblème de Louis XII
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Aile Louis XII

Les références à Anne et son époux Louis sont omniprésentes dans l’aile de leur époque

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Louis et Anne partout réunis à Blois

Le fameux escalier à vis ajout de François Ier

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Prémisse de l’escalier de Chambord ?

Quatrième étape : Langeais, seconde rencontre avec Anne et pour elle cette première étape en catimini pour devenir Reine de France. http://chateau-de-langeais.com/

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Anne est probablement arrivé de là
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Puis elle est entrée à Langeais
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Découvrant la cour du château en catimini
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Avant de contracter ce fameux mariage que l’Histoire a retenu

Et c’est donc à rebours que nous croisons Anne de Bretagne avant de retourner vers son duché natal, puisque avant Louis XII elle fut marié, mariage politique en catimini, avec un premier roi de france : Charles VIII. Mariage resté célèbre pour la Bretagne puisqu’il signe la fin de l’indépendance du duché de Bretagne…

Indépendante ou pas, c’est en quittant Langeais que nous avons repris le chemin de notre région préférée.

Guérande, la MEDIEVALE …

Guérande, la MEDIEVALE …

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Si l’on en croit Honoré de Balzac, « Guérande, magnifique joyau de féodalité, n’a d’autre raison d’exister que de ne pas avoir été démolie ». Mais l’auteur des Chouans écrit cela en 1834 et il est vrai qu’à cette période, Guérande vit repliée sur elle-même, touchée par le déclin de la production de sel et n’ayant pas su se plier aux grandes mutations industrielles. Il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour que la « Carcassonne Bretonne » se souvienne qu’elle a encore quelques atouts en main.

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CHATEAUX EN COGLES

CHATEAUX EN COGLES

Il en est des monuments comme des humains : certains, modestes, ont du mal à s’épanouir à l’ombre des plus grands. C’est le cas pour un certains nombre de châteaux du Coglès qui souffrent de la présence de deux encombrants voisins : le château de Fougères, impressionnante forteresse médiévale avec ses 13 tours et ses 3 enceintes et plus au Nord, le Mont Saint Michel qu’il est inutile de présenter.

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Le Coglès, cette marche entre Bretagne et Normandie, est un pays de granit qui peut paraître monotone à moins de se plonger dans ses chemins de bocage (même si le remembrement y a fait, là aussi, ses dégâts …) à la recherche d’un habitat traditionnel des mieux conservé.

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Nous aborderons ce pays par la commune de Saint Brice en Cogles qui abritent deux joyaux de l’architecture nobiliaire du XVIIème siècle : le Rocher Portail et le château de Saint Brice (dit aussi château de la Motte).


LE ROCHER PORTAIL.

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Cette demeure splendide, une des plus grandes d’Ille et Vilaine, a été construite à l’emplacement d’un ancien château dit Rocher Sénéchal.
Il fût construit à la demande de Gilles Ruellan, un obscur voiturier né à Antrain : il ne possédait au départ que deux chevaux et se livrait au transport des toiles à voile vers Saint Malo. Ruellan, qui ne sait ni lire ni écrire, est un homme avisé et il réussit à acheter une sous-ferme des impôts et billots (taxe sur l’alcool). Au moment des guerres de religion, il se fait trafiquant d’armes pour le compte du Duc de Mercoeur mais se rapproche d’Henri IV quand il sent le vent tourner.

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En 1598, la paix revenue, il s’associe à des marchands lyonnais et parisiens mais il reste seul très peu de temps après et étale sa réussite. Il est anobli en 1604, devient chevalier 6 ans plus tard et obtient le titre de baron du Tiercent en 1613. On l’appelle alors Gilles de Ruellan, seigneur du Rocher Portail et du Tiercent. Il s’allie à la haute noblesse bretonne en y mariant ses filles : la dernière, Guyonne, épousera le duc de Brissac, lieutenant général du gouvernement de Bretagne. Quand à ses fils, ils réussiront eux aussi : l’un sera maître des requêtes et l’autre conseiller au parlement de Rennes.

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(Pour plus de détails sur ce parfait arriviste, on lira l’excellent livre de Joël Cornette : Histoire de la Bretagne et des Bretons aux pages 522 et 523 du Tome I).

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Ruellan se fit également construire deux autres demeures : Monthorin en Louvigné du Désert et la Balue près de Bazouges la Pérouse.

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Ce château est privé, on ne peut donc le contempler que de l’extérieur. On remarquera en particulier les hautes cheminées sur des toitures à la Mansard. L’aile nord, qui donne sur l’étang, est agrémentée d’une surprenante galerie ouverte (réminiscence tardive de l’architecture de la Renaissance). L’aile sud, quant à elle, évoque davantage le Moyen Age avec une entrée à pont levis qui relie la cour centrale aux communs du château.

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LE CHATEAU de SAINT BRICE.

Ce château qui jouxte le bourg est contemporain, du moins dans son état actuel, de celui du Rocher Portail. Il est lié au souvenir du marquis de la Rouerie qui participa à la guerre d’indépendance américaine sous le nom de colonel Armand. Il aurait rapporté de là-bas les tulipiers qui ornent encore le parc du château. Le marquis épousa une demoiselle de Saint Brice avec qui il vécut non loin de là au château de saint Ouen la Rouérie (construit vers 1730).

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Charles Armand Tuffin de la Rouerie deviendra surtout célèbre pour sa participation à l’Association Bretonne qui, en 1792, s’apprêtait à provoquer l’insurrection des campagnes bretonnes contre la Convention. La Rouerie fut bien prêt de réussir : début 1792, il disposait de plus de 6 000 fusils et s’appuyait sur un vaste réseau de contre-révolutionnaires. Il fut trahi par un ami, échappa à la guillotine mais mourut d’une fièvre maligne en 1793.

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Mais revenons au château de la Motte qui n’a que peu de chose à voir avec celui du Rocher Portail. Entouré d’étangs, il était autrefois fortifié comme en témoigne le reste de l’entrée où l’on devine la présence d’un pont levis reste d’un ancien château qui aurait déjà été en ruines en 1580.

