Istor Ha Breiz
Archives familiales
Un manuscrit, plusieurs regards
Entre novembre 1895 et août 1897, Hyacinthe Gaudin raconte son voyage et son service de marsouin en Guyane. Conservé dans la famille, son manuscrit a été transcrit et accompagné de recherches par Bernadette Boulé en 2007.

Un témoignage de son époque. Le récit contient des formulations et préjugés coloniaux, racistes ou antisémites. Conservés comme éléments du document historique, ces passages ne reflètent pas la position d’Istor Ha Breiz.
Transcription familiale · Bernadette Boulé, 2007
Lire Les Mémoires d’un Marsouin
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Texte de la transcription familiale de 2007, sans modernisation de la langue. Les numéros de page renvoient au livret de 48 pages, consultable ci-dessous dans sa mise en page originale.
01Ouverture du livret — titre et poèmep. 1–3
HYACINTHE GAUDIN
Les fantassins de la marine
Français, ils vivent loin de France, transportés
Sur les brûlantes mers, à travers les tropiques,
Ils sont les exilés aux cœurs souvent épiques
Et les combattants aux modestes fiertés.
Toujours quelque ennemi perfide les menace :
En voyage, la mort dans les grands coups de mer,
A terre, c'est la fièvre invisible qui passe,
Effluve d'un poison qu'on respire dans l'air,
Forçats audacieux, Nègres coupeurs de têtes,
Chinois subtils, Malais aux sombres trahisons,
Tout est contre eux. Leur vie aux changeants horizons,
N'est qu'un déroulement d'incessantes conquêtes.
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On nous dit quelquefois dans des propos hâtifs
"Qu'ils sont heureux de fuir l'air empesté des villes,
Ils rencontrent des cœurs aimants et primitifs,
Sur des sables d'argent baignés de flots tranquilles.
On dit que le printemps leur sourit en janvier
Et qu'ils rêvent en paix parmi les fleurs nouvelles
Au pied d'un baobab ou d'un palétuvier
Où des oiseaux d'azur font miroiter leurs ailes
Que loin des chemins pleins de neige ou de boue,
Pendant nos durs hivers ils possèdent là-bas,
Dans de tièdes Edens où la brise se joue,
De merveilleux fruits d'or qui roulent sous leurs pas.
Oui, ces biens captivants que maint poète envie,
Ce sol inépuisé beau dans toutes les saisons,
Ces arbres toujours verts, ces somptueux gazons,
Certes, ils ont tout cela, mais au prix de leur vie.
Et puis, croyez-vous donc qu'on oublie en riant
Le sol natal, les bois et les plaines de France,
Et que ce soit pour eux toujours la délivrance
Que les sables du sud et les fleurs de l'Orient
Non, la mère patrie est toujours la première
Dans ces cœurs que les cieux lointains n'ont pu changer
Et ces larges soleils à l'immense lumière
Ont conservés pour eux un visage étranger.
Mais tous sont pénétrés de ces hautes pensées
Qu'ils restent la vivante image du pays
Et qu'ils doivent toujours ou vainqueurs ou trahis
Ajouter une gloire à nos gloires passées.
Et nous les avons vu naguère aux mauvais jours
Quand se ruait sur nous l'Allemagne hautaine
Beaux d'un juste délire accourir au secours
Et troubler un instant la victoire incertaine.
Et le nom du combat en demeure immortel
Bazeilles !! ! Souvenir de gloire ranimée !
Bataille de géant ! Effroyable duel !
Où nos héros épars écharpaient une armée.
Bazeilles ! Que ce soit le mot d'ordre futur,
Si le clairon un jour sonne les représailles,
Et si dans notre ciel où resplendit l'azur,
Montent l'odeur du sang et le bruit des batailles.
Alors nous les verrons, ainsi que leurs aînés,
Les beaux fantassins bleus à la fière poitrine,
Portant sur leurs boutons la vieille ancre marine
Qui symbolise encor les espoirs obstinés
Ils voleront vers vous depuis le bout du monde
Offrant joyeusement avec un pur bonheur
Le reste de leur vie, et leur valeur féconde,
A la terre gauloise, au pays de l'honneur.
02Courrierp. 4
Courrier
C'est à vous, chers parents, que je dédie ces efforts de ma plume inhabile.
Le jour où je m'arrachais à vos embrassements pour me rendre dans une colonie lointaine, je vous avais promis la relation complète de mes aventures.
Je tiens ma parole, et vous envoie le modeste récit de mes mémoires.
Ecrites au jour le jour, sur le pont d'un bateau, dans le tohu-bohu d'une chambrée bruyante, au milieu des tracasseries du métier militaire, ces Mémoires n'ont certes pas tout le charme et tout l'intérêt qu'on y voudrait trouver.
Je relate dans ce journal, les incidents et les impressions d'une longue traversée et les péripéties de ma vie de soldat aux colonies. Le tableau de mon existence militaire est à peine esquissé : Que de faits la prudence m'a conseillé de passer sous silence. Je suis soldat, et si je disais la vérité entière, je pourrais porter la peine de mon audace et de ma franchise.
Enfin, la Guyane étant une colonie pénitentiaire, j'ai pu entrevoir ce qu'est le bagne et en donner une petite esquisse.
Daignez, chers parents, agréer ces mémoires, écrites par un fils dont vous déplorez l'absence, elles doivent vous être doublement précieuses.
Votre fils
Hyacinthe Gaudin
03Mon Voyagep. 5–6

Mon Voyage
Dans la cour de la caserne du 1er régiment de marine, le clairon sonne, appelant au bureau du colonel les sergents-majors des compagnies. Grand émoi dans les chambrées où les marsouins crient en chœur : "Bravo ! ! Bravo ! ! C'est un versement pour les colonies !"
Les sous-officiers sont revenus, celui de ma compagnie entre dans ma chambre, et venant à moi : "Vous êtes, me dit-il, versé pour la Guyane française." Je restai, à cette nouvelle, sous l'impression d'une vive surprise, et ne pus retenir un geste de mécontentement. Certes, j'avais grande impatience de partir aux colonies. N'avais-je pas quitté la 41ème de ligne où m'attendait un rapide avancement, pour m'enrôler dans l'armée coloniale, volontaire de l'expédition de Madagascar ? Hélas, ils étaient partis déjà depuis six mois les conquérants de l'île africaine, et moi qui avais caressé le rêve d'être de la partie, je me consumais, à la Métropole, dans une vaine attente.
Et qu'était la Guyane, la colonie où l'on allait m'expédier ? Un pays malsain, fiévreux et où l'action du soldat français se réduit au rôle de garde-chiourme. Perspective triste, rendu plus triste encore par les récits de nos aînés revenus de la colonie équatoriale qui nous dépeignaient sous de sombres couleurs l'existence du soldat jeté sur ces plages inhospitalières, misérable séjour de la transplantation.
Le 7 novembre 1895, par une après-midi sombre et froide, une dizaine de soldats chargés d'un lourd sac, sur lequel s'entassaient, artistement disposés, le pantalon et la blouse de bord, la grise couverture de voyage et le casque en liège, sortent de la caserne, parcourent les rues silencieuses de Cherbourg et viennent se ranger sur le quai de la gare.
Aucune ovation n'accompagne, personne même ne daigne remarquer ces modestes troupiers partant joyeusement pour l'exil.
A cinq heures, nous prenons place dans un compartiment de troisième. Le train siffle, la locomotive s'ébranle, et entraîne dans son mouvement la longue file des voitures. Par la portière laissée ouverte je jette un dernier regard à la ville. Adieu ! Cherbourg Adieu montagne du Roule que j'ai tant de fois gravie. Adieu ! Charmantes guinguettes qui bordez la Divette, je n'irai plus m'asseoir sous vos charmilles. Adieu (Nordhouët) ! Je me souviendrai longtemps des pénibles factions que j'ai montées près de tes poudrières. La nuit est noire ; je n'aperçois plus rien. Nous filons à toute vitesse sur la ligne de Bretagne.
A sept heures, nous arrivons en gare de Coutances. Le train ne repart que le lendemain matin. Obligés de passer la nuit dans cette ville, nous allons à la mairie réclamer des billets de logement. Nos hôtes se montrent on ne peut plus aimables. Merci braves gens ! Le petit troupier n'oubliera pas le repas copieux auquel il fut convié, la chambre coquette où il dormit d'un si bon somme, les milles douceurs dont vous l'avez gâté.
Le lendemain, bien avant le lever du jour, nous sommes remontés en wagon. J'aperçois au passage Avranches, ville pittoresque, fièrement campée sur le sommet d'un coteau. Dol, avec sa vieille cathédrale gothique. Rennes, la belle et grande cité bretonne, qu'on regrette bien de ne pouvoir visiter. Voici Redon… vingt minutes d'arrêt… le temps d'aller au buffet de la gare, déguster une bouteille de vin blanc. Puis c'est Savenay, jolie petite bourgade, perchée sur un mamelon d'où l'on aperçoit les eaux argentées de la Loire. Le train s'arrête pendant trois longues heures. L'apparition de soldats de marine ne laisse pas d'intriguer la population, peu familiarisée sans doute avec notre uniforme, et nos manifestations bruyantes causent dans cette ville paisible quelque moment d'émoi.
Nous reprenons le train… une heure après le convoi s'engouffre sous le hall vitré d'une grande gare. C'est St Nazaire. Deux gendarmes nous reçoivent à la descente du wagon, et nous conduisent sans perdre de temps, au quartier du 64ème de ligne, avec la défense expresse de sortir en ville. Cette consigne sévère contrarie plusieurs de mes compagnons qui s'étaient promis, avant de s'embarquer, de festoyer et de mener joyeuse vie. Aussi, quand la nuit fut assez noire pour favoriser leur évasion, quelques vieux lascars tentent le saut du mur.
04A bord du « Versailles »p. 6–14

A bord du "Versailles"
Le lendemain matin, à neuf heures, nous sommes au port, perdus au sein d'une multitude énorme qui stationne aux abords des bureaux de la Cie Transatlantique. On va s'embarquer. Le "Versailles" le paquebot qui doit nous emmener au Nouveau Monde, mouille au large, à deux kilomètres au moins de la jetée.
Le "Belle Isle" vapeur à roue est accosté au quai. Nous embarquons, et pendant que sur la jetée la foule agite des mouchoirs en signe d'adieu, le remorqueur s'en va se ranger aux flans du "Versailles".
Nous passons sur le transatlantique.
Je suis grandement émerveillé de la disposition luxueuse de cet immense navire. Rien ne manque comme confortable : sur le pont, des chaises longues, des pliants, des bancs où iront s'étendre les passagers pendant les longues journées en mer ; à l'intérieur, des cuisines où s'agitent de nombreux marmitons, des salles à manger où s'alignent des tables richement servies, des salons aux somptueuses tentures, aux canapés moelleux, d'interminables corridors bordés de cabines proprettes aux lambris dorés.
Tout cela est d'un luxe inouï ; mais nous, pauvres troupiers, nous n'avons droit à aucune de ces splendeurs. Comme logement, nous disposons, à fond de cale, d'un misérable réduit, d'une batterie infecte, sans air, presque sans lumière, où sont superposées une vingtaine de mauvaises couchettes.
Cependant le "Belle Isle" multiplie ses allées et venues, et continue à déverser sur le pont du transatlantique de nouveaux passagers et de nouveaux colis. Enfin à six heures du soir l'embarquement se termine. On va partir. La sirène fait entendre son sifflement aigu. "Chacun à son poste pour l'appareillage" commande le maître d'équipage. Les matelots se précipitent à la voix de leurs chefs, et bientôt la chaîne des ancres s'enroule en grinçant sur les treuils. Nous sommes tous debout sur le pont, frémissants et émus. Quelques minutes après le "Versailles" bat les eaux de la Loire de sa puissante hélice. La nuit est noire : je vois disparaître peu à peu la pâle lueur des fanaux allumés sur la jetée ; puis c'est la pleine mer, tout s'évanouit, plus rien de la rive française.
Je descends dans la batterie ; plusieurs de mes compagnons d'armes m'y ont précédé. Étendus dans leur couchette, ne donnant plus signe de vie, ils ressentent, parait-il, les premiers effets du mal de mer. Ça y est. Voilà l'un de mes pauvres troupiers qui se soulève péniblement de sa couche et envoie à son voisin une fusée en pleine figure. Aurais-je la chance d'échapper au terrible mal. J'éprouve à la tête des lourdeurs qui me font craindre d'en être victime. Si je pouvais dormir ; impossible, le roulis et le tangage augmentant d'intensité m'interdisent tout sommeil.
Que cette nuit passée dans le malaise et l'insomnie me semble longue ! Avec quelle précipitation je m'enfuis, au lever du jour, de l'atmosphère viciée de la batterie, et m'en vais sur le pont respirer l'air du dehors!!
Le "Versailles" vogue en plein océan : pas une terre n'est en vue, de tous côtés c'est l'immensité des eaux. Mais cette mer est bien loin d'être calme. Nous essuyons en ce moment une assez sérieuse bourrasque. Il fallait voir ces vagues, véritables montagnes d'eau, le sommet couronné d'une blanche traînée d'écume, accourir du bout de l'horizon. Sous l'effet de la tourmente, le roulis et le tangage prennent une intensité effrayante. Sur le pont, je chancelle comme un homme ivre, et bien des fois, si je ne trouvais à ma portée un bout de cordage, je serai projeté contre le bastingage.
A dix heures du matin notre déjeuner sonne ; mais personne n'y fait honneur. La plupart de mes compagnons sont encore dans la batterie, dans un état de prostration invincible, refusant tout aliment.
Rien de plus typique que le repas des soldats à bord du "Versailles". Le pont nous sert de table. Groupés en cercle, les uns couchés, les autres assis, nous puisons tous dans un grand plat d'étain où nagent, dans une sauce insipide, quelques morceaux de bœuf. Bien des fois la vague déferlant sur le pont vient assaisonner notre maigre pitance, ou bien un coup de roulis met le désordre parmi nous, et quelquefois emporte le plat et son contenu.
Toute la journée la tempête sévit, mais en dépit des vagues qui m'inondent de leur embrun salé, je m'obstine à rester sur le pont jusqu'au soir. Descendu dans la batterie je ne puis fermer l'œil : le navire a de tels soubresauts qu'à chaque instant je crois qu'il va s'engloutir dans l'abîme.