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Détail intéressant : une balustrade élégante qui décore l’angle d’un pavillon et dont le dessin se retrouve autour du bassin de la cour intérieur.
Ici aussi, on ne peut visiter que l’extérieur.

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Abbaye de Bon-Repos

Abbaye de Bon-Repos

Une abbaye cistercienne au coeur de la bretagne

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Eté 2002, début des vacances et passage par le « célèbre » lac de Guerlédan, puis sur la route « buissonnière » du Finistère non-loin du lac, petite halte improvisée au Liscuis pour profiter du paysage et de ses allées couvertes. Là, de loin dans la vallée, nous tend les bras un cours d’eau et non loin un batiment imposant surgit au milieu des arbres.

Curiosité aidant ajoutée à l’envie de flâner, nous découvrons un splendide batiment : l’abbaye cistercienne de Bon-Repos !

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L’histoire veut que Alain III de Rohan, vicomte de son état, s’endormit après une journée éprouvante de chasse au sein de la forêt de Quénécan, si fatigué qu’il en fit de jolis rêves puisque la vierge Marie lui apparut en songe. Notre vicomte inspiré s’empresse de marquer ce lieu et d’y construire une abbaye, qui ma foi, fût l’une des plus imposantes connues et hébergea dès sa conception achevée une douzaine de moines de Savigny venus tout exprès de la Manche, et tout cela en l’an de grâce 1184.

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En tout cas, une chose est certaine, on prend plaisir à faire une halte à « Bon-Repos »…

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Voir en ligne : le site des compagnons de Bon-Repos

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Chateau de Kergroadès

Chateau de Kergroadès

Lors de mes pérégrinations estivales en Bretagne, j’ai découvert ce manoir (ou château ?) au fin fond des terres du Finistère bien dissimulé dans la campagne de ce département dont on ne connait trop souvent que les côtes. J’espère que ces quelques photos vous donneront envie de visiter les abers (zone nord du Finistère) non pas seulement sur sa magnifique côte maritime mais aussi à l’intérieur des terres…

Cette demeure de granit, construite au début du 17 ème siècle par François III de Kergroadès, écuyer d’Henri IV, a l’allure d’une forteresse moyen-âgeuse mâtinée d’influence renaissance. Sa cour d’honneur, fermée par une galerie crénelée, est entourée par un sévère corps de logis flanqué de deux tours rondes.
(source guide vert Michelin)

Les photos :

petit bug concernant les photos, en cours de résolution

Extrait du site de la commune de Brélès

Entre Lanrivoiré et Brélès, mais situé dans cette commune, s’élève le château de Kergroadès, construit de 1602 à 1613 par François de Kergroadès, seigneur du dit lieu, Du Bois, de Kerver, de Kerangomar, chevalier de Saint-Michel, d’une famille très ancienne dont le blason était « fascé de six pièces d’argent et de sable », et de la devise « en bon espoir ». Kergroadès est un grand édifice carré, flanqué de tours à meurtrières aux quatre angles.

L’une d’elle est surmontée d’une coupole, l’autre est couronnée par une plate-forme revêtue d’un parapet à [?mâchicoulis]. A l’entrée, mur de protection surmonté d’une terrasse supportée par des arcades, dans lequel s’ouvrent deux portes, cavalière et piétonne, encadrées l’une et l’autre de pilastres d’ordre ionique. On lit sur la corniche un verset de l’ecclésiaste « Si non in timore di tenveriste instanter cito subvertatur domus tua » : « Si tu ne te maintiens pas constamment dans la crainte du Seigneur, ta maison sera anéantie ».

On aperçoit, de la cour d’honneur le manoir, demeure imposante, imitée de Kerjean. La façade est percée de nombreuses et larges fenêtres à croix de pierres et surmontée de croisées de mansardes richement sculptées.

A gauche, belles écuries voûtées sur lesquelles s’élèvent un édifice à deux étages et mansardées.

A droite sont les dépendances, prolongées sur l’extérieur par la chapelle.

Les Kergroadès furent alliés aux plus illustres familles de la région : Kerlech, Kerouartz, Le Nobletz, etc. S’ils n’ont pas joué un grand rôle dans l’histoire, ils étaient d’une bonté proverbiale et aimés de tout le voisinage.

Aussi, lorsque l’un deux, François Corentin, vers le milieu du VXIIème siècle, se trouva dans une situation pécuniaire difficile, Cambry rapporte que les fermiers lui fournirent 100.000 pour le paiement de ses dettes, gérèrent ses terres pendant 40 ans, et firent présent à son épouse de huit beaux chevaux de carrosse afin que Madame puisse venir à la paroisse d’une manière convenable.

Kergroadès passa par mariage à la famille de Kerouartz, puis de Houchin, Marie de Houchin épousa le marquis de Roquelaure qui fut décapité à Paris le 25 Juillet 1794.

En 1860, les héritiers vendirent la terre à M. Le Jeune, notaire à Saint-Renan, de qui elle passa par héritage à la famille Chevillotte qui le restaura au début du siècle.

Castel Ardéchois

Castel Ardéchois

Des Châteaux en Ardèche …

Les hasards de la vie (ou le destin) ont fait que nous sommes, pour le moment, installés face à l’Ardèche avec la seule vallée du Rhône pour nous séparer de ce bout de montagne à la réputation austère et inhospitalière. Ce département regroupe l’ancien Vivarais, petit pays annexé à la couronne de France en 1305 : il était jusqu’alors terre du Saint Empire Romain Germanique (mais où es-tu donc, France éternelle de Clovis ?). Sa capitale (avant 1789) était Viviers qui ne garde aujourd’hui que le pouvoir spirituel avec le siège de l’évêque, le pouvoir temporel étant désormais à Privas où trône le préfet.

Pour qui survole rapidement les offres dispensées par les maisons de tourisme et autres syndicats d’initiative, l’Ardèche se résume bien souvent au Vivarais du sud : le site de Pont d’Arc est dans toutes les mémoires (il a meublé bon nombre de livres de géographie au chapitre « érosion »), et les gorges de la rivière passent pour être « un des plus beau canyon de France ». Là, on parle de la Cévenne Ardéchoise et d’un espace rural « dévitalisé » : il est vrai qu’autant ces paysages offrent au visiteur estival une image idyllique, autant on imagine les difficultés à y vivre les longues soirées d’hiver (« Qui voit Cévenne, voit ses peines … »).

Il existe une Ardèche moins connue : celle du Nord, on dit aussi l’Ardèche verte, que nous pouvons voir chaque jour (au moins, en partie !) depuis la fenêtre de notre salon.
La vallée du Rhône qui sépare Drôme et Ardèche, est un espace ou l’activité humaine déborde, c’est le moins qu’on puisse dire. Les principales villes ardéchoises qui bordent cette vallée voient donc leur économie tournée vers le fleuve. Mais il existe aussi des chemins de traverse qui nous permettent des surprises agréables dès lors qu’on s’éloigne du fleuve pour aller vers le plateau.

Laissez-nous vous en proposer quelques-unes.

Il y a d’abord ces deux petites vallées qui font oublier qu’à quelques kilomètres de là, les usines Rhodia et quelques autres empuantissent la vallée du Rhône:

La vallée de la Gance

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La vallée de l’Ay

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En descendant, au sud de Tournon, le château de Crussol, formidable forteresse qui domine la petite ville de Valence (là même où fut roué vif, Mandrin, « le bandit bien aimé » un 26 mai 1755) est sans doute le plus connu des châteaux ardéchois.

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Les ruines occupent le sommet d’un piton de roches calcaires (la « Montagne de Crussol » est longue de 3 kilomètres qui culmine à 400 mètres. Une pente abrupte de 250 mètres assure à la forteresse une protection naturelle impressionnante.
La construction du château débute au XIIème siècle, sous le règne d’un seigneur nommé Gérald Bastet mais le nom de Crussol (Cruciolo dans sa forme latine) est mentionné dès le Xème siècle dans le cartulaire de l’Abbaye de Saint Chaffre.

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L’ensemble des ruines regroupe, sur 3 hectares, le village (la Villette), gros d’une centaine de maisons à l’abri derrière un premier rempart et le château lui-même. Propriété de la famille d’Uzès, la demeure seigneuriale cessera d’être habitée au XVIème siècle ( vers 1565, on lui préfèrera alors le château d’Uzès, plus confortable). Au moment des Guerres de Religion, le site retrouve son utilité militaire : investi par les Protestants en 1573 (les Crussol-Uzès font partie des grandes familles nobles converties très tôt au calvinisme), il sera consolidé et les fortifications réaménagées. Rappelons qu’à ce moment, la vallée du Rhône et le Dauphiné sont sous la coupe du Baron des Adrets, que d’aucun considèrent, même dans son propre camp, celui des Calvinistes, comme un véritable prédateur. Dès 1562, Jacques de Crussol avait conquis bon nombre de villes du Languedoc pour le compte des Protestants. Les Catholiques reprendront cependant le site de Crussol et il sera finalement rasé au XVIIème siècle.

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Mais laissons Crussol à sa hautaine splendeur et redescendons les rives du Rhône. A 15 km environ, la rivière Eyrieu rejoint le seigneur des fleuves (à Beauchastel, plus exactement). La vallée de l’Eyrieu nous conduit vers les hauteurs du Haut Vivarais. Nous la laisserons à Saint Laurent du Pape pour emprunter une petite route sinueuse (pléonasme en Ardèche ?), à flanc de montagne, qui va nous conduire à Pierregourde. A Crussol, les ruines sont quelque peu aménagées … à Pierregourde, par contre, c’est la désolation à l’état pur (c’est aussi ce qui fait le charme du site …) et le spectacle vaut le détour.

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« Du haut d’un sommet élevé, le château de Pierregourde semble menacer encore la vallée. Le souvenir de ce fameux chef de brigand plane encore sur les rives de l’Eyrieu ; quand on va du Pape ou de la Voulte à Vernoux, on peut passer sur les ruines même du castel jadis si redouté. Je ne sais quel aspect de désolation règne sur le mamelon dont il occupe la cime : de ses créneaux brisés, de ses bastions écroulés, gisant ça et là sur le sol, la vue s’allonge sur la vallée de l’Eyrieu et de là s’élance par dessus le bassin du Rhône jusque sur les plaines du Dauphiné » (Albert du Boys in Album du Vivarais).

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Le visiteur pressé qui a absolument besoin de poser sa voiture au pied du château aura tout manqué. Par contre, celui qui accepte de monter à pied les quelques deux kilomètres de chemin empierré qui conduisent vers les ruines ne regrettera pas la promenade : il découvrira, de chaque côté, les sommets sauvages du Vivarais et, s’il fait beau, les premiers contreforts du Vercors et les petites vallées qui convergent vers celle de l’Eyrieu.

De loin, le château semble être poussé de la montagne : il fait corps avec le piton qui culmine à 600 mètres. Vu de loin, il apparaît donc comme un ensemble compact mais à mesure que l’on s’approche, on prend conscience de l’importance du site : outre le corps de logis et quelques restes de tours, le visiteur découvre en effet un ensemble de constructions qui s’échelonne autour du château sur des genres de terrasses.

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Il est fait mention de Pierregourde dans un registre de 1217 (un terrier) qui énumère les rentes dues au seigneur du lieu. Celui-ci percevait une partie de ses rentes en cire d’abeille. Plus tard, en 1325, nous retrouvons trace dans un autre document de Hugon IV, seigneur de Pierregourde et fils de Giraud du même nom.