Le lendemain, la crise semble s'être accentuée. Remonté sur le pont, j'assiste à un spectacle inoubliable, celui d'une mer furieusement démontée. Sous l'action d'un vent qui siffle avec rage, l'océan se gonfle, se creuse, laissant voir des abîmes, c'est à perte de vue, comme une succession de montagnes et de vallées. Spectacle grandiose que celui de cette mer en furie, au sein de laquelle l'immense transatlantique ne semble qu'un jouet.
Le 3e jour, il se produit à bord un incident qui ne laisse pas de causer parmi le personnel un moment de frayeur. Une voie d'eau s'est déclarée aux flancs du navire. Notre batterie se remplit d'eau, et devient inhabitable. Pendant deux jours, militaires et hommes d'équipage sont occupés à pomper l'eau qui inonde la cale. On stoppe. Des matelots revêtus de scaphandres descendent sous les flancs du "Versailles" et réparent l'avarie.
Le 4e jour nous doublons les îles portugaises, les Açores. Reste de ce vaste continent que les anciens appelaient "l'Atlantide", les Açores, au dire des navigateurs qui s'y sont arrêtés, forment un groupe d'îlots pittoresques et montagneux, et cependant fertiles et cultivés. Je ne puis en passant rien découvrir de ces îles enchanteresses. Le navire passe à distance.
Le lendemain, une pluie fine se met à tomber, et le calme renaît. Vers le milieu du jour, le matelot de quart dans le hunier signale à tribord l'apparition d'un grand voilier. Nous passons à quelques miles de lui, mais tant qu'il est en vue, nous ne le quittons pas des yeux. Il hisse ses couleurs à notre approche, ce qui nous permet de reconnaître sa nationalité ; il est français, car, à l'aide d'une lunette, je distingue fort bien le drapeau tricolore qui flotte à son arrière. Cette apparition me cause une impression de joie et de regret : la joie de me sentir moins seul au sein de l'océan, le regret de ne pouvoir prendre place sur ce bateau courant à toutes voiles vers la mère patrie.
Au milieu de ce calme, sous l'influence du soleil que le brouillard maintenant dissipé ne cache plus, tout change d'aspect à bord. Le mal de mer cesse ses ravages. Au morne silence des jours précédents succède une franche et vive gaieté, aux gémissements des malades font place de joyeux éclats de rire. Le pont délaissé pendant les jours de tempête est maintenant encombré de gens qui s'agitent dans un agréable pêle-mêle. Les hommes circulent, fument, causent, nouent connaissance ; les femmes qui se sont jusqu'ici tenues enfermées dans leur cabine, se montrent enfin au grand jour, pâles encore des émotions et des angoisses de la veille, mais se ranimant aux senteurs de la brise marine.
Pour moi, assis sur le gaillard d'arrière, pendant qu'à mes côtés les camarades engagent de sérieuses parties de cartes, je passe ma journée, prenant des notes, examinant avec curiosité la foule des passagers. Fonctionnaires de l'état, gouverneurs de colonies, consuls français regagnant leurs postes, officiers de troupes coloniales, prêtres, sœurs de charité, coureurs d'aventures, négociants cosmopolites etc. Dieu ! Que de monde et quelle variété de types.
Et au milieu de cette cohue élégante les hommes d'équipage vont et viennent, courent de tribord à bâbord, de l'avant à l'arrière.
Un navire de l'importance du "Versailles" possède un équipage nombreux, soumis à une discipline quasi militaire. La hiérarchie existe à bord, et la subordination a lieu rigoureusement de grade à grade. Le plus haut placé dans cette hiérarchie navale est le commandant. Il a la haute direction du navire, et commande en chef non seulement à l'équipage mais encore aux passagers. Les officiers : Capitaine en second, et lieutenants sont, avec lui, responsables de la bonne navigation. Ils prennent à tour de rôle le service sur la dunette, et sont chargés de l'orientation du bateau. Le maître mécanicien a, sous sa surveillance immédiate, le fonctionnement des machines et le travail des hommes qui y sont employés.
Telle est la partie dirigeante de l'équipage ; ces gradés portent les insignes du commandement : des galons en or aux parements et à la casquette.
Quant à la partie active elle comprend : les timoniers, les chauffeurs, les mécaniciens, les matelots de pont. Ces hommes font là un bien pénible métier. Les uns passent de longues heures à fond de cale devant un feu d'enfer, alimentant les chaudières ou veillant au parfait état des machines, les autres nettoient à grandes eaux, plusieurs fois par jour, le pont du bâtiment, grimpent aux cordages ou au sommet d'un mât au risque de se rompre le cou, hissent les voiles et sont chargés dans chaque escale du mouillage et de l'appareillage, du chargement et du déchargement des marchandises.
Outre ce personnel de marins, il est des employés qui se consacrent exclusivement au service des passagers. Le docteur soigne les malades, le pourvoyeur fait la répartition des vivres, le chef cuisinier préside à la préparation des aliments, le maître d'hôtel et ses garçons servent les passagers à table.
Ainsi mes journées s'écoulent sans trop de monotonie, égayées qu'elles sont par le spectacle intéressant de tout ce qui m'entoure. Et quand vient le soir, nouvelles distractions. Modestes troupiers qu'on a éloignés de la foule élégante des autres passagers et relégués sur le gaillard d'arrière, mais toujours pleins de gaieté et d'humeur gauloise, nous terminons nos journées en mer par des concerts improvisés. L'on se forme en cercle, et chacun dit sa petite chansonnette. Les passagers de toute classe se pressent autour de nous. Un jeune artiste à la belle voix de ténor fait presque à lui seul les frais de ces soirées ; aussi quand son képi se tend pour la recette, les assistants y font pleuvoir les gros sous.
Cependant, après dix jours de cette existence dont j'ai rompu au mieux la monotonie, le besoin de voir la terre se fait impérieusement sentir. Sur le pont, de tous côtés, on baille, on s'étire, on se prend à interroger l'horizon, espérant y découvrir l'apparition d'un continent.
Enfin le 19 novembre vers midi, le matelot de quart dans le hunier a signalé la terre. Aussitôt les jumelles sortent de l'étui et inspectent attentivement l'horizon. J'aperçois à l'avant du navire une montagne aux contours indécis, se perdant dans la brume, mais dont les formes se dessinent plus nettement, à mesure que nous avançons. Une heure se passe, et nous sommes tout près des côtes de cette terre attendue avec tant d'impatience, et saluée avec tant d'enthousiasme. C'est la Désirade, petite île française. Le littoral présente un aspect sauvage, rocailleux, dénudé : point de villes, point d'habitations, point de culture sur cette côte hérissée de falaises.
Mais quelle est, plus à l'ouest, cette terre dont j'entrevois quelques sommets ? C'est la Guadeloupe, colonie également française.
Nous y sommes…. Le navire longe ses côtes. Dieu ! Quel beau pays ! Quelle nature enchanteresse ! Quelle puissante végétation!
Des plantations de canne à sucre, des pâturages, des fouillis d'arbres au feuillage verdoyant, des montagnes qui perdent leur cime dans les nuages, de jolis petits villages étageant leurs blanches maisonnettes, tout cet ensemble constitue un paysage que je ne cesse d'admirer.
Nous arrivons en vue de Pointe à Pitre, port où nous devons faire escale. Le transatlantique arbore ses pavillons. Une embarcation se dirige à toute vitesse de notre côté. La voilà tout près de nous, montée par dix Nègres vigoureux qui rament à tour de bras et un Européen qui tient le gouvernail. Le "Versailles" stoppe, la barque vient se ranger à l'un de ses flancs, et l'Européen, s'aidant d'une échelle de cordes qu'on lui tend, grimpe lestement sur le pont. C'est le pilote. Moyennant une forte rétribution, il se charge à ses risques et périls de rentrer le navire dans la rade de Pointe à Pitre, rade fort dangereuse, remplie de bancs de coraux sur lesquels les bateaux, s'ils n'étaient conduits par un marin qui connaisse la passe, courraient grand risque de s'échouer.
Grâce à l'intervention du pilote, nous entrons dans le port sans aucun accident. On va mouiller…. Les matelots sont à leur poste, à l'avant du navire. "A tribord, mouillez" crie la voix mâle du commandant debout sur la dunette, et l'ancre plonge avec fracas dans l'eau qui tourbillonne.
Il est d'usage que tout bâtiment, dans chaque port où il fait escale, soit visité par un médecin qui constate l'état sanitaire du personnel. Pareille formalité se passe à bord du "Versailles". A peine l'ancre a-t-elle touché le fond limoneux de la rade qu'un canot où flotte le pavillon jaune accoste et dépose sur la passerelle un officier de santé. Etat sanitaire reconnu excellent… pas le moindre cas d'épidémie. Allons ! Tant mieux nous ne serons pas en quarantaine.
Dès lors une vingtaine de barques se pressent autour du transatlantique. Dans une confusion et un désordre indescriptibles. Les unes sont montées par des Nègres en haillons qui nous proposent avec forces geste et grimaces, de nous conduire à terre, les autres où sont assises, au milieu d'un tas de fruits, des négresses bizarrement attifées, nous apportent des ananas, des oranges, des mangues, des noix de coco, tous les trésors de la flore tropicale
J'ai conservé de cette première étape dans les pays tropicaux une étrange impression. Quand je quittais la France, c'était l'automne, les arbres avaient dépouillé leur verdure, la nature était morte, et voilà que je tombais, comme par enchantement dans un pays où les arbres étalaient leur verdoyant feuillage, où mûrissaient des fruits d'or.
A mon grand regret, je ne puis, comme la plupart des passagers, visiter Pointe à Pitre. Sise au fond d'une rade étroite qui s'allonge entre deux bancs de verdure, gracieux assemblage de constructions en bois, Pointe à Pitre me semble une ville fort coquette. Escale forcée de tous les navires qui vont d'Europe aux Antilles, recevant dans ses eaux des bâtiments de toute forme et de toute nationalité, elle est un port de mer très commerçant.
Nous passons toute la nuit au mouillage. Le lendemain matin, à cinq heures, l'ancre est levée. Debout sur le pont, j'aspire avec délices les senteurs de la brise matinale. La mer est calme : pas le moindre flot ne ride sa surface ; le paysage que nous longeons enseveli sous un léger brouillard que dissipent peu à peu les feux du soleil levant, m'apparaît dans tout l'éclat de sa beauté. Là, le terrain incline en pente douce du côté de la mer ses champs et ses forêts, là il se dresse en montagnes abruptes et sauvages.
Deux heures de cette traversée superbe, et nous sommes en vue de Basse-Terre, autre ville de la Guadeloupe. L'escale est fort courte. J'ai à peine le temps d'esquisser la description de la ville. Bâtie, comme les gradins d'un amphithéâtre, dominée de collines élevées, Basse-Terre présente de la rade un fort joli coup d'œil. Moins important que Pointe à Pitre par sa population et son commerce, elle est pourtant la capitale de la Guadeloupe. Son climat plus clément a déterminé le gouverneur et les autres fonctionnaires à y fixer leur résidence.
Nous repartons par un beau ciel sans nuage. Le soleil nous décoche ses rayons de feu. Qu'il fait chaud ! Il est bon de songer à se prémunir des insolations. Les casques en liège, les couvre-nuques, les ombrelles font leur apparition.
Nous doublons les côtes de l'île St Dominique, colonie anglaise. Mon attention est vivement excitée par l'apparition d'une bande de marsouins. Ces énormes poissons s'acharnent à la poursuite du navire, s'avancent par bonds successifs, comme des chevaux au saut d'un obstacle.
Voisine de la terre anglaise dont elle n'est séparée que par un mince détroit, voici la Martinique, possession française. Quel joli pays ! Là, s'élèvent des montagnes aux formes pyramidales, dont la cime sans cesse couronné de nuages reflète les couleurs de l'arc en ciel, là, à l'ombre des orangers, des cocotiers et des palmiers, de petits villages baignent leurs modestes cases de bois dans les eaux de la mer. Enfin, au fond d'une anse, est bâtie la ville de St Pierre. Le "Versailles" y fait escale. Pendant le mouillage, nous nous amusons fort de l'adresse surprenante d'une bande de jeunes indigènes. Montés sur de fragiles pirogues, ils nous importunent de leurs cris : "Un petit sou, messieurs, un petit sou, s'il vous plait" et si nous leur jetons une pièce de monnaie, aussitôt ils plongent et vont se la disputer au fond de l'eau.
L'ancre est levée. Une heure après, Fort de France nous apparaît au fond d'une rade immense. Comme nous l'acclamons la capitale martiniquaise. Pour plusieurs des passagers, c'est le terme du voyage, pour moi, c'est le port où il va m'être donné de fouler la terre aux pieds, où je vais passer du "Versailles" sur un autre paquebot.
Le transatlantique ralentit l'allure et s'avance majestueusement au milieu de la rade, saluant au passage les deux croiseurs d'escadre. Il stoppe quelque temps, temps nécessaire pour permettre à l'officier de santé de monter à bord et d'y remplir sa visite réglementaire, puis glissant lentement entre les bouées qui délimitent la passe, il se range au quai entre le "Manoubia" et la "Ville de Tanger". Une passerelle en bois est jetée pour relier le bâtiment à la terre ferme.
D'un bond, je suis sur la berge, mais sans m'attarder au sein de la foule de Nègres et de négresses qui s'y pressent, je prends, avec quelques amis, la route de la ville, située à six cents mètres de l'embarcadère. Nous traversons le jardin de la Cie Transatlantique, gracieux bosquet qu'ombrage le feuillage toujours vert des tamariniers, des bambous, des cocotiers et des palmiers, puis nous suivons une petite rue bordée de cases informes et malpropres où grouille tout un peuple de Noirs déguenillés. Voici la ville ; ses maisons neuves, élégantes, avec vérandas et persiennes en bois, s'élèvent des deux côtés de rues spacieuses, dans une symétrie qui charme l'œil. Voici la place de la Savane, très vaste, avec ses promenades ombragées d'arbres, et ses gazons émaillées de fleurs, au centre la statue de Joséphine de Beauharnais, l'impératrice répudiée, fille de la Martinique. Voici la cathédrale, toute neuve, et qui dresse dans les airs sa jolie flèche de granit ; voici l'hôtel du Gouverneur, la bibliothèque Schneider, construction fort originale, dont les vitraux colorés font très bel effet. Nous nous promenons fort tard dans les rues, éclairées à l'électricité, et après un bon repas pris à l'hôtel du Globe, nous rentrons à bord, fort satisfaits de notre soirée.