Mais le personnage qui a le plus marqué ce château est sans doute François de Barjac (le fameux chef de brigand dont parle Monsieur du Boys), une des personnalités locales du parti huguenot, mort au combat de Mesignac, le 31 octobre 1568. Les légendes, en Ardèche, le présente souvent comme un chef de bande sans foi ni loi. Cette réputation est nuancée par le même Albert du Boys dans son Histoire du Languedoc (tome V).: « François de Barjac, sire de Pierregourde, qui fut dans son temps le capitaine le plus renommé des Protestants du Vivarais, est arrivé à la postérité avec deux figures dont les traits ne sont nullement semblables : il y a en lui l’homme de l’histoire et l’homme de la tradition. L’homme de l’histoire est un général actif, plein de ressources et d’intrépidité dans le péril. Du reste ni plus ni moins sanguinaire que les autres chefs des deux partis. L’homme de la tradition réveille au contraire, chez les villageois de la vallée de l’Eyrieu, l’idée d’une espèce de brigand semblable au capitaine de routiers du Moyen-Age. Suivant l’histoire, Pierregourde, proclamé, après la Saint Barthélemy, commandant du Vivarais pour les religionnaires, n’aurait point obéi au fanatisme révolutionnaire qui l’aurait élevé à ce poste important. La preuve en est que, de concert avec M. de Cugières, il aurait fait faire aux Vivarais des deux partis, catholiques et protestants, une sorte de confédération d’après laquelle ils se seraient garantis une paix mutuelle et se seraient même engagés à se secourir réciproquement s’ils étaient attaqués les uns et les autres. Par suite de ce traité, l’agriculture put revivre et le commerce refleurir. »

Mise à part cette référence aux périodes troublées des guerres de religion, il existe peu de documents sur Pierregourde : il faudrait sans doute que le site soit fouillé (mais il est propriété privée !) pour en savoir plus…

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Pour conclure, sur ces châteaux d’Ardèche, je voudrais citer un texte de Paul Perrève (in La Burle. Ed. J.C. Lattès. Paris 1981). L’auteur, ancien médecin de campagne, y décrit la rudesse du pays d’Ardèche battu par les vents (la burle, dans la langage du Vivarais, est « ce vent vif et glacé qui balaie les hautes terres », un vent qui, quand il entraîne la neige, fait qu’on ne sait plus où est la route et où est le précipice …). Ce texte illustre bien le sentiment qui saisit le visiteur quand il découvre les sommets de Pierregourde.

« Il m’est devenu clair, l’évidence même, que l’homme est un accident par ces terres hostiles, inhospitalières. Oh ! Un petit accident de rien du tout, atterri là par hasard, qui s’obstine à y subsister, entortillé dans sa solitude, agrippé à sa misère, mais qui tôt ou tard disparaîtra comme il est venu, vaincu, sans laisser de traces. La burle, patiente, aura le dernier mot. Déjà la forêt mange ça et là bien des cultures, envahit tant de hameaux où l’homme a disparu à jamais … Rude, la montagne du Haut Vivarais n’en est que plus belle, car puisant sa beauté au tragique, une beauté que la sueur des hommes a nourrie, goutte à goutte, que sa détresse a rendue plus glorieusement hautaine, plus souverainement insolente. Une terre qui n’en finit pas de vous chasser et de vous retenir, de vous retenir pour mieux vous chasser, avec cruauté, chuchotant à l’oreille de qui sait l’entendre son terrible message, que la vie et la mort ne sont que des illusions d’homme. »

Les amateurs de châteaux médiévaux pourront retrouver la présentation de ces deux monuments sur http://www.casteland.com . Ce site vous permet de visiter un nombre impressionnant de forteresses médiévales à travers tout l’hexagone.

Saint-Aubin du Cormier (35)

Saint-Aubin du Cormier (35)

Saint Aubin du Cormier est un de ces sites qui entrent très tôt dans l’histoire du duché de Bretagne et qui accompagnent toute l’évolution politique et économique de la région.

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La ligne de crête qui domine un vaste paysage près de la forêt de Rennes où Pierre de Dreux aimait chasser lui donna l’envie d’édifier une forteresse : les travaux commencent donc en 1255.

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Outre l’intérêt sentimental, le choix du site répond à d’autres impératifs :

– situé à quelques lieues des Marches de Bretagne, il est un passage obligé pour les Français qui montrent fréquemment des velléités d’invasion.

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– Il permet également la surveillance du château de Vitré (le baron André III est le beau-frère de Pierre de Dreux mais ils sont tous deux en froid pour une affaire d’héritage). Fougères n’est pas loin non plus et mérite attention même si le duc est en droit d’espérer que le jeune Raoul lui restera fidèle. D’une manière plus générale, Pierre de Dreux pratique une politique de construction militaire intense pour se positionner en pouvoir central face aux grands féodaux armoricains qui se montrent souvent turbulents.

– Enfin, Saint Aubin est au centre d’une région agricole riche dont il convient de poursuivre le défrichement commencé il y a un siècle. Il faut alors assurer aux paysans et aux bourgeois que l’on attire ici une protection suffisante pour que l’endroit reste attractif. La bourgade sera aussi et pour les mêmes raisons dotée de nombreux privilèges (exonération des redevances seigneuriales en particulier).

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Quelques précisions sur le promoteur de ce château : Pierre de Dreux, « bailliste » du duché de 1213 à 1237 (il meurt à son retour de croisade en 1250) fut surnommé par la suite Pierre Mauclerc. Ce nom signifierait ou bien « clerc qui a mal tourné » (il aurait étudié, dans sa jeunesse prime, pour embrasser une carrière ecclésiastique) ou bien « celui qui est contre les clercs » (par allusion à ses heurts fréquents avec le clergé breton et à une politique souvent anticléricale). Venu d’Ile de France (il est fils de Robert II de Dreux, l’un des principaux vassaux du comte de Champagne). Il est un étranger pour les Bretons et ne sera donc pas officiellement duc mais « bailliste » du duché, titre qu’il obtient par son mariage avec Alix, héritière de la famille ducale. En 1213, le roi de France, Philippe Auguste, fidèle à sa politique de centralisation hexagonale, a véritablement en main les destinées de l’Armorique et exige de Pierre de Dreux l’hommage lige (c’est le lien plus étroit et le plus contraignant de la vassalité). Mauclerc doit s’exécuter et il restera fidèle à son serment jusqu’en … 1224 !