Le lendemain, j'assiste à un curieux spectacle. Le "Versailles" fait charbon. Aux sons d'un tam-tam, espèce de tambour qu'un vieux nègre frappe avec ses doigts, deux cents à trois cents négresses sales, déguenillées défilent, portant sur leur tête des paniers de charbon, et remplissent les soutes du paquebot. D'une laideur repoussante, la plupart tenant entre les dents une vieille pipe noircie, ces charbonnières en haillons me donnent une triste idée de la population indigène de la Martinique.
Mais je m'arrache à ce spectacle et je reviens en ville. Un camarade nous a suggéré l'idée de monter au fort où vit Béhanzin, le roi détrôné du Dahomey. Excellent idée!! ! Mais c'est bien loin ce fort, et puis il faut pour y parvenir, gravir une route des plus malaisée. Nous renonçons à un pareil trajet, et nous préférons nous attabler dans un joli petit café.
Le soir, quand nous sommes de retour, le "St Domingue" l'annexe pour Cayenne mouille aux flancs du "Versailles" et le transbordement des marchandises et des passagers à destination de la Guyane commence à s'effectuer. Nous prenons nos bagages et notre fourniment et passons sur le nouveau paquebot.
05A bord du « St Domingue »p. 14–18

A bord du "St Domingue"
Le "St Domingue" navire de 2ème ordre, mesure de 80 à 90 mètres de longueur.
Ah ! Qu'il me semble petit auprès de l'immense transatlantique ! Que nous y sommes mal à l'aise ! L'installation des passagers de 1ère classe est confortable, même luxueuse ; quant à nous,pauvres troupiers d'entrepont, nous n'avons même plus la batterie qui, toute misérable qu'elle fut, nous servait d'abri pendant la nuit à bord du "Versailles" : il faut prendre place sur le pont, exposés aux intempéries du temps, mêlés à une foule de Noirs, de Chinois, d'Indiens de tout sexe, et de tout âge qui s'y sont installés avec tout un attirail à leurs côtés : paniers, chaises longues, couvertures,bassines etc.… Quel encombrement ! Quel entassement de personnes ! Comme il est difficile de circuler sur le pont, sans aller buter contre l'un ou l'autre de ces étranges passagers qui nous regardent avec des yeux ahuris, et nous apostrophent dans un idiome incompréhensible.
Le 24 novembre, à dix heures, tout est prêt pour le départ. Le "St Domingue" quitte les flancs du "Versailles" et gagne le large. Le canon tonne… nous partons. Le navire longe pendant plus d'une heure la côte martiniquaise. Je suis, à l'avant, penché sur le bastingage, contemplant la nature enchanteresse qui s'étale à mes yeux, quand le commissaire du bord vient me proposer l'emploi de secrétaire dans ses bureaux. J'accède volontiers à son offre, heureux d'occuper utilement mes longs loisirs. Une cabine est mise à ma disposition, et bientôt je me perds dans un tas de paperasses qu'il me faut déchiffrer. Certes le travail ne manque pas, mais j'aurai bien tort de me plaindre. Je dors la nuit dans une bonne couchette, et suis le commensal du commissaire, du maître d'hôtel, et du chef cuisinier. Que je m'estime heureux auprès de mes compagnons d'armes qui passent les nuits à la belle étoile, et font de fort maigres repas.
Le navire a laissé derrière lui les côtes de la Martinique ; dans le lointain brumeux une autre terre commence à se montrer. C'est Ste Lucie, colonie anglaise. Nous approchons… bientôt le St Domingue pénètre dans une rade étroite resserrée entre deux forts : au fond est bâtie la capitale de l'île.
A notre approche un canot se détache de la rive : c'est la santé. Le médecin anglais qui se tient au gouvernail nous fait signe de mouiller. Nous sommes en quarantaine. Pourquoi ? On n'en sait rien. On jette l'ancre ; mais toute communication avec la terre nous est rendue impossible, défense est faite aux embarcations du port de nous aborder. Toutefois les marchandises et les passagers à destination de Ste Lucie, sont débarqués ; mais ces marchandises, avant d'être livrées à leurs destinataires, sont soumises à un désinfectant, et les passagers, avant de regagner leur domicile, doivent séjourner quelque temps au lazaret, hôpital isolé de la ville.
Une partie de la nuit se passe au mouillage, à deux heures du matin nous repartons. La mer conserve son calme habituel, nous longeons par une mâtinée ensoleillée et gaie tout un groupe de petites îles : la Grenade, la Barbade… etc., puis nous entrons sans encombre en rade de Port d'Espagne, capitale de la Trinité. La quarantaine est maintenue : nous mouillons au large.
La trinité ou Trinidad fait partie de l'immense empire colonial des Anglais : terre fertile, riche en plantation et en bois précieux. Port d'Espagne est une ville de 70000 habitants.
Après deux heures d'escale, nous levons l'ancre… Il est nuit, la mer devient houleuse, le St Domingue tangue démesurément. Le lendemain, nous naviguons dans l'estuaire de l'Orénoque : le limon déversé par ce grand fleuve de l'Amérique méridionale donne aux eaux de la mer une teinte jaunâtre. Le mauvais temps continue, et même les officiers prédisent pour la nuit prochaine un grain assez sérieux.
Quelle triste nuit en effet que celle du 27 au 28 novembre. Au milieu de ténèbres que rend plus sombres un épais brouillard, le vent souffle avec furie, la pluie tombe par torrents, les éclairs sillonnent la nue, et le tonnerre fait entendre son sourd grondement. Le St Domingue, au milieu de cette tourmente, avance avec peine, en proie à un roulis et un tangage continuels. Quelquefois il se couche sur le flanc, et semble ne plus devoir se relever. Les lames déferlent avec fracas sur le pont et inondent les passagers qui s'y trouvent couchés.
Dans ma cabine, j'étouffe, tellement la chaleur est insupportable. Que faire ? Remonter sur le pont ? Je n'ose par un pareil temps. Ouvrir le hublot ? Essayons ! Holà ! Quelle mauvaise idée ! La vague s'engouffre par là, et voilà l'appartement inondé et moi, trempé jusqu'au os.
Dans quelles pénibles angoisses je passe cette nuit de tempête ! J'ai peur… mon imagination surexcitée se représente un péril imminent. A chaque instant je crois voir, comme dans un cauchemar, le St Domingue céder à l'orage, couler à pic et disparaître dans l'abîme avec ses passagers.
Enfin le jour parait. Dieu soit loué ! La tempête s'apaise. Dès l'aube, je suis sur le pont. Pauvres gens qui ont passé la nuit sous l'averse, comme ils sont mouillés, comme ils grelottent de froid. Et mes compagnons que sont-ils devenus ? Ils n'ont pas trop soufferts, ils ont su trouver un abri contre le mauvais temps.
Avec le jour le calme renaît tout à fait ; le bateau danse encore sous l'action des lames de fond, derniers vestiges d'une mer bouleversée.
Il est dix heures… le temps est splendide, plus rien ne rappelle la bourrasque passée. Nous sommes en vue d'un continent, parait-il, car, sur la dunette, les officiers s'agitent, braquent leurs longues vues, et interrogent attentivement l'horizon. Je tâche moi aussi d'apercevoir quelque chose. Rien… Enfin, j'y suis, je vois, oh ! bien indistinctement, une côte qui montre, un peu au dessus des flots son fouillis d'arbres. C'est la Guyane anglaise.
Nous allons prochainement entrer en rade de Démérari. Un pilote anglais est monté à bord, et il donne ses ordres au timonier. Nous nous engageons dans l'estuaire d'un grand fleuve. Je vois, sur une de ses rives, la capitale de la colonie anglaise. L'ancre est jetée fort loin du quai : la quarantaine est sévèrement maintenue.
Georgestown ou Démérari est une ville au cachet Européen, populeuse, industrielle et commerçante. De la rade j'aperçois des rues ombragées d'arbres, des constructions en pierre, des églises à l'architecture savante. Les cheminées d'usines et des manufactures émergent de tous côtés. Enfin les innombrables navires qui mouillent dans son port, navires de toute nationalité, les magasins et les stocks qui bordent ses longs quais témoignent assez de son activité commerciale. Malgré moi je m'incline devant le génie colonisateur des Anglais.
L'escale du "St Domingue" en rade de Démérari dure fort peu de temps. A quatre heures du soir il lève l'ancre.
Le lendemain, dans la matinée, il s'engage dans la vaste embouchure du Surinam, fleuve de la Guyane hollandaise. Rien de plus enchanteur que cette traversée au milieu de deux rives où la forêt vierge étale son tissu impénétrable de lianes, de plantes grimpantes, et d'arbres gigantesques qui mirent dans les eaux leur cime verdoyante.
Nous entrons vers midi dans le port de Paramaribo ou Surinam. Un coup de canon tiré de la rive salue notre arrivée. Nous mouillons… l'officier de santé hollandais lève la quarantaine. Alors les embarcations assaillent les flancs du bateau : une foule de passagers s'y précipitent et s'en vont visiter la ville. Que je regrette de n'en pouvoir faire autant ! Un capitaine d'infanterie de marine qui se trouve à bord nous a formellement interdit de descendre sur une terre étrangère. Il faut se soumettre, et ébaucher, comme je puis, la description de Surinam.
Là, c'est le bagne, sombre forteresse dont le fleuve baigne les puissantes assises. Tout près s'élève une construction fort coquette, la caserne sans nul doute, car je distingue dans la cour des soldats hollandais qui nous saluent. Et derrière, quelle jolie esplanade ! Quelle verte pelouse ! Quels gigantesques palmiers ! Voilà le quai avec ses appontements en bois encombrés de personnes dont je distingue fort bien les étranges costumes, et bordant ce quai, c'est une longue file de blanches maisonnettes, véritables chalets de plaisance, dont les toits en zinc resplendissent aux feux du soleil.
Comme le temps passe vite à contempler ces beautés. Il est déjà six heures, l'heure du départ. Les promeneurs sont rentrés à bord. Nous levons l'ancre et regagnons la haute mer.
L'aurore du 29 novembre se lève."Ce soir, nous disent les hommes d'équipage, si la mer est propice, nous serons à Cayenne". A bord, règne une activité qui annonce une prochaine arrivée. Les passagers de pont plient bagages, rassemblent leur batterie de cuisine dispersée de tous côtés. Les malles sont sorties des cabines, les colis et les paquets encombrent le pont.
A deux heures de l'après-midi les îles du Salut sont en vue. Voici l'île du Diable, îlot rocailleux, sauvage, bordé d'écueils où deux ou trois cases s'élèvent, à moitié cachées par le feuillage des cocotiers. Quelle triste solitude ! Quel désert ! Quelle souffrance morale que celle de l'ex-capitaine Dreyfus, gardé à vue dans ce séjour attristé!
Voici l'île royale, plus vaste, essentiellement montagneuse. Le sommet est couronné d'un plateau sur lequel s'étagent plusieurs constructions. Cases de forçats, maisons de gardiens, hôpitaux, magasins, couvent, église, caserne, toute une petite ville s'y dresse dans un pittoresque mélange. Mais sur les flancs de ce coteau, c'est une nature désolée, une terre infertile. Rien n'y pousse, rien excepté le cocotier dont le panache de feuilles donne à cette nudité un peu de verdure.
Et là-bas, c'est l'île St Joseph aussi triste, aussi dénudée.
C'est donc sur ces rochers sauvages que nos condamnés récidivistes et endurcis traînent leur misérable existence. C'est là qu'un jour moi aussi je viendrai vivre, devant veiller sur ces farouches criminels dont l'ambition constante est de reconquérir par la révolte ou la fuite leur liberté perdue.
Nous mouillons en face de l'île Royale. Un canot que conduisent six rameurs, six forçats sous l'œil d'un surveillant armé, dépose à bord le pilote qui va conduire le navire jusqu'à Cayenne.
Une bonne partie de la nuit se passe au mouillage, dans l'attente d'une marée propice. Profondément endormi, je ne m'aperçois pas du départ, et c'est le bruit de l'ancre tombant dans les eaux de Cayenne qui m'arrache à mon sommeil. Je monte sur le pont ; il est de grand matin, l'aube parait à peine. Masquée par un fort élevé, la ville m'est invisible ; seule la caserne d'infanterie de marine dresse, tout près de la rade, sa blanche façade. Mais voici que le clairon retentit à mes oreilles : c'est la diane, le réveil pour les marsouins. Bientôt à toutes les fenêtres du vaste bâtiment nos frères apparaissent et nous saluent en agitant mouchoirs et drapeaux.
Il est six heures ; le débarquement commence. Un canot de l'administration pénitentiaire vient nous chercher. Nous montons sur ses bancs, et serrés les uns contre les autres, parmi les condamnés qui rament, nous accostons au pied d'un escalier en bois. Un sous officier nous reçoit, et nous conduit en ordre à la caserne.
Au milieu d'une double haie de soldats accourus pour nous souhaiter la bienvenue, nous faisons dans la cour du quartier une entrée presque triomphale. On nous fête, on nous acclame, on nous serre chaleureusement les mains. Cette réception me fait du bien. Je ne trouve donc pas sur la terre guyanaise que des visages étrangers ; et plusieurs de ces mains qui se tendent vers moi sont celles d'amis que je croyais perdus et que je retrouve avec plaisir. Pourtant, ce n'est pas sans un vague sentiment de tristesse que j'entrevois ma nouvelle existence. Deux ans d'exil, c'est bien long. L'avenir me ménage peut-être bien des surprises et bien des déboires.