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En dépit de ce lien de vassalité et dès son accession au trône, l’ambition du « bailliste » (son fils, Jean Ier le Roux, oeuvrera dans le même sens) sera de faire de la Bretagne un véritable état : réalité économique dotée d’une organisation administrative élaborée et soutenue par un puissance militaire significative.

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Dès 1232, le château de Saint Aubin du Cormier prouvera son utilité. Les troupes du roi de France, Louis IX (que certains appellent Saint Louis) l’assiègent mais sans succès. Rappelons que, 3 ans plus tôt, Pierre Mauclerc, soucieux de s’affranchir de la « protection » de son voisin français, a fait hommage du duché au roi d’Angleterre Henri III.

En 1234, malgré tout, Pierre Mauclerc doit céder devant la force (l’alliance anglaise ne lui apporte pas l’aide militaire souhaitée) : il rejoint la mouvance française et le château de Saint Aubin est remis en gage aux troupes de Louis IX. A la majorité de son fils Jean (1237), Pierre abandonne, comme promis, toute activité politique et s’engage dans l’expédition de Louis IX en Egypte. Joinville en parle alors comme d’un chevalier assagi et digne d’éloges en tous points.

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Le château et la bourgade de Saint Aubin vont ensuite profiter de quelques décennies de paix qui vont permettre un développement économique important dans tout le duché.

Vers 1430, sous le règne du duc Jean V de Montfort, la bourgade est « emmuraillée » et le château est remanié. Le désir de paix du duc et sa prudence politique ne l’empêche pas de se garder à ses frontières. La Bretagne vit en effet une période de sécurité et de prospérité relative près d’une France à feu et à sang mais, dans les zones frontalières, les incursions incessantes de routiers de tous bords obligent à la vigilance.

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Trente ans plus tard, la situation est beaucoup moins calme : sous Louis XI, les ducs de Bretagne participent aux dernières grandes révoltes féodales. Ainsi, en 1465, François II adhère à la ligue du Bien Public et 10 000 soldats bretons sont engagés contre les Français. Les années passent en escarmouches qui ne donnent pas vraiment l’avantage à l’un ou l’autre camp.

En 1487, la guerre ouverte avec la France devient inévitable. Plusieurs barons bretons, partisans du rattachement à la France et regroupés derrière le maréchal de Rieux, reconnaissent les droits de Charles VIII à succéder au duc (qui n’a pas d’héritier mâle). Pour parfaire la trahison, ils obtiennent l’aide de 6 000 soldats soldés par le roi de France. L’armée française est en réalité forte de 15 000 hommes répartis en trois corps et pourvu d’une artillerie d’excellente qualité. Cette armée échoue malgré tout devant Nantes (juin à août 1487) et le maréchal de Rieux (fin capitaine de guerre) se rallie alors au duc redonnant ainsi un peu d’espoir aux Bretons.

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Mais le 19 juillet 1488, les troupes françaises de la Trémoille enlèvent, gràce à leur artillerie, le château de Fougères malgré la résistance de ses 3 000 défenseurs. Le château de Saint Aubin du Cormier ainsi que Vitré sont aux mains des Français depuis l’automne 1487. Le 28 juillet, à quelque pas de la bourgade, dans les landes d’Usel qui bordent l’étang d’Ouée, les 15 000 Français tombent sur les 11 000 soldats bretons (il y a avec eux des archers anglais) que Rieux a rassemblé à la hâte. L’engagement ne dure que 4 heures mais c’est un véritable carnage : 6 000 bretons restent sur le terrain alors que les Français ne déplorent que 1 500 victimes. Les vainqueurs ne font pas de prisonniers : tous les combattants qui portent la croix noire (signe distinctif de l’armée bretonne hérité des croisades) sont exécutés.

Le duc François II, vaincu et moralement abattu, est contraint à la reddition et la paix est signée le 20 Août 1488. Le vieux duc ne survivra pas à l’humiliation : il meurt en septembre.

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A titre de gage, le roi de France conserve plusieurs villes fortifiées : Saint Malo, Fougères, Dinan et Saint Aubin du Cormier qu’il gardera si « le duc mariait les dites dames (= ses filles dont Anne) sans son consentement », comme il est stipulé dans le traité du Verger.
Les troupes d’occupation y sont toujours en 1490 et le château sera démembré avant leur départ.

En 1491, la fille de François II, Anne de Bretagne, devient reine de France en épousant Charles VIII, le vainqueur de Saint Aubin du Cormier.

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Les ruines aujourd’hui :

La forteresse comprenait un ensemble de 10 tours dont un formidable donjon et formait un quadrilatère de 100 mètres sur 30. Il ne reste que la moitié nord du donjon et les bases des autres tours. On retrouve également quelques lambeaux du corps de logis et du mur de la chapelle. L’enceinte extérieure, intégrée maintenant dans les constructions du bourg, garde la trace de trois grosses tours en demi-lune et du rempart sud qui domine l’étang.

Entrée libre et gratuite.
(attention à certaines ruines qui semblent défier les lois de l’équilibre).

Office du tourisme du Pays de Fougères

2, rue Nationale
35300 Fougères
02.99.94.12.20
www.ot-fougeres.fr

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Le Camp des Rouets

Le Camp des Rouets

Site oublié, comme le sont beaucoup de choses en cette Bretagne Centrale, le Camp des Rouets à MOHON le fût pendant des années, voire des siècles. Cet assemblage de buttes et de fossés a été longtemps considéré comme un voisin gênant par les agriculteurs du voisinage et le remembrement des terres agricoles (commencé à la fin des années 60) aurait pu mettre bon ordre à cet état de fait. La curiosité d’un ancien recteur de Mohon et l’opiniâtreté d’un artisan d’art installé sur la commune allaient en décider autrement : le site sera classé (1975), acquis par le Conseil Général, étudié et sommairement aménagé pour les visites.

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La Roche aux Fées

La Roche aux Fées

un monument mégalithique à Essé (Ille et Vilaine)
Depuis plusieurs siècles, des millénaires peut-être, les monuments mégalithiques sont là, témoins muets d’une civilisation mal connue. Cela aurait du suffir pour qu’ils sombrent dans l’oubli, pour que le peu d’intérêt qu’on leur porte soit émoussé par le secret qu’ils gardent jalousement. Mais il faut compter avec les ressources de l’homme qui ne s’émeut pas devant l’impuissance de sa raison : quand celle-ci n’explique rien, il imagine, il appelle à son secours les innombrables êtres surnaturels, fées, nains et géants, rois légendaires, tantôt bons, tantôt méchants, mais qui surgissent toujours à temps pour prendre le relais de la science.

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la légende …
Le monument mégalithique d’Essé aurait ainsi été construit par les fées et celui qui le détruira mourra dans l’année. Ce travail de titan, les fées le firent tout naturellement en apportant les pierre d’une carrière distante de conq kilomètres dans leur « devantière » (on désigne ainsi le tablier dont on a réuni les coins pour en faire une sorte de sac autour de la ceinture). Un jour, leurs compagnes leur « huchèrent » (crièrent) depuis la Roche qu’elles n’avaient plus besoins de matériau. Alors, les fées secouèrent leur tablier, une pierre se piqua debout et les autres tombèrent éparses aux alentours. Ce fut l’origine des pierres de Rumfort que l’on voit en forêt du Theil (village à quelques kilomêtres d’Essé).

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Mais l’ouvrage des Fées ne s’arrète pas là : elles voulurent laisser une preuve de leur action et sans doute garder quelque distance à l’égard de ces mortels qui contemplent leur oeuvre. C’est ainsi que si l’on compte les pierres plusieurs fois de suite, on ne trouvera jamais le même nombre car les fées déplacent les blocs, en retirent un, en ajoutent un autre à l’insu du visiteur. Mais elle rachètent aussi leur espièglerie en permettant aux amoureux de savoir s’ils sont vraiment faits l’un pour l’autre. Il suffit pour cela que le jeune homme fasse le tour de la Roche par la droite et la jeune fille par la gauche tout en comptant les pierres. Quand ils se retrouvent, il leur faut comparer le résultat : s’ils ont trouvé le même nombre, l’avenir leur sourira, si la différence n’est que de deux, ils peuvent encore espérer, mais si elle plus grande, mieux vaut qu’ils se séparent.

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Ces aimables légendes ne sont finalement que le reflet des croyances superstitieuses que, de tous temps, les populations lièrent à de tels monuments. Maintes fois, au cours du Moyen Age, les conciles condamnèrent les gestes rituels liés aux dolmens et aux menhirs, persistance du culte ancien des des rochers et des pierres. Les décrets officiels ne vinrent sans doute jamais aux oreilles des habitants d’Armorique et l’on combattit la légende par une autre légende. C’est ainsi qu’on raconta plus tard que la Roche aux Fées servait de refuge à un dragon qui désolait la contrée. Saint Armel voyageant alors dans le pays de Rennes lia son étole au cou du monstre et le précipita dans la Seiche. Est-ce en souvenir de cet exploit qu’un ruisseau qui coule près la Roche porte le nom de « ruisseau du sang » ? Tout cela n’était sans doute qu’un symbole : la chrétienté aux prises avec l’ignorance et la brutalité et lui disputant les âmes. L’anecdote est malgré tout oubliée et l’oeuvre de Saint Armel inutile car aujourd’hui, la légende païenne semble séduire bien plus que cet édifiant combat.

Le mystère subsiste …
Toutes ces croyances sont attachantes mais elles ne résolvent pas le mystère de ce grand monument dans la mesure où elles furent dictées par l’étonnement de nos ancêtres devant ces pierres accumulées que la force humaine ne saurait seule expliquer. Leur étude systèmatique ne date que d’un siècle et longtemps, ils furent attribués aux Gaulois sans qu’on leur donne une destination bien précise. Ainsi, en 1752, on trouve sous la plume d’un certain Abbé Roussel : « les anciens temples des idoles ou plutôt des antres dignes de telles divinités se voient dans ce pays de Léon et s’appellent Liac’h ou Liah, Liaven ou Liahven. Il y en a une d’une grandeur prodigieuse dans la paroisse d’Essé à 5 ou 6 lieues de Rennes« . On voit donc qu’à cette époque, la terminologie elle-même n’est pas définie. Les termes « dolmen » et « menhir » ne seront imposés qu’en 1799. Le mot « dolmen » veut traduire le sens de « table de pierre » (en breton, an daol : la table et ar maen : la pierre). « Menhir », formé également à partir de racines bretonnes signifie « pierre longue ».
L’étymologie du mot « Essé » n’est pas plus explicite en ce qui concerne le monument. Notons, pour l’anecdote, que le courant celtisant du XIXème siècle avait bien cherché à lier les deux. On a pu dire ainsi qu’Essé venait du celte (?) Es-zi qui aurait signifié « la demeure d’Essus ». La polémique s’est enflée et un autre étymologiste affirmait quant à lui que l’origine était à rechercher dans le terme Es Souez (« la merveille »), un troisième n’y voyant que la trace de « Eissé » pour « la demeure des huit ». Bernard Tanguy, auteur d’un ouvrage sur les noms de lieux en Haute Bretagne, nous apprend plus prosaïquement qu’Essius, propriétaire d’une villa gallo-romaine, a donné son nom à la commune.