06A Cayennep. 18–22

A Cayenne
Voilà trois jours que je suis à la colonie : le navire qui m'a déposé à Cayenne vient de repartir. Des fenêtres de la caserne, je l'ai vu cet après-midi lever l'ancre, et bondir sur les lames houleuses, emportant dans ses flancs nos frères rapatriables. Heureux troupiers ! Avec quelle impatience ils l'ont attendu ce jour, pour eux l'aurore de la délivrance. C'est si long deux ans passés sur une terre d'exil, loin des siens ! Ah ! Ils ont enduré bien des peines : le climat d'un pays tropical avec son cortège de fièvres et de maladies débilitantes, la rigueur d'un métier pénible, les coups d'une discipline intransigeante.
Ce matin, je les ai vu ces fiers marsouins aux traits brunis par les feux d'un soleil implacable, et maigres par l'anémie et la fièvre, je les ai vu correctement alignés dans la cour du quartier en tenue de départ.
Le Commandant leur a passé l'inspection et souhaité un heureux voyage, un bon retour en France, puis ivres de joie, ils ont franchi pour la dernière fois la porte de la caserne.
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Hier soir, j'ai fait mes premiers pas dans la ville de Cayenne. Quelle triste garnison ! La population indigène n'a pour nous rien de sympathique et d'attrayant. D'ailleurs ces Noirs, ces descendants d'anciens esclaves conservent pour le troupier une défiance invincible, l'évitent et le fuient. Un camarade m'a expliqué l'origine de cette antipathie. Il faut l'avouer, le soldat a eu les premiers torts. Il s'est cru le droit d'insulter et de maltraiter cette population de race inférieure, et ses mauvais procédés ont fait naître au cœur de l'indigène une haine puissante pour le soldat français. De là ces querelles, ces rixes sanglantes et parfois meurtrières qu'on signale journellement entre troupiers et indigènes.
Quant à la population Européenne, représentée en majeure partie par l'élément pénal, par les forçats libérés du bagne, elle nous est encore moins intéressante, et même ce serait une grosse faute contre le devoir militaire d'entrer en relation avec ces gens, rebuts de la société.
Parmi de tels habitants quel plaisir le soldat peut-il trouver ? Sans doute, il existe des cafés et des bars où il a libre accès, mais le prix exorbitant des consommations ne lui permet pas de s'y asseoir souvent.
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Le matin, dès cinq heures, le clairon sonne la diane. Dans les chambres emplies de ténèbres, les soldats s'étirent et font entendre des bâillements prolongés. On se lève à la hâte, les paupières alourdies ; on s'habille (la toilette est sommaire) puis c'est le rassemblement et l'appel au milieu de la cour dans la pénombre du jour qui commence. Et où va-t-on de si bonne heure ? Sur quatre rangs, en ordre et en cadence, nous traversons la ville plongée dans la douceur d'un repos matinal, croisant au passage des groupes de forçats qui se rendent au travail. Nous voici tout au bout de la cité, dans l'allée spacieuse d'un vaste jardin. Notre journée commence. Armés de pelles, de hoyaux, de râteaux, nous nous dispersons et retournons avec peine la glèbe ingrate. Ni trêve ni merci, l'œil d'un gradé sévère nous force à la besogne.
Et longtemps la tâche continue, en dépit des traits de feu que le soleil nous décoche, de la sueur qui ruisselle sur nos fronts. Enfin huit heures sonnent… c'est l'heure de rentrer. Chacun abandonne son sillon, la troupe se reforme, et harassés, couverts de sueur nous regagnons la caserne.
Voici venir la sieste. Il est onze heures. Dans la chambre dont les persiennes sont soigneusement fermées, au milieu d'une demie obscurité, nous goûtons un délicieux repos. Mais aussi avec quelle rapidité s'écoulent les trois heures de ce bienfaisant sommeil ! A deux heures, le clairon sonne la diane, et quand les rayons solaires sont un peu moins brûlants, nous reprenons les travaux de jardinage jusqu'à la nuit noire.
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Ce soir, je ne sens nulle envie de sortir en ville. Mais quelle triste soirée ! Quel mortel ennui ! Que la chambre est sombre avec ses quelques lampes fumeuses qui jettent ça et là de lugubres reflets. Parmi les troupiers, les uns allongés paresseusement sur leur lit, fument leur pipe, et paraissent goûter béatement ce "dolce farniente", les autres réunis en groupe jouent, boivent, chantent et rient aux éclats. J'ai pris, pour tuer l'ennui, un des rares bouquins qui couvrent les rayons de la bibliothèque mise à notre disposition, un roman de Walter Scott, mais le tapage incessant de la chambrée m'interdit toute lecture.
Neuf heures sonnent… c'est l'appel au pied du lit dans le silence et l'immobilité la plus absolue. Quand les noms des hommes de la compagnie ont été successivement appelés par la voix tonnante du chef de chambrée, je m'étends sur mon lit. Que j'ai du mal à fermer l'œil ! Une nuée de moustiques m'assiègent et font entendre à mes oreilles leur musique énervante. Les punaises qui pendant le jour se sont tenues cachées dans les interstices des planches sortent de leur retraite, et viennent se repaître de mon sang.
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Aujourd'hui bien avant le jour, la voix du sergent de semaine vient troubler le repos de la chambrée. "Allons, debout, en tenue pour la marche militaire… les hommes sautent du lit, passent l'équipement, et mettent sac au dos, puis viennent se ranger sur le vaste palier où le sergent les aligne, les compte et les recompte.
Le refrain du bataillon retentit. Les compagnies descendent et se massent dans la cour. Là, nouvel alignement, nouvel appel. C'est à n'en plus finir. Enfin nous partons, traversons la ville encore endormie, et quand l'aube se lève, nous sommes déjà fort loin cheminant sur une route poudreuse qui serpente à travers une brousse inextricable. Mais bientôt quittant cette voie trop facile nous prenons un étroit sentier où les arbres et les hautes herbes obstruent notre passage. Ce sont obstacles à chaque pas : ici un fouillis presque impénétrable où nous nous glissons en rampant, là un marais fangeux que nous traversons, ayant de la boue jusqu'aux genoux.
Après deux heures de cette marche malaisée, nous sommes éreintés. On forme les faisceaux : on s'assoit, on s'éponge le front, on respire un brin, puis on repart. C'est l'heure de rentrer au quartier.
Longtemps encore, sous les chauds rayons d'un soleil torride, nous marchons pitoyables à voir. Voici la ville. On oublie ses fatigues, on entame même un refrain de route. Nous entrons à Cayenne. "Pas accéléré" commande l'officier. Aussitôt les têtes se redressent dans un noble élan de fierté, les armes conservent sur l'épaule droite, l'immobilité absolue, et les gros souliers ferrés frappent le sol en cadence.
Nous sommes de retour au quartier. Les rangs sont rompus, et chacun regagne sa chambrée, impatient de repos.
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Un mois s'est écoulé depuis mon arrivée sans apporter dans ma vie de bien grandes perturbations. Les jours s'y sont succédés pour moi un peu monotones avec leur suite de corvées, de théories et de manœuvres. J'aurais désiré une existence plus agitée, des campagnes, des expéditions. Dans presque toutes nos colonies, le soldat de marine est constamment appelé sur le champ de bataille. Au Tonkin, au Soudan, au Dahomey et à Madagascar, il rencontre des ennemis qui défendent souvent avec la dernière énergie leur liberté et leur indépendance. A la Guyane, le soldat n'a point à réprimer les révoltes d'une population indigène paisible qui, loin de secouer notre domination, l'envisage au contraire avec plaisir.
Pourtant la présence d'une force armée sur le sol de notre colonie équatoriale, a sa raison d'être ; la transportation la rend nécessaire. S'il n'y avait pas de troupes pour leur prêter main forte les gardiens seraient insuffisants à réprimer les agissements des condamnés et déjouer leurs essais d'évasion… Aussi à côté du bagne, s'élève toujours la caserne. Sur tous les points de la colonie où le Forçat est détenu, au Maroni, à Kourou, aux îles du Salut des troupes sont détachées pour maintenir l'ordre et la sécurité.
Nous sommes au commencement de l'année 1896. Ces jours, doit avoir lieu le relèvement des divers postes. Ma compagnie va partir au Maroni.
Le 11 janvier, à deux heures de l'après-midi, nous prenons place à bord du "Bengali", l'aviso de guerre. Le voyage est splendide : la mer ne se départ pas d'un calme parfait. Vingt quatre heures de cette paisible traversée, et nous entrons dans l'estuaire du Maroni. Pendant deux heures nous en remontons le cours, et venons jeter l'ancre près de St Laurent.
07A St Laurent du Maronip. 22–24

A St Laurent du Maroni
Au premier aspect, ma nouvelle garnison me plaît. Débarqués sur un appontement en bois, nous suivons une route bordée de jolis jardins où j'admire toutes les richesses de la flore tropicale. Les bâtiments de l'administration pénitentiaire, l'hôpital, les maisons du commandant du pénitencier, du commandant d'armes, des médecins majors et autres fonctionnaires sont d'élégantes constructions et présentent, avec les bosquets dont elles sont entourées, un gracieux ensemble.
Quant à la ville, c'est une agglomération de cases à un seul étage qui s'alignent régulièrement des deux côtés de rues, larges,tracées au cordeau, et couvertes, sur leur milieu, de pelouses verdoyantes.
Notre caserne n'est pas précisément un palais. C'est une construction fort ancienne qui menace ruine. Une palissade en bois l'entoure, et dans l'enceinte sont plantés d'innombrables citronniers. En face, s'élève le bagne. Deux rangées de mauvaises baraques, fermées par quatre murs élevés, tel est le pénitencier de St Laurent.
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La compagnie est définitivement installée. Le capitaine, brave homme au fond malgré quelques lubies de vieux grognard, nous promet une existence pas trop surmenée. Que je regrette peu Cayenne ! La caserne toute vieille qu'elle soit me plait beaucoup. Ce n'est plus, comme au chef lieu, un bâtiment sombre, triste aux longues galeries de cloître, c'est une habitation simple, sorte de maison de campagne où l'on se sent à l'aise. Que j'aime à promener ma rêverie sous la véranda qui entoure nos chambres, que j'aime à venir, au déclin du jour, respirer l'air frais qui y circule, et voir, là-bas derrière un rideau de verdure, le soleil couchant illuminer le ciel de feux fantastiques où mon imagination croit voir des paysages enchantés!
Cependant St Laurent n'a pas comme garnison, tout l'attrait désirable. Sa population se compose en grande partie de relégués, et d'anciens forçats, gens qu'il nous est expressément défendu de fréquenter. Dans toute la ville, seuls deux établissements nous sont ouverts, tristes cafés où le troupier ne trouve que la vulgaire satisfaction de boire un verre en tête à tête avec des Noirs ou des Chinois.
Il est, en dehors de la ville, sur la rive du fleuve, un petit jardin public, un délicieux bosquet, fort fréquenté le soir. Quand je veux me payer une sortie, au lieu d'aller, au comptoir d'un chinois, m'offrir une consommation coûteuse, je m'en vais paisiblement m'asseoir dans un coin de ce charmant refuge où je respire le parfum des fleurs, et j'écoute le chant des cigales dans les branches.
Certains soirs, je dirige ma promenade vers le quartier chinois, curieux village bâti, au sud de la ville, sur les bords du Maroni. C'est un ensemble de corbets, modestes huttes construites à peu de frais par la main même de l'habitant avec des troncs d'arbres, des tiges de bambous, des lames de tôle, et couvertes de feuilles de palmiers. Et ces demeures primitives sont entourées d'enclos où poussent des fruits de toute espèce.
Les habitants de ce village étrange sont des indigènes de l'Annam et du Tonkin, anciens pirates pris les armes à la main qu'on a transportés sur le sol de notre colonie pénitentiaire. Mais dans le lieu de leur exil, ces Annamites n'ont point perdu leur activité native : ils bâtissent, ils plantent, ils pêchent. Montés sur de fragiles pirogues, ils fouillent le fleuve en tous sens et retirent de ses eaux tout le poisson qui alimente la population maronienne.
Un jour je suis entré dans un corbet du village ; l'habitant me reçoit bien, m'offre même une tasse de thé. L'intérieur de la case est propre et coquet, les murs sont ornés de gravures, d'illustrations de nos journaux français. L'ameublement est des plus primitifs : une table boiteuse, deux ou trois escabeaux, un lit de planches recouvert de nattes. En ce moment un chinois étendu sur ce lit savoure une pipe d'opium. Disons un mot de ce narcotique, de sa préparation, et de ses pernicieux effets. L'opium, tel que je le vois devant moi étalé sur un petit plateau d'étain, est une pâte visqueuse et noirâtre. Le fumeur prend, avec la pointe d'une longue aiguille, une boulette de cette pâte qu'il soumet quelque temps à la chaleur d'une lampe, puis l'adapte ainsi chauffée à la cavité d’une énorme pipe de bambou. Il aspire : quelques secondes suffisent au consommateur pour "en tirer une". Mais le chinois renouvelle la dose, et ce n'est qu'après l'absorption d'une vingtaine de pipes qu'abruti, chancelant il quitte le lit de camp, si déjà il ne s'est pas endormi d'un profond sommeil.
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Aujourd'hui dimanche, jour de sortie et de repos, des amis me proposent de visiter les environs de St Laurent. Accepté… par une matinée ensoleillée nous partons en excursion.
La ville est entourée, au sud et à l'ouest, de prairies, terrain défriché par les condamnés, mais qui reste sans culture et sert de pâturages aux troupeaux de buffles de l'administration pénitentiaire.
Nous visitons le cimetière, fermé par de hautes touffes de bambou. Plusieurs de nos aînés y reposent victimes du climat et des fièvres. Nous voyons leurs modestes tombeaux : une croix en bois avec une simple inscription qui disparaît la plupart du temps sous les ronces, voilà tout l'ornement de la dernière demeure de ces soldats français. Qu'il est déjà considérable le nombre de ces héros morts au champ du devoir. En 1887, quand la fièvre jaune décima la population maronienne, les marsouins ne trouvèrent point grâce devant l'impitoyable fléau. Et depuis que de troupiers que la fièvre typho-malarienne a couchés dans la tombe.
Au sortir du cimetière, nous entrons dans les allées d'un superbe jardin où poussent, avec une richesse de végétation inouïe toutes les plantes, toutes les fleurs, tous les arbres d'un pays tropical. Ce jardin Botanique, comme on l'appelle est une des beautés de St Laurent. Très agréable notre promenade sous l'ombre de ces grands arbres, à travers des allées spacieuses qui se coupent en tous sens, au milieu de massifs de fleurs aux couleurs chatoyantes, aux senteurs parfumées.
A la porte de ce jardin féerique, une route déroule à perte de vue, entre deux rangées de manguiers, son blanc ruban de poussière. Sur l'un de ses bords sont posés les rails d'un Decauville. C'est le chemin de St Maurice et de St Louis.
Tiens ! Si nous allions voir St Maurice. Les trois kilomètres qui nous en séparent sont bien vite franchis. Des deux côtés de la route, à intervalle régulier, sont bâties de jolies maisonnettes entourées d'enclos, de jardins, de champs de canne à sucre. C'est là le pénitencier agricole, ensemble de fermes, de concessions dont on dote le forçat libéré. Ils ne sont pas trop à plaindre nos colons pénitentiaires.
Nous avons fait là une fort agréable promenade que nous continuerions volontiers sans la fatigue et la chaleur qui devient de plus en plus accablante.
08A St Jean de Maronip. 24–26

A St Jean de Maroni
Le 1er avril je quitte St Laurent. Tous les mois ma compagnie détache une petite troupe au pénitencier de St Jean. Ce mois-ci, je suis, avec quinze hommes, désigné pour partir.
Nous prenons place dans un canot que remorque une chaloupe à vapeur. Très pittoresque ce voyage de quelques heures sur les eaux du Maroni, entre deux rives couvertes d'une végétation sauvage. J'aperçois au passage Albinia, village hollandais aux blanches maisons, les îles formées au sein du fleuve : l'île St Louis où sont relégués les forçats atteints de la lèpre, l'île Bar, vaste propriété privée, riche par ses chantiers forestiers.
Nous passons dans le bras du fleuve compris entre cette dernière île et la rive française. Des deux côtés s'élèvent des forêts de palétuviers, et d'arbres gigantesques qui baignent leur pied dans les eaux du fleuve et dont le feuillage s'enchevêtre, se lie, se couvre d'orchidées et de lianes. Nature enchantée que l'œil ne cesse de contempler, nature vierge et indomptée où l'homme ne saurait se frayer un passage.
Après deux heures de cette magnifique traversée, nous arrivons en vue de St Jean. La chaloupe aborde et jette l'ancre.
St Jean du Maroni doit son existence à la relégation. Les récidivistes que plusieurs condamnations n'ont pu amender, sont bannis de la Métropole et soumis, dans notre colonie pénitentiaire, à un régime voisin du bagne. La loi sur la relégation fut promulguée en 1885, et St Jean fut désigné pour en faire le séjour. A cette époque St Jean était envahi par les grands bois et couvert de nombreux marécages. Les premiers exilés arrivés sur les lieux durent accomplir les travaux d'installation ; ils durent défricher cette brousse compacte et assécher ces marais fangeux. Mais ce travail ne pouvait s'exécuter sans mettre journellement en péril la vie de ces hommes sans cesse exposés aux miasmes pestilentiels se dégageant de cette nature marécageuse. Aussi au début la mortalité atteignit d'effrayantes proportions. De nouveaux condamnés ont continué cette tâche périlleuse, et aujourd'hui, un immense espace de terrain est défriché, et des cases coquettes remplacent les paillotes d'autrefois.
Nous débarquons… En face de nous, une route montante où roulent de petits wagonnets, route bordée de constructions élégantes, les maisons du personnel libre, mène au camp des relégués ; à droite un autre chemin conduit à la caserne. Sise sur un coteau dont l'ascension est très pénible, la caserne d'infanterie de marine, très petite, à peine suffisante à loger un détachement de vingt hommes, est un vieux bâtiment qui menace ruine. Une palissade en treillis forme l'enceinte. Au sud, touchant presque la palissade commence la forêt vierge avec ses profondeurs inconnues ; au nord la vue embrasse un charmant horizon : le fleuve qui roule en bas ses eaux argentées, le pénitencier, l'église, l'hôpital, les magasins aux vivres qui se dressent sur le sommet d'un coteau aux flancs duquel s'étagent d'immenses jardins potagers en pleine production.
J'ai conservé de mon séjour à St Jean une agréable impression, et le mois passé dans ce poste reste et restera pour moi le plus heureux de mon existence militaire. Là, en effet, plus de corvées, plus de manœuvres, plus de théories, plus rien en un mot de ces milles tracasseries qui font trouver pénible la vie de soldat. Quelques légers travaux de jardinage, des promenades à longue haleine sous l'ombre des grands bois, des parties de chasse ou de pêche, tel était notre passe temps quotidien. Ajoutez à cette existence paisible, une table fort bien servie. La plupart du temps dans les postes reculés, le soldat souffre de privations dont est cause la difficulté des communications, mais à St Jean de Maroni l'administration pénitentiaire assure notre nourriture quotidienne : viande fraîche, légumes et vin, et cet ordinaire satisfaisant est encore amélioré par le produit de notre chasse et de notre pêche. La forêt vierge donne refuge à une infinité de gibiers fort recherchés, tels que le tatou, l'agouti, la perdrix, l'iguane, etc.
Ainsi notre temps s'écoule dans une heureuse quiétude. Cette vie au milieu de ce site sauvage a pour moi un attrait particulier. Le soir, quand le soleil a disparu laissant à ce coin de terre un peu de fraîcheur, mon plus grand plaisir est de m'asseoir à l'entrée de la caserne, et de prêter une oreille attentive à la fanfare des relégués qui joue sur le coteau voisin. Des airs d'opéra retentissant au milieu de cette nature que l'on croirait déserte, dans la demie clarté d'un jour qui succombe, ont quelque chose d'étrange et de saisissants.
Voilà le mois qui touche à sa fin. Dieu ! Comme il m'a semblé court. Déjà la chaloupe vient d'amener nos remplaçants. Leur cédant la place, oh ! Avec bien des regrets, nous embarquons et regagnons St Laurent.
09A St Laurent du Maronip. 26–27

A St Laurent du Maroni
A Saint Laurent, nous avons repris notre train-train habituel ; mais la monotonie de cette existence engendre l'ennui tant il est vrai que, même au sein de la tranquillité, l'homme éprouve de la lassitude et du dégoût. Cependant, il faut le dire, nos chefs bienveillants au début se montrent pendant ces derniers temps, d'une sévérité excessive, et je pourrais signaler quelques abus d'autorité fort regrettables. Mais passons…
Les derniers mois de notre séjour au Maroni ne se passent point non plus sans semer le deuil parmi nous. Un camarade, quelques jours auparavant plein de vie et de santé, entre à l'hôpital, et succombe aux atteintes de la fièvre. Nous le conduisons avec pompe à sa dernière demeure ; sur sa tombe le capitaine prend la parole, et adresse, au milieu de larmes mal contenues, un suprême adieu au soldat mort pour sa patrie. Ce n'est pas le seul deuil qu'il me faille enregistrer. Un jeune soldat, tout récemment venu de France va se baigner un soir dans les eaux du fleuve. Fatale imprudence ! Pris entre deux courants, l'infortuné coule à pic sous les yeux de camarades impuissants à le sauver. Le lendemain le fleuve est fouillé en tous sens, afin de retrouver le cadavre. Les recherches sont vaines ; le malheureux sans doute entraîné en pleine mer a dû servir de pâture aux requins.
Nous sommes aux premiers jours de juillet : on vient de nous annoncer le départ de Cayenne des troupes qui nous relèvent. Le 6, le vapeur"la Guyane" arrive en rade, et le 8 nous embarquons pour redescendre au chef-lieu. C'est un bien triste bateau que cette "Guyane" où il nous faut passer la nuit, entassés sur le pont sous les averses d'une pluie torrentielle.
10A Cayennep. 27–31

A Cayenne
A peine débarqués, le métier nous reprend dans toute sa rigueur. La fête nationale est proche : les préparatifs nous valent une recrudescence d'inspections et de revues.
Le grand jour arrive, salué par les multiples coups de canon de la batterie Ste Anne. Frais et pimpants sous notre sombre uniforme, nous sommes, à huit heures du matin, alignés sur la place d'armes, en face l'hôtel du gouverneur.
Le commandant passe sur le front du bataillon immobile et présentant les armes, puis c'est le défilé, au son des clairons, devant l'estrade, où siègent le gouverneur et les notables de la ville. Beau spectacle pour la population cayennaise qui nous admire et nous applaudit.
La parade est finie ; nous rentrons au quartier où, parait-il, s'il faut en juger par l'agitation qui règne aux cuisines, nous attend un festin de roi. Pourtant, il faut bien l'avouer, le menu du jour ne satisfait personne, et c'est au milieu de récriminations, de cris de mécontentement que s'achèvent ces agapes fraternelles.
Le soir, en ville, la fête est fort belle. Au sortir de la caserne, l'on jouit d'un joli coup d'œil. La place d'armes où s'alignent de petites guinguettes illuminées, la place des Palmistes dont les arbres sont couverts de lampions, la rue Lalouette, avec son interminable ruban de lanternes vénitiennes, tout cet ensemble offre un aspect vraiment féerique.
Avançons sur le théâtre des réjouissances. Autour de deux misérables manèges de chevaux de bois, une foule énorme et disparate se presse, attirée par les notes discordantes d'une musique infernale. Monter sur les chevaux de bois, c'est le plaisir favori de la population indigène ; tous, hommes, femmes, enfants se disputent les places, et ne se sentent d'aise qu'en ce divertissement.
Pour nous, nous prenons aussi notre part de plaisir. Assis dans une de ces jolies guinguettes aux lanternes multicolores, servis par des mulâtresses à l'œil provocateur nous dégustons un punch, tandis qu'à nos côtés la foule circule, avide de réjouissances dans un pêle-mêle étrange.
A huit heures, devant le palais du gouverneur se donne un feu d'artifice fort bien réussi, ma foi. Puis la retraite aux flambeaux commence. Au son de nos clairons, à la lueur de torches portées par des soldats, la population se répand dans les rues au milieu d'un chahut indescriptible et d'une danse échevelée.
Il est minuit… la fête commence à perdre de son entrain, les lanternes vénitiennes s'éteignent, la foule se disperse. Minuit, c'est pour nous l'heure de l'appel. Nous rentrons. Au Gouvernement, il y a grand bal officiel. En passant j'entrevois des couples qui valsent dans le salon splendidement éclairé. Toute la nuit l'orchestre se fait entendre, et c'est bercé par l'écho de ses airs de fête que je ferme les paupières.
Tous les jours, pendant près d'une huitaine, c'est sur la place d'armes le même spectacle, les mêmes réjouissances. Enfin tout s'achève, tout disparaît. Les lampions s'éteignent et les guinguettes quittent leur emplacement. Plus rien ne subsiste de ces fêtes brillantes, plus rien ne les rappelle, si ce n'est la couche de confettis qui recouvre le sol. Et nous, malheureux troupiers à qui ces jours laissaient un petit brin d'indépendance, nous redevenons soldats, soumis plus que jamais aux coups d'une discipline sévère.
Rien d'anormal pendant les jours qui suivent, toujours la même vie régulière, monotone, avec sa succession inévitable de corvées, de manœuvres, de tirs, de marches militaires, existence égayée tous les mois par l'arrivée du courrier français, nous apportant des nouvelles du pays natal.
Quand le sémaphore du Cépérou signale son approche, c'est dans la caserne entière des transports de joie, des cris d'allégresse, et lorsque le navire entre en rade, il est salué par les drapeaux qui s'agitent à toutes nos fenêtres.
Vers les premiers jours du mois d'octobre, il se passe un incident digne de remarque et qui tranche un peu sur la monotonie de notre vie habituelle.
Une soixantaine de forçats se sont échappés du bagne, et réfugiés dans la brousse aux environs de Cayenne, s'en vont toutes les nuits, en dépit de la surveillance dont ils sont l'objet, voler et piller plusieurs commerçants de la ville. Il faut réagir contre de telles pirateries : le bataillon d'infanterie de marine est mobilisé pour retrouver les audacieux évadés.
A cinq heures du matin nous sommes au pied du mont Thabot (c'est par l'exploration de cette montagne que doivent commencer nos investigations). Le commandant donne l'ordre d'avancer. Alors commence pour nous une ascension fort pénible et fort mouvementée. Il faut savoir ce qu'est une forêt vierge, avec son tissu d'arbustes et de lianes courant en tous sens, pour se faire une idée de nos fatigues. Le fusil lebel d'une main, un sabre d'abattis de l'autre nous renversons les obstacles, avançons en grimpant, laissant des lambeaux de nos habits aux aspérités des branches. Au lieu de nous plaindre de cette ascension fatigante, nous y prenons goût et rions volontiers de nos mésaventures. Cette chasse à l'homme, comme nous l'appelons, a pour nous tant de nouveau et d'imprévu. La montagne est fouillée en tous sens ; mais la chasse est mauvaise, et l'on craint bien de revenir bredouille.
Pourtant le soleil est déjà haut dans le ciel, et ses rayons implacables font ruisseler la sueur sur nos fronts. Qu'importe… il faut aller jusqu'au bout. Nous nous élançons dans les cultures : les champs de canne à sucre pourraient fort bien donner asile aux évadés.
Il reste encore une montagne, le mont Borda, dont l'exploration parait très ardue. "En avant ! En avant!" au commandement des chefs, nous nous redressons, et montons à l'assaut de la nouvelle colline. Toujours le même insuccès.
Il est midi… le soleil devient de plus en plus impitoyable. Nos bidons sont taris, nos estomacs crient famine. On donne l'ordre de rentrer. Devant l'inutilité de nos efforts, nous sommes tristes, et sentons gronder en nous une sourde colère contre ces bandits qui ont échappé à nos poursuites. Mais cet abattement n'est que passager, et quand nous rentrons à Cayenne, les chansons vont leur train. Trempés de sueur, couverts de poussière, les habits en lambeaux, nous faisons dans la ville une entrée triomphale. La population se trouve sur notre passage, nous acclame et nous applaudit.
Pauvre population ! Si la cause de l'opprimé doit être celle du soldat français, nous lui devons tous nos efforts. Opprimée, elle l'est par cette transportation qu'on lui impose et qui l'oblige à posséder comme concitoyens des rebuts de la société. Mais si ses dangers sont grands, les défenseurs que la métropole lui envoie sont sûrs et dévoués. Qu'elle regarde ces fiers marsouins qui traversent ses rues : c'est l'élite des soldats français ; avec leur appui elle ne peut périr.
Ce mois d'octobre nous est particulièrement pénible. Le prochain courrier doit nous amener le Général Inspecteur et, dans l'attente de cette inspection plus redoutée du chef que du soldat, c'est une recrudescence de revues, un abrutissement de tous les instants.
Le 20 octobre, le bataillon en tenue de campagne, la tente sur le sac quitte Cayenne dès la pointe du jour, et s'en va, à dix kilomètres de là, dans les plaines de Mathoury, exécuter la série des tirs de guerre. Déployés en ligne de bataille dans une vaste clairière, bordée de toutes parts par la forêt vierge, nous tiraillons toute la matinée, et criblons de projectiles les panneaux et les silhouettes disposés devant nous. Puis, après la manœuvre, c'est le déjeuner sur l'herbe, et la sieste à l'abri de la tente. Mais sous cette toile qui arrête mal les rayons d'un soleil ardent, la chaleur est étouffante. Nous déguerpissons bientôt, et allons chercher sous bois un peu plus d'ombre et de fraîcheur. Un camarade endormi sous une tente vient d'être atteint d'insolation et se trouve dans un délire que les piqûres de morphine ne parviennent pas à calmer. Il est transporté à l'hôpital de Cayenne dans un état désespéré.
Vers le même temps se meurt sur un lit d'hôpital un de mes meilleurs amis. Le 3 novembre, au moment où le courrier français quitte la rade, l'infortuné jeune homme, étendu sur une chaise longue sous la véranda de l'hôpital, les traits déjà couverts d'une pâleur mortelle, le regarde avec un œil d'envie disparaître à l'horizon. On lui avait l'autre jour promis de le rapatrier, et le pauvret, malgré son mal avait conservé jusqu'alors l'espoir de retourner au pays. Mais hélas ! Le courrier a disparu là-bas, dans le lointain. C'est fini… alors le jeune malade rejette sa tête en arrière avec un long soupir de désespérance. Il est donc condamné à mourir sur cette terre étrangère, loin de ceux qu'il chérit.
Longtemps sous la véranda silencieuse, il reste abîmé dans une sombre rêverie. Il songe à la patrie, à la France qu'il quitta, il y a trois mois à peine, plein de vie et de santé, il pense au pays natal, à ses vieux parents sans cesse inquiets de son sort, et que la nouvelle de sa mort va plonger dans un indicible chagrin, à sa chère fiancée toujours fidèle aux promesses d'antan. Jusqu'au soir il reste sous l'obsession de ces pensées pénibles, renversé sur les coussins, dans une pose de moribond, les paupières à demi closes. La sœur de Charité l'arrache à sa rêverie ; "Allons ! Mon enfant, dit-elle, c'est l'heure de rentrer". Et soutenant sa marche chancelante, elle l'aide à regagner son lit
Le lendemain, le mal a empiré ; le médecin en passant au chevet du malade, a des hochements de tête qui disent clairement son impuissance à enrayer le mal. Le soir, l'agonie commence, agonie de quelques heures, agonie douce où l'âme du soldat se dégage sans secousse de sa dépouille mortelle.
Maintenant, jeune héros inconnu, il repose à l'ombre des bambous, dans un coin ignoré d'un vaste cimetière, et sur sa tombe solitaire, ils ne pourront venir s'agenouiller ceux qui le pleurent là-bas, au beau pays de France.
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Voici venir le nouvel an ! ! Des flots de lettres s'en vont vers la terre française porter nos vœux et nos souhaits aux personnes chéries, et réclamer les étrennes promises.
Je salue avec enthousiasme l'aurore de la nouvelle année : 1897 est pour moi l'année libératrice, l'année où il me sera donné de revoir la patrie, et de quitter la livrée militaire.
Tel le voyageur, après de longs jours de marches et de fatigues, pousse un cri d'allégresse en entrevoyant enfin le terme de sa course.
11Aux Iles du Salutp. 31–39

Aux Iles du Salut
Le 15 janvier, le détachement pour les îles du salut, s'embarque sur le "Jouffroy" l'aviso de guerre. J'en fais partie. Sortis de Cayenne à huit heures du matin, nous sommes à midi sur le quai de l'île royale. Nous gravissons une route montante, qui se déroule à flanc de coteau entre deux rangées de cocotiers, et nous arrivons à l'enceinte militaire qui dresse sur le sommet de l'île, ses murailles crénelées. Voici la nouvelle caserne, somptueuse construction avec arcades et galeries. Des condamnés travaillent à son achèvement.
En attendant, nous logeons dans une misérable baraque faite de planches disjointes, taudis infesté de vermine. A l'ouest de l'enceinte, et sur le même plan est bâti le camp, réunion de vieilles cases branlantes habitées les unes par les gardiens, les autres par les condamnés. Aucune muraille, pas la moindre palissade n'enferme ces prisons de forçats. Tout à côté s'élèvent l'hôpital avec ses étages, dont les persiennes entrouvertes laissent voir les longues vérandas, l'église, toute moderne qu'on ne reconnaît qu'à son clocher aigu.
Le lendemain de mon arrivée j'assiste à l'exécution capitale d'un condamné. Dès six heures du matin, toute la troupe en armes et en tenue de service est rangée dans la cour du quartier cellulaire, tout près de la guillotine. En face de nous se tiennent immobiles et tête nue une soixantaine de forçats, tous incorrigibles et récidivistes. Pendant quelque temps nous attendons l'arme au pied les funèbres apprêts. L'heure de l'expiation a sonné, la cellule du condamné s'ouvre, un tout jeune homme pâle, défait, les yeux hagards parait escorté de l'aumônier et de quelques gardiens. Le prêtre lui présente le crucifix. "Non, dit-il, en se détournant, je ne le connais pas votre bon Dieu - Ayez au moins du courage, reprend l'aumônier - Ah ! Du courage, j'en ai". Et il s'avance en trébuchant, les yeux fixés sur le couteau. Arrivé au pied du sinistre appareil, il se tourne vers les assistants : "je veux parler, dit-il, laissez moi, laissez moi vous dire la vérité" mais déjà les aides du bourreau l'ont saisi et renversé sur la bascule. Deux secondes s'écoulent, deux secondes d'une poignante émotion, le couteau tombe, et la tête du forçat roule dans le panier. Le bourreau et ses aides prennent ce corps livide s'agitant encore dans une convulsion suprême, et prennent cette tête ensanglantée, et les déposent dans une bière qu'on referme aussitôt.
Nous rentrons à la caserne, frissonnants, en proie à la vive émotion causée par ce terrible spectacle.
Le soir le corps du décapité est jeté à la mer. Tout condamné qui meurt aux îles du salut n'à d'autres sépultures que le lit de l'océan ; c'est la noyade. Á cinq heures, à l'approche de la nuit, le cadavre est descendu au quai : un canot le prend et s'en va au large. Au signal donné par le surveillant qui tient le gouvernail la bière est ouverte, le mort tombe à l'eau, et devient la pâture des requins qui le guettent. Attirés par l'appât de cette nourriture qu'on leur jette, ces poissons voraces pullulent aux environs des îles du salut.
Le pénitencier des îles du salut est spécialement affecté aux grands coupables, aux récidivistes, aux incorrigibles. A l'île Royale vivent les forçats punis de double chaîne ou de réclusion, peines qu'ils se sont attirées soit pour de nouveaux méfaits ; soit tentative d'évasion, soit refus d'obéissance. La double chaîne, dont on accable l'homme puni de cette peine, pèse environ quatre kilos ; rivée à la cheville, elle remonte le long de la jambe, et entoure les reins, comme un carcan. Impossible au condamné de déposer un instant ce fardeau incommode : nuit et jour, pendant toute la durée de sa peine, au milieu des plus durs labeurs, comme au milieu de son sommeil, il lui faut porter cette entrave. La réclusion condamne le malheureux qui s'y trouve soumis, à passer deux ou plusieurs années dans une cellule étroite et ténébreuse. Mais ce régime ne peut guère recevoir une application rigoureuse. Aussi, pendant le jour, les condamnés à la réclusion sont sortis de leurs cachots, et travaillent à l'extérieur et à la nuit tombante, réintégrés dans leurs sombres prisons.
A l'île St Joseph sont détenus les forçats dangereux, les anarchistes : c'est là qu'au mois d'octobre de l'année 1894, eut lieu la fameuse révolte où deux surveillants militaires furent lâchement poignardés.
L'île du Diable est le séjour du traître Dreyfus.
Seul dans cet îlot, n'ayant d'autre compagnie que les six militaires préposés à sa garde, l'ex-capitaine dépérit sous le poids de la honte et du remord. Aucun espoir de s'échapper n'existe plus pour lui. Ah ! L'évasion, il l'a longtemps considérée comme son seul moyen de salut. Il savait que des coreligionnaires avaient embrassé sa cause avec frénésie, et il avait attendu, pour sa fuite, le puissant concours de ces bons partisans. Un moment il a cru à sa prochaine délivrance. Deux cabotiers viennent d'arriver à la Guyane. Achetés par une compagnie juive, ces deux bateaux ont sans doute la mission d'enlever le prisonnier au cours d'une de leurs escales. Heureusement les bruits d'évasion qu'une agence mal renseignée avait lancés dans l'opinion ont donné l'éveil. L'administration pénitentiaire a pris des mesures de précaution. Avant ces nouvelles, Dreyfus avait la liberté de se promener dans l'île entière ; aujourd'hui sa case est entourée d'un enclos qu'il ne peut franchir. Les deux caboteurs "la Guyane" et la "Ville de Cayenne" ont été suspectés et ont reçu la défense expresse d'aborder aux îles du Salut, d'autre part aucun navire, aucune goélette ne peuvent approcher sans être vus. Nuit et jour, sur les sommets de l'île royale, des guetteurs inspectent l'horizon avec de puissantes lunettes marines, et signalent l'approche de tout bâtiment. Mais en supposant qu'un bateau puisse tromper la vigilance ce ces guetteurs, et s'approcher assez près de l'île du Diable, pour mettre un canot à la mer, Que deviendra cette embarcation ? Elle ira infailliblement se briser contre les récifs sans nombre qui bordent l'îlot. Une passe étroite qui n'est guère connue que du surveillant, qui vient chaque jour avec son canot approvisionner Dreyfus et ses gardiens, est le seul chemin par où l'on puisse aborder sûrement.
Et à défaut de ces obstacles naturels, la force armée n'est-elle pas là pour s'opposer à toute tentative d'enlèvement ? Les six surveillants militaires chargés de la garde du traître sont des hommes choisis qui ne sauraient transgresser avec leur devoir.
S'ils sont impuissants à repousser l'attaque, ils peuvent, par des signaux d'alarme, faire appel à la garnison de l'île Royale, toujours prête à leur porter secours.
Aussi, dans ce misérable îlot, continuellement battu par une mer en furie, Dreyfus seul avec ses remords, se livre au plus violent désespoir. Ses cheveux et sa barbe grisonnent, sa taille se voûte, sa santé toujours chancelante laisse croire qu'il ne résistera longtemps à sa peine. C'est en vain que matériellement il ait tout à son souhait, c'est en vain que sa famille millionnaire lui envoie mille douceurs, Dreyfus ne peut se faire à son humiliante captivité, il revoie en rêve les beaux salons dorés, théâtre de ses anciens plaisirs, et le souvenir de cette existence somptueuse dont on l'a violemment arraché, le fait pleurer de rage et de désespoir.
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Pauvre existence que celle du soldat détaché aux îles du Salut ! Vous retracer ma vie pendant les six mois que j'y passais, c'est vous conter une longue suite de fatigues, d'ennuis, de misères, de privations et de tracasseries. Dans un pénitencier peuplé de criminels aussi dangereux, le service de garde a des rigueurs inévitables. Toutes les nuits, le plateau qui couronne l'île royale se couvre de sentinelles. Les gardiens montent la faction au camp, les soldats aux portes de la caserne. Enfin un caporal et trois soldats veillent au quai sur les embarcations qui y sont amarrées. Nuit bien pénible que nous passons là sans sommeil, sans abri, dans une vigilance de tout instant. Il faut nous voir, le matin, quand l'heure vient de quitter ce dur service, il faut nous voir les jambes chancelantes de fatigue, les yeux gonflés de sommeil, gravir avec peine le chemin de la caserne. Avec précipitation, on quitte fusil et équipement, et l'on s'étend sur sa couchette pour jouir d'un moment de repos, moment bien court, car, sans souci de nos fatigues, les chefs nous arrachent vite à ce sommeil si bien gagné pourtant. L'adjudant qui nous commande a des exigences irraisonnables. Ce serait de son devoir, devant les fatigues nécessitées par une garde trop fréquente, d'adoucir le tableau de service ; mais non, il l'exécute à la lettre, bien plus il le surcharge : manœuvres, corvées interminables, gymnastique sous un soleil de plomb, il ne nous fait grâce de rien. Et puis il ajoute à ces exigences, une sévérité excessive et tracassière qui nous interdit jusqu'au plus innocentes distractions. Un jour, entre autres, quelques camarades, bons farceurs, eurent l'idée d'organiser, pendant les loisirs que le service nous laissait, une mascarade fort divertissante ; mal leur en prit, car cette exhibition fut jugée par notre irascible adjudant un cas pendable, et attira à ses auteurs plusieurs jours de clou.
Que faire alors pour chasser l'ennui de nos soirées ? Les uns, s'attablent à la cantine et essaient de noyer leur mélancolie dans le vin et l'alcool, les autres plus philosophes, assis sur le haut des remparts, les jambes pendantes, se distraient au spectacle d'une mer écumante battant de ses flots furieux, les îles déchiquetées ; mais bientôt leur pensée s'égare, au-delà de l'océan qui s'agite à leurs pieds, ils entrevoient, comme dans un rêve, d'autres rives plus riantes, celles qu'ils ont quittées naguère, et qu'ils désirent si ardemment retrouver. Et alors le souvenir de la patrie revient doux et pressant, mais fait naître dans l'âme toutes les angoisses de l'heure présente.
Cette vie de fatigue et d'ennui nous est rendue plus pénible encore par les privations sans nombre qu'il nous faut subir. L'ordinaire laisse beaucoup à désirer : nos vivres arrivent irrégulièrement, la cantine manque de tout, même de tabac. Enfin l'eau, pourtant si précieuse, fait quelquefois complètement défaut. Dans ces îlots rocailleux, il n'existe ni source, ni puits : l'eau dont on se sert soit pour la toilette soit pour l'alimentation, est l'eau de pluie recueillie dans des réservoirs qu'une sécheresse persistante à bientôt fait de tarir.
Dans cette garnison où il nous faut être sur un qui-vive continuel, les alertes sont fréquentes et répétées. Bien des fois, au beau milieu de la nuit, le cri :"Aux armes" retentit dans nos chambrées endormies. Nous nous réveillons en sursaut, comme au milieu d'un cauchemar, nous prenons fusil et cartouches, et nous nous rassemblons dans la cour remplie de ténèbres. Qu'y a t il ? Telle est la question qu'on se pose les uns aux autres. On a, parait-il, lancé à l'île du diable deux fusées, signal d'alarme. Une embarcation tenterait-elle l'enlèvement de Dreyfus ? Impatients de faire le coup de force, nous attendons pendant longtemps l'ordre de marcher, nous perdant en mille conjonctures. Enfin voici des ordres : hélas, on nous annonce que notre concours est inutile. Il y a fausse alerte. Un bateau marchand, que la marée a entraîné trop près de l'îlot, est la seule cause de ces signaux d'alarme et de cette prise d'armes nocturne. Déconfits et penauds, nous rengainons, et reprenons notre somme si brusquement interrompu.
Quelquefois, les alertes ont lieu en plein jour. Et souvent pour le moindre incident, pour l'évasion d'un condamné qu'il nous faut retrouver. Une évasion à l'île Royale, il y a là de quoi surprendre si l'on songe au peu d'étendue de l'île et à l'impossibilité matérielle d'en sortir. Pourtant pareil fait arrive ; le condamné a soif de liberté, et pour échapper quelque temps à la surveillance de la chiourme, il s'en va du camp et se blottit dans quelque coin de l'île. Il préfère l'ombre et l'obscurité d'une caverne où il se sent libre à la lumière du bagne où il se sent captif.
Je raconte ici les détails d'une évasion fort bizarre. Un forçat s'échappe du camp, pendant une longue journée nous sommes à sa recherche fouillant les coins et les recoins de l'île, les grottes, les cavernes, les anfractuosités des rochers. Peine perdue, le fugitif est introuvable. Un jour, deux jours se passent, les poursuites continuent avec le même insuccès. Au camp on constate toujours la même absence. Un soir, j'étais, avec quelques camarades, tranquillement assis sur un banc dressé près de l'habitation des médecins-majors. On cause, on rit, on plaisante. Tout à coup on entend appeler. L'on se retourne, et l'on voit le médecin sur le seuil de sa porte qui tâche d'arrêter un condamné. On accourt à son aide, et le forçat se voyant pris nous dit avec un rare cynisme : "Je suis l'évadé qu'on recherche. Depuis trois jours je me tiens caché dans le grenier du docteur. Je m'y trouve fort à l'aise, et je ne manque de rien." Nous reconduisons au camp l'audacieux personnage qui expia, au fond d'un noir cachot, sa téméraire équipée.
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Nous sommes à Pâques. Pâques ! En France, c'est le congé, la permission, quelques jours passés loin de la caserne, parmi une famille heureuse et fière qui nous choie et nous fête. A la colonie, et surtout aux îles du Salut, il n'y a point de fêtes ; les jours se ressemblent tous, terriblement tristes. Cependant il faut l'avouer, le dimanche de Pâques, je passe une après-midi fort agréable. L'administration pénitentiaire a mis gracieusement un canot à la disposition des soldats curieux de visiter l'île St Joseph. Je suis du nombre des curieux. Nous nous entassons, vingt à trente, sur les bancs de l'embarcation, puis nous partons bercés par la vague au bruit rythmé des rames que meuvent six forçats vigoureux. Dix minutes de traversée, et nous débarquons à l'île St Joseph. Un surveillant militaire nous reçoit et se propose de nous servir de guide. Bon garçon, gai causeur, nous n'allons pas, je crois, nous ennuyer avec lui.
L'excursion commence aussitôt. Nous cheminons d'abord, le long du rivage, sur une route de sable, ombragée de cocotiers. Nous visitons la maison des invalides, sorte d'hôpital où vivent dans une demie liberté les condamnés vieux et impotents. Je demande à l'un d'eux : "Combien il y a-t-il de temps que vous êtes au bagne ? -- quarante cinq ans, Monsieur, me répond-il." Quarante cinq ans de bagne, d'exil, de misère, de travaux pénibles, quarante cinq ans d'un soleil de plomb, et d'un climat meurtrier, quel long supplice pour un homme !
Un peu plus loin nous trouvons le cimetière du personnel libre, avec son enclos de briques, ses allées de sable, ses modestes tombes. Point de somptueux mausolées ; un petit parterre fleuri, une croix de pierre blanche où se lisent des inscriptions à demi effacées, des couronnes funéraires, voilà ces tombes. J'y lis diverses épitaphes:
Ci-gît Crétellaz… Ci-gît Moka.
Surveillants militaires, morts victimes du devoir
Assassinés dans la révolte du 20 octobre 1894.
Ci-gît. xxx soldat d'infanterie de marine
Ci-gît. xx capitaine de vaisseau
Une prière s'échappe de mes lèvres pour ces héros du devoir, pour ces généreux Français dont les ossements reposent si loin de la patrie.
Nous sortons de ce champ de repos, et continuons notre promenade. Quel site pittoresque. La route serpente entre des falaises que l'océan émiette, et des rochers sauvages dressant sur nos têtes leurs blocs informes, étrangement superposés, qui rappellent les monuments de pierre de la Gaule celtique.
Nous arrivons au camp des condamnés. De chaque côté d'une large allée, une douzaine de baraques en pierre s'alignent symétriquement. De l'allée nous voyons par les portes grillées et fermées au verrou, les détenus allongés sur leur lit de camp. "Tenez, nous indique notre guide, voyez-vous la case n° 3, c'est là que commença la révolte de 1894, c'est sur le seuil qu'on trouva le cadavre de M. Moka. Voyez-vous ces baraques qui portent un réverbère à leur entrée, ce sont les cases à surveiller, les cases où sont gardés les plus dangereux anarchistes."
Un coteau domine le camp ; nous en gravissons la pente. Sur son sommet sablonneux et dénudé s'élèvent les premières assises de cellules en fer. Nous restons quelque temps sur ce plateau d'où la vue embrasse l'île entière dans tous ses détails ; mais bientôt incommodés par les rayons d'un soleil de feu, nous songeons à redescendre. "Venez chez moi, dit notre aimable guide, je vous offre le Pernod" ce n'est pas de refus ; pour mon compte, cette excursion m'a beaucoup altéré.
Alors, tout en dégustant l'apéritif nous causons. Témoin de la révolte des anarchistes, le surveillant nous raconte tout au long les détails de cette sanglante affaire.
C'était dans la nuit du 19 au 20 octobre 1894. A onze heures, les deux gardiens de service M.Moka et M.Crétellaz vont faire dans les prisons la ronde réglementaire. Ils s'avancent dans l'une des cases, insouciants, le révolver dans l'étui. Prompts comme l'éclair, plusieurs condamnés, ont bondi du lit de camp et terrassé les deux chefs. Moka, leste et vif, s'échappe un instant à leurs étreintes, et tire un coup de révolver. La détonation donne l'éveil, les surveillants accourent armés jusqu'aux dents. Ils voient les prisons ouvertes, et les détenus en liberté ; ils n'hésitent pas, ils font feu sur ces révoltés menaçants, qui se dispersent, au bruit des balles, sur tous les points de l'île. Cependant une femme de gardien s'est précipitée au sémaphore, et a fait à la garnison de l'île royale, les signaux d'alarme. Bientôt un canot arrive avec vingt soldats.
Dès ce moment commence, dans l'île entière, la chasse aux révoltés. Par une nuit fort obscure, les troupiers se déploient, fouillent tous les plis de terrain, toutes les retraites, arrêtent ou tuent les condamnés qu'ils découvrent dans le feuillage touffu d'un cocotier, un anarchiste fameux, Simon dit Biscuit, se tient blotti. Un soldat l'aperçoit et le somme de descendre. Point de réponse, le forçat se croit en sûreté. Alors notre troupier l'ajuste, le coup part et Simon dégringole mortellement atteint.
Avec le jour la révolte est entièrement réprimée : presque tous les condamnés sont réintégrés au camp et ceux qui restent dehors sont vite appréhendés. Sur un rang, les bras en croix, faisant face aux soldats qui les tiennent en joue, les révoltés passent l'inspection des gardiens, inspection minutieuse qui relève avec soin la moindre tache de sang qui souille les habits.
Quant aux cadavres des victimes, celui de Moka est étendu à l'entrée de la case d'où est partie la révolte, celui de Crétellaz est retrouvé loin du camp, dans un ravin, affreusement mutilé.
Un mois après, une dizaine de forçats reconnus comme les chefs et les instigateurs de la révolte, comparaissent devant le tribunal maritime de Cayenne et sont, à l'unanimité, condamnés à la peine de mort. L'un d'eux, nommé Gérier, vit encore ; devenu fou, il a échappé à la guillotine, mais il est étroitement gardé dans un asile d'aliénés.
Cinq mois se sont écoulés sur l'île du Salut. Notre sort ne s'est pas amélioré, tant s'en faut. Les maladies ont décimé nos rangs et réduit presque de moitié notre effectif. L'hôpital se remplit, et ceux d'entre nous qui restent debout assument les charges des absents.
Pourtant c'est la fin : nous entrevoyons le terme de notre captivité, et l'espoir du prochain relèvement nous rend des forces et nous aide à supporter allègrement les fatigues et les souffrances de la dernière heure. On compte les jours, on compte les tours de service. Ça diminue joliment! ! Déjà nous songeons aux préparatifs de départ.
Enfin le mois de juin s'achève. C'est le 4 juillet que le vaisseau de guerre va amener nos remplaçants. Au jour fixé, nous sommes prêts ; dès l'aube, nous avons évacué les chambres et formé, dans la cour, les faisceaux de sacs et de fusils. Et debout sur les remparts crénelés de l'enceinte militaire, nous guettons l'apparition du "Jouffroy" et nous montrons les uns aux autres sa blonde carène qui se balance là-bas sur les eaux agitées.
A midi, nous sommes entassés sur le pont du navire qui repart bientôt, laissant derrière lui les îles du Salut dont on voit disparaître peu à peu les coteaux désolés.
Me voilà de retour au chef-lieu ! Que de changements survenus pendant mon absence ! Que de figures nouvelles j'aperçois en entrant dans la caserne ! Parmi les soldats qui nous saluent, la plupart sont de jeunes recrues récemment arrivées de France, et dont la figure fraîche et rose contraste avec nos mines halées et amaigries. C'est que je commence à me faire vieux à la colonie ! Un mois encore et ce sera mon tour d'être rapatrié.
Ce dernier mois se passe assez vite, égayé par les fêtes du 14 juillet, et la perspective d'un prochain départ, Vive la classe!! ! Le capitaine de ma compagnie, brave homme, me propose de rengager, faisant luire devant mes yeux un rapide avancement, peut-être les épaulettes d'officier. Merci ! Je ne suis pas né pour la carrière des armes, l'uniforme de soldat me pèse, je n'aspire qu'au moment de le quitter, et de revoir la France.
Le 3 août est le jour du départ. Le courrier, "le Manoubia" est en rade depuis quatre jours. La veille, les rapatriables ont passé au magasin d'habillement, déposé fusil et équipement, et endossé la tenue bleue de France. A la cantine où un banquet a été organisé en notre honneur, nous festoyons joyeusement et levons nos verres à la patrie ; puis, à l'issue de ce festin, nous défilons dans les chambrées, drapeau tricolore en tête, serrant avec effusion les mains de nos jeunes compagnons d'armes.
Le soir, à cinq heures, nous sortons en ville, c'est la dernière promenade dans les allées de la place des Palmistes, la dernière visite aux guinguettes accoutumées, la dernière galanterie aux folles mulâtresses.
Le 3, quand le clairon de garde sonne la diane, je suis déjà debout : la nuit m'a semblé bien longue. Naturellement, je n'ai pas fermé l'œil : les douces visions et les délicieuses rêveries qui hantent mon esprit m'ont tenu constamment éveillé.
Appuyé à la fenêtre, je salue le "Manoubia" ancré en rade et dont la cheminée laisse sortir une noire colonne de fumée.
A neuf heures, nous sommes, tous les partants, alignés dans la cour du quartier. Le commandant passe sur notre front, adressant à chacun de nous un mot aimable, un adieu ému. Puis, franchissant la porte du quartier, au milieu de nos camarades, jaloux de notre sort, nous descendons au quai, où des canots nous prennent et nous transportent à bord du courrier.
12Etude succincte et rapide de la Guyane françaisep. 40–47

Etude succincte et rapide de la Guyane française
- Son histoire - Sa configuration physique - Ses habitants - Ses productions -
La Guyane, entrevue à la fin du 15ème siècle par Vincent Pinzon fut découverte au commencement du 16ème par un explorateur portugais. Des légendes qui s'étaient accréditées en Europe et qui faisait de ce pays un eldorado, un pays de l'or, tentèrent bien des imaginations en quête de chimères.
Plusieurs Français vinrent, dès le début chercher fortune, sur cette terre promise ; mais, hélas ! Au lieu de l'eldorado de leurs rêves, ils trouvèrent un pays sauvage, inculte, habité par quelques rares tribus d'indiens. Méprisant l'agriculture qui aurait pu les sauver de la misère, et n'ayant d'ailleurs aucun instrument de labourage, ces premiers colons furent réduits, pour vivre, à piller les Peaux Rouges. Ceux-ci se soulevèrent et massacrèrent jusqu'au dernier ces voisins sans scrupule.
Sous le règne de Henri IV, une troupe composée de seigneurs ruinés et commandée par un certain "la Ravaldière", débarqua à la Guyane.
Elle périt de misère ou sous les flèches des indiens.
Un peu plus tard, une autre expédition a lieu. Des marchands de Rouen envoient à la Guyane des colons commandés par des sergents d'armes. On ignore ce qu'il advint de ces nouveaux colons.
En l'année 1635, les Anglais font une première apparition ; mais ils n'essaient même pas d'entreprendre la conquête d'une colonie aussi pauvre ; ils s'en retournent, se réservant d'intervenir plus tard quand la Guyane serait enrichie par des mains étrangères.
En 1643, une compagnie rouennaise, ramassis de vagabonds et de truands, aborde, sous le commandement de Poncet de Brétigny, dans l'île où s'élève actuellement la ville de Cayenne. Cette expédition est fort bien accueillie par les indigènes. Un chef indien nommé Cépérou lui cède le fort qui a conservé le nom de Cépérou. Les français s'établissent paisiblement au pied de cette forteresse. Mais de Brétigny se conduit en tyranneau : il maltraite les indiens, ses alliés ; sa dureté envers les siens fait naître une émeute où il trouve la mort. Sous son successeur, les violences contre les indigènes continuent. Ceux-ci prennent les armes et exterminent leurs persécuteurs.
Sous le règne de Louis XIV, grâce à Colbert, la colonie nous est acquise. Colbert fonde la compagnie des Indes occidentales, et envoie à la Guyane 1000 colons qui construisent la ville de Cayenne. Des corsaires anglais viennent l'attaquer et l'incendier ; mais l'amiral d'Estrées les repousse.
De cette époque date l'entrée des Jésuites à la colonie. Envoyés de France comme missionnaires et explorateurs, ces religieux s'acquittent fort bien de cette double tâche. Ils adoucissent les mœurs des Gallibis, et, en dépit des obstacles que leur oppose une nature indomptée, pénètrent fort avant à l'intérieur du pays.
A la fin du règne de Louis XIV, le traité d'Utrecht donne à la Guyane ses limites actuelles. Cependant sa frontière méridionale n'a jamais bien nettement été établie : de là l'existence de ce territoire contesté dont nous voyons la France et le Brésil se disputer aujourd'hui la possession.
Sous le règne de Louis XV, il faut noter la fameuse expédition de Kourou. Le duc de Choiseul, ministre du roi, se fait donner la souveraineté du territoire compris entre Mana et Kourou. Pour peupler cet immense fief, il fait appel à une foule de familles qu'il éblouit par les plus séduisantes promesses. Débarqués à Kourou, ces français trop confiants y trouvent la plus cruelle désillusion. Un pays sauvage, malsain, voilà donc l'Eden qu'on leur promettait. La misère, la famine, et bientôt le typhus déciment ces infortunés colons ; la plupart essaient d'échapper au terrible fléau en se réfugiant, croyant y trouver le salut, dans le groupe d'îles situées en face de Kourou et nommées depuis Îles du Salut.
La traite des Nègres fournit au gouvernement français un facile moyen de colonisation. La Guyane, comme la plupart de nos possessions tropicales, fut peuplée par des Noirs, esclaves, achetés sur les côtes de l'Afrique. Mais en 1793, la convention, en proclamant les droits de l'homme, décréta l'abolition de l'esclavage dans nos colonies. Cette mesure, il est vrai, ne reçut une exécution définitive qu'en 1848. Si l'on doit vanter l'humanité de ce décret, il ne faut pas toutefois se dissimuler qu'il porta un rude coup au développement de nos colonies. Esclaves, les Noirs étaient de bons travailleurs ; libres, ils abusent de leur nouvelle liberté, ne veulent plus se plier à l'autorité d'un blanc, et reprennent leurs habitudes de paresse.
Pour remplacer ces Nègres dont on ne pouvait plus tirer parti, on s'est adressé aux pays orientaux, et on a engagé comme colons, l'Hindou et le Coolie, peuples essentiellement actifs.
A la mort de Robespierre, la convention déporta à Cayenne plusieurs députés jacobins, entre autres : Collet d'Herbois, Billaud, Varennes, Barrère et Vadier.
Sous le 1er Empire la Guyane appartient à la Hollande ; le traité de 1815 nous la rend. Depuis elle n'a pas cessé de nous appartenir.
Cependant cette colonie qui promettait d'être prospère, a été arrêtée dans son développement par l'établissement de pénitenciers sur son sol, et aussi par la découverte de quelques mines d'or.
En l'année 1854, la Métropole dirige à la Guyane une partie des malfaiteurs détenus jusqu'alors dans les bagnes de Brest, Rochefort et Toulon. Un premier pénitencier s'établit à Saint Georges sur les rives de l'Oyapock ; mais l'insalubrité des lieux en nécessite l'évacuation. D'autres s'élèvent à Cayenne, à Kourou, à St Laurent du Maroni, aux îles du Salut, et renfermés dans ces différents bagnes, les forçats se comptent actuellement par milliers.
Mais ce forçat, dont la Métropole se débarrasse, s'il n'est pas condamné à perpétuité, redevient libre, à l'expiration de sa peine. Le retour en France lui étant interdit, il est obligé de se fixer à la colonie. De cette façon, la Guyane se peuple d'anciens condamnés, triste population qui ne travaille guère à la prospérité de la colonie, population, dangereuse qui éloigne le colon libre peu soucieux de vivre dans un tel milieu.
La découverte de l'or a nui également au développement de la Guyane. Cette opinion peut paraître paradoxale. Les mines d'or ne sont-elles pas une richesse pour un pays ? Pourtant, à tout considérer, la richesse de la Guyane est bien moins dans ses quelques placers, peu importants, que dans son sol qu'on devrait cultiver et qu'on laisse dans une regrettable stérilité. La découverte des mines d'or a eu précisément pour conséquence d'enlever à l'agriculture les quelques bras qui s'y livraient. En effet, quand les colons de la Guyane ont su que la terre qu'il remuaient avec tant d'efforts, renfermait des trésors, bien vite ils ont laissé de côté leurs plantations et leurs cultures et se sont précipités fiévreusement à la recherche des précieux filons.
Ce fut un Brésilien du nom de Paulino qui découvrit à la Guyane, le premier placer. C'était sur les bords de la rivière l'Approuague. La nouvelle de cette importante découverte fut vite ébruitée, et attira sur les lieux une foule de gens. Enfin on l'avait trouvé cet Eldorado, ce pays des rêves et des chimères. Dès lors la fièvre s'empara de la population guyanaise. Ce fut, pour trouver de nouveaux gisements, des courses folles acharnées : on remonta les fleuves et les rivières, on fouilla leurs bords. Plusieurs des hardis aventuriers lancés à la recherche de l'or, furent assez heureux pour trouver dans le haut bassin du Maroni, de nouveaux placers. Enfin, il y a quelques années, on a découvert, sur le territoire contesté, les mines de Carsevène, de Mapa, de Counani.
L'exploitation de ces placers attire aujourd'hui une foule d'aventuriers de toute race, de toute nationalité. Tous les mois, l'annexe qui fait le service entre Fort de France et Cayenne, amène de nos colonies antillaises une multitude de chercheurs d'or.
Après cette rapide étude historique de la Guyane,
Étudions sa configuration physique,
Son orographie, son climat, sa faune, ses productions
La Guyane française est un vaste territoire qui comprend environ 500 kilomètres de côtes.
Ses limites sont :
Au nord et à l'est, l'océan
Au sud, le fleuve Oyapock
A l'ouest, le Maroni.
Elle est arrosée par un grand nombre de cours d'eau dont les principaux sont ; le Maroni et l'Oyapock.
Le Maroni est un vaste fleuve qui prend sa source dans un pays inexploré. Jusqu'à 40 kilomètres de son embouchure, il présente une largeur moyenne de 1000 à 1200 mètres et peut porter des navires de gros tonnage.
Sur ses rives sont bâtis les pénitenciers de St Laurent, de St Louis et de St Jean.
En plusieurs endroits de son cours, il se divise en plusieurs branches et forme de petites îles : les îles Arouba à son embouchure, l'île St Louis, l'île Bar.
Plus haut, on trouve le premier saut du fleuve, le saut Mermina. Ces sauts, espèces de cascades sont fréquents dans le bassin supérieur du Maroni, et rendent la navigation fort difficile et fort périlleuse. Il n'y a guère que les Indiens et les Nègres marrons qui osent affronter la violence d'un saut, et il faut tout leur sang froid et toute leur habileté dans l'art du canotage pour s'en tirer avec succès.
L'Oyapock est formé par la réunion de nombreux cours d'eau qui descendent des monts Tumuc-Humac. L'estuaire de ce fleuve est compris entre le cap Orange et la Montagne d'argent qui doit son nom soit aux gisements argentifères qu'elle renferme, soit, ce qui est plus probable, à la présence du bois canon dont le feuillage possède les reflets de l'argent.
A l'embouchure de l'Oyapock, on remarque un groupe d'îles : l'île Bichat, l'île Perroquet, et l'île Humina. En remontant le fleuve, on trouve les restes de l'ancien pénitencier de St Georges.
L'Oyapock reçoit plusieurs affluents, entre autres, le Camopi. C'est au confluent de ces deux cours d'eau qu'on fixait l'eldorado, ce pays tant vanté, dont les prétendues richesses tentèrent si souvent les imaginations Européennes. C'est là, s'il faut en croire la légende, qu'un prince indien de la famille des Incas, avait fondé un royaume et habitait un palais construit en or, en marbre et en porphyre.
Les autres cours d'eau qui sillonnent la Guyane sont : l'Approuague, le Mahuri, la Cayenne, le Kourou, le Sinnamary et le Mana, rivières coulant toutes parallèlement et reliées entre elles par des criques.
Très peu d'explorateurs se sont aventurés assez loin pour bien étudier le système orographique de la colonie. On sait pourtant que la sierra Parime, chaîne de montagnes qui se détache de la Cordillère des Andes, jette des contreforts au sud de la Guyane et forme les monts Tumuc-humac. Le reste du pays est généralement plat. Le littoral est bordé par des savanes noyées ou sèches, la plupart du temps recouvertes d'une brousse épaisse, quelquefois fertiles et cultivées. Au-delà de la savane, la forêt vierge commence et se continue fort loin en des profondeurs inexplorées.
La Guyane française située à quelques degrés au nord de l'équateur, est soumise à un climat torride. La chaleur s'y fait sentir en toutes saisons. Sous cette latitude tropicale, c'est un été continuel, un ciel presque toujours sans nuage, sauf pendant la saison des pluies qui dure du mois de novembre au mois de mai, où de véritables trombes d'eau inondent le pays.
Le jour est de tout temps égal à la nuit : il commence et il finit sans aurore ni crépuscule.
Le climat de la Guyane est réputé comme excessivement malsain et dangereux ; on a même prétendu que l'Européen n'y pourrait vivre longtemps. C'est là, à vrai dire une opinion un peu faussée, de l'insalubrité d'un pays, conclure à l'impossibilité de s'y acclimater, c'est aller un peu loin. Sans doute il est des saisons, il est des années où la mortalité prend d'effrayantes proportions. Ainsi, à l'époque des grandes chaleurs, quand le soleil dessèche de ses rayons brûlants les savanes marécageuses, il se dégage évidemment des miasmes pestilentiels qui vicient l'atmosphère et engendrent la fièvre malarienne. Quelquefois aussi, à des intervalles heureusement rares, la fièvre jaune et le typhus font leur apparition, et déciment la colonie, comme en l'année 1887. Mais en temps ordinaire, un homme qui suit rigoureusement les règles de l'hygiène, qui évite avec soin toute sorte d'excès, peut se faire à ce climat qu'on dit si meurtrier, il aura bien sans doute à souffrir de quelques petites fièvres malignes, de la dysenterie ; mais ce sont là des inconvénients inhérents à tout climat tropical.
La population de la Guyane varie de 50000 à 60000 habitants, disséminés dans quelques centres dont Cayenne est le principal.
Cayenne est une ville de 10000 âmes. Son port établi dans un bras de mer est un excellent refuge : il est regrettable que le peu de profondeur de ses eaux ne permette pas à tous les navires d'y mouiller.
De la rade, la ville est invisible ; le fort Cépérou la masque complètement. Vous n'apercevez que les magasins de la direction du port, et la caserne d'infanterie de marine, dont les flots baignent les assises. Au sortir de la caserne, vous suivez une rue bordée de manguiers : à votre gauche s'élève le palais du gouverneur, édifice fort ancien. En face, s'étend la place du gouvernement que décore une vasque artistement sculptée. Plus loin c'est la place des Palmistes, vaste esplanade coupée en tous sens par de larges et symétriques allées plantées de palmiers aux troncs élancés qui étalent, sur le fond bleu du ciel, leur joli panache de feuilles. Cette place est le rendez-vous cher aux Cayennais, le théâtre de leurs fêtes et de leurs réjouissances. En quittant cette jolie promenade, nous entrons en ville. A l'exception des habitations occupées par l'Européen, qui sont fort élégantes et fort confortables, les constructions de la ville ne sont que de misérables cabanes en planche, ne dépassant pas la hauteur d'un étage. Les rues se coupent toutes à angle droit ; quelques unes sont larges et bien entretenues, mais la plupart sont d'étroits passages où l'herbe croît librement, où croupissent les détritus de toute sorte. A voir cet état des choses, on a peine à comprendre l'incurie de la municipalité qui pourrait pourtant disposer pour ses travaux de voierie, de nombreux condamnés.
La population de la Guyane est un mélange hétérogène de toutes les races. On y voit : L'Indien ou Peau-rouge, le Nègre, le Chinois, l'Européen.
L'Indien est l'habitant primitif de la colonie. Malgré le voisinage de l'Européen, il se montre jusqu'ici rebelle à toute civilisation, et garde ses mœurs anciennes, à demi sauvage, il évite les centres populeux, habite de préférence la solitude des bois. On le rencontre surtout sur les rives du Maroni. Là retiré dans de misérables huttes en bambou ouvertes à tous les vents, il vit du produit de sa chasse et de sa pêche, et de la fabrication d'une poterie grossière. L'Indien doit