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Un dolmen expatrié … ?
La Roche aux Fées comprend un portique monumental, une antichambre à dalle de couverture unique précédant une seconde pièce, plus haute et plus vaste. Dans le classement des monuments mégalithique de Gruet, cela correspond au type du dolmen angevin à portique. C’est donc dans le Maine et Loire que l’on trouvera une forte concentration de ce type de construction, dans la région de Saumur en particulier (le grand dolmen de Bagneux est un des plus célèbres). La Roche aux Fées apparaît donc comme un cas isolé au nord-ouest de la Loire (en Bretagne, on n’en trouve guère que deux qui s’apparentent à ce style : la Maison Trouvée à la Chapelle Caro et les Tablettes de Cournon, tous deux dans le Morbihan). Beaucoup de ces monuments se caractérisent par leur gigantisme, ils ont aussi, dans leur ensemble, l’inconvénient de n’avoir livré aucun mobilier et il est donc difficile d’expliquer le présence de la Roche aux Fées loin du domaine de prédilection de ce type de sépultures. Les dolmens angevins forment un groupe isolé que l’on peut donc attribuer à une peuplade bien définie. Une expansion du style vers l’Ouest pourrait s’expliquer par les voies de communication que constituent la Vilaine et l’Oust (pour les monuments du Morbihan) mais cette expansion reste limitée, sans doute par l’existence d’autres modes de construction concurrents dans les parties plus septentrionales (tombes à couloir et allées couvertes). Notons que le type angevin s’implantera plus aisément vers le Sud-Est.

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La Roche aux Fées, isolée à la frontière de Bretagne, a donné, outre la question de son implantation, de sérieuses difficultés aux premiers archéologues. Ont-il été, eux aussi, victimes du sortilège des fées ? Toujours est-il que bien peu sont d’accord sur le nombre de pierres qui entrent dans la construction du monument. D’après le plan qu’en a tiré Jean l’Helgouach en 1965, il y aurait 41 blocs de schiste pourpré formant deux pièces rectangulaires sur une longueur extérieure de 19,50 m. A l’entrée, se trouve ce fameux trilithe, véritable portique de pierres équarries qui apparente notre monument à ses voisins du Saumurois. On affirme que, jusqu’en 1855 environ, le linteau oscillait sous l’effort d’un seul homme se balançant d’une jambe sur l’autre. Hasard de la construction, nouvelle espièglerie des fées ? Cet état de fait a provoqué des querelles d’archéologues à la fin du siècle dernier et la Société Archéologique de Rennes mena à Essé plusieurs enquêtes : les procès verbaux contiennent le témoignage de plusieurs témoins qui affirment avoir observé le phénomène.

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Quoi qu’il en soit, ce portique donne accès à un vestibule de 3,75 m de longueur sur 3 m de largeur et 1,20 m de hauteur. On pénètre ensuite dans la seconde pièce par un passage de 1 m entre deux blocs séparés. Cette deuxième salle est de dimensions beaucoup plus importantes : 14 m de long, 4 m de large et 1,80 m de haut. Elle est subdivisée en quatre chambres par des supports qui forment saillie intérieurement et le bloc qui ferme cette pièce au Nord-Ouest est équarri comme ceux de l’entrée. Les pierres qui composent ce monument sont de proportions considérables : les supports mesurent de 1,50 m à 2,20 m de hauteur et ont une largeur moyenne de 3,20 m. Quant aux pierres de recouvrement, elles sont vraiment colossales : elles atteignent 5,50 m à 6 m de longueur, 2 m de largeur et de 1,50 m à 2,10 m d’épaisseur. La plus forte avoisinne les 45 tonnes. Ce poids reste malgré tout modeste comparé à certains autres monuments mégalithiques (le Grand Menhir de Locmariaquer, Men er Hroëc’h, aujourd’hui à terre et brisé en quatre tronçons est évalué à 347 tonnes !).

Techniques de mise en place.

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Devant un tel monument, nous nous étonnons à juste titre : comment a-t-on pu assembler de tels blocs ? Le gisement de schiste se trouvant à plus de 4 kilomètres, quel moyen a-t-on pu employer pour traîner ces blocs et les mettre en place ?
Bien des hypothèses ont été avancées. Nous passerons rapidement sur l’intervention miraculeuse d’extra-terrestres ainsi que sur les pouvoirs de lévitation dont aurait pu bénéficier quelque druide armoricain. La thèse de géants est combattu par les trouvailles archéologiques : les squelettes des Armoricains de l’époque sont sensiblement plus petits que celui de l’homme actuel. L’utilisation de rondins de bois est couramment admise mais l’on peut aussi supposer que les constructeurs de mégalithes ont édifié des pentes de terre successives pour y faire glisser les blocs. Toutes ces suppositions peuvent ne pas paraître entièrement satisfaisantes car il faut bien tenir compte des conditions de vie du moment. L’outillage est rudimentaire : des haches en pierre, quelques outils de bronze. Or si l’on adopte la thèse des rondins de bois, il faut imaginer que pour soutenir certains blocs, on a du utiliser des troncs de bois dur de dimensions impressionnantes. La taille de ces rondins, ou plus simplement l’équarrissage de troncs d’arbres entiers représente déjà une oeuvre quasiment surhumaine à moins, bien sûr, de considérer que la valeur temps n’est pas la même qu’aujourd’hui et que le chantier s’est éternisé …

De plus, la nourriture est le problème dominant : si l’agriculture apparaît, l’essentiel des ressources provient de la chasse, de la pêche, de la cueillette. Il est donc difficile d’envisager des rassemblements importants de population dans un même lieu et sur le long terme. Or selon les hypothèses officielles, la mise en place de tels monuments nécessite la présence constante de plusieurs centaines d’hommes qui ne peuvent pendant ce temps subvenir aux besoins primaires de la tribu et ce, pendant de longues années. Il est sûr, cependant, que du fait de conditions difficiles la constitution des hommes de l’époque est certainement très adaptée à des travaux difficiles …

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Le problème nous semble donc rester entier. Rationnellement, si nous considérons les éléments en notre possession sur la civilisation de l’époque mégalithique, ce type de monument ne devrait pas exister. Mais « la foi soulève des montagnes » et les constructeurs de cathédrales se sont heurtés à des problèmes du même ordre. Et pourtant, elles existent ! Pouvons nous admettre, mais cela est difficile aujourd’hui, que nous ne sommes pas en mesure de comprendre, actuellement, de quelle manière de tels monuments ont pu être édifiés.

Pourquoi ?
La destination des monuments mégalithiques a longtemps été mal connue et a donné lieu à toutes sortes de fabulations se rapportant spécialement aux sacrifices humains. Il ne fait plus de doutes maintenant que ces édifices sont des tombeaux. Tombeaux de chef ? Certains sont de véritables ossuaires et l’on y compte les squelettes par dizaine. Parfois aussi on n’y trouve qu’un seul corps et c’est celui d’une femme. S’agit-il d’une prêtresse ou de l’épouse préférée de quelque chef de tribu ? Autant de questions auxquelles il nous est difficile de répondre et dans le cas particulier d’Essé, l’absence de résultats de fouilles infirme davantage encore les suppositions.

Nous l’avons dit, cette absence de mobilier (ossements, céramique, objets usuels, …) est une caractéristique des dolmens angevins en général. Cela amène certains à remettre en cause le rôle de sépulture de ces dolmens : on y verrait plutôt des temples, voire des observatoires astronomiques … Ce genre de débat nous semble totalement spéculatif et les spécialistes de la question préfèrent voir dans ce style une évolution de la mode des tombes à couloir, nombreuses sur la côte sud de Bretagne en particulier et que l’on date de la fin du IVème millénaire. Le portique et la première chambre seraient donc une forme atrophiée des couloirs de dimensions importantes que l’on retrouve sous les grands cairns du type de Guennoc, Mané Bras à la Trinité sur Mer, etc …

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Une civilisation mégalithique ?
La datation des monuments mégalithiques s’appuient désormais sur des méthodes d’analyse de plus en plus fiables. Un inventaire exhaustif des trouvailles archéologiques permet de comparer les styles, d’établir des liens et se dessine peu à peu un tableau précis de la vie à l’époque mégalithique. Le cairn de Barnenez à Plouezoch, au moins dans sa partie la plus ancienne, aurait été élevé vers – 4600 et cette date est communément admise comme celle du début du mégalithisme en Bretagne. Cette manière de construire va se poursuivre jusqu’au IIIème millénaire mais la datation précise des monuments de type angevin reste pour le moins hypothétique. En se basant sur la thèse évolutionniste qui fait dériver ce style des sépultures à couloir, il est possible de situer la construction de la Roche aux Fées dans la première moitié du IIIème millénaire, période assez tardive du Néolithique.

Le climat, la faune et la flore sont à peu près tels que nous les connaissons aujourd’hui. L’homme ne vit plus uniquement sur la nature : il cesse d’être un parasite et aux produits de la chasse et de la pêche, il ajoute le fruit de son travail (agriculture et élevage). Ses ustensiles et son outillage se perfectionnent, il connait la poterie, le tissage, il travaille le bois pour se faire des abris et des embarcations. Une certaine organisation sociale supérieure apparaît, favorisée par un mode de vie plus sédentaire : plusieurs familles se regroupent en tribu sous l’autorité d’un chef avec des lois et des intérêts communs. Il semble que les villages regroupent tout de même assez peu de personnes et certainement pas plus de 25 à 30 familles. Une évaluation démographique globale est difficile : pour le Néolithique final, les préhistoriens avancent les chiffres de 50 000 à 100 000 habitants pour l’ensemble de l’actuelle Bretagne, soit une densité de 2 habitants au kilomètre carré.

Malgré un certain nombre de nouveautés techniques, la période néolithique ne connait pas une civilisation particulière : on y voit à la fois l’usage de la pierre polie, de la pierre taillée et l’apparition des métaux. On peut même dire qu’il n’y a pas eu une civilisation néolithique mais une infinité de civilisations qui sont chaque fois une adaptation approximative à un milieu défini avec une idéologie appropriée.

Il n’y a donc pas eu une civilisation des mégalithes pas plus qu’il n’y a eu un peuple des mégalithes. La Bretagne passe pour être la terre des dolmens et des menhirs mais le département de l’Ardèche connait une densité de mégalithes supérieure à celle du Morbihan. On en trouve également en Palestine, en Inde, en Crimée. D’où vient donc cette habitude d’entasser des blocs pour en faire ces étranges tombeaux ? Deux thèses sont en présence : la première adopte un mode de diffusion maritime à partir d’un centre se situant dans le bassin méditerranéen. La seconde suppose l’existence de plusieurs centres de diffusion en Europe Occidentale : Ile de Seeland au Danemark, Bretagne et Portugal. La diffusion maritime est fortement confirmée par le caractère littoral et même insulaire de l’expansion dolménique. En fait, le mégalithisme est un phénomène général qui n’est lié ni à une race ni à une civilisation particulière même s’il n’exclut pas la possibilité d’influences entre diverses peuplades par le biais du commerce. Il faut considérer la construction dolménique comme l’un des aspects que peuvent revêtir divers traits culturels fonctionnels qui sont vraisemblablement indépendants les uns des autres.

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L’archéologie nous fait découvrir chaque jour un peu mieux les monuments mégalithiques mais il est toujours des points obscurs qui nous empêchent d’imaginer vraiment ce qu’était la vie des bâtisseurs de dolmens. Devons-nous attendre encore de la science ou saurons-nous jamais, selon le mot d’Elie Faure, « quelle est la force spirituelle qui a dressé ces énormes tables de pierre, toute cette dure armée du silence qui semble être poussée seule du sol comme pour révéler la circulation des larves qui la font tressaillir. »

Gérard Boulé.

Juin 1981 – Septembre 2001.

Bibliographie (très sommaire).
Jean L’HELGOUACH. Les sépultures mégalithiques en Armorique. Rennes 1965.
Jean L’HELGOUACH. Mégalithes en Bretagne. Editions d’art Jos le Doaré. Châteaulin. 1971
P.R. GIOT, J. L’HELGOUACH et J.L. MONNIER. Préhistoire de la Bretagne. Editions Ouest France Université. Rennes 1979.

Ce texte (dans sa première version) avec les photos de Jos le Doaré a été édité aux Editions d’Art Jos le Doaré à Châteaulin (Finistère). La seconde édition date de 1981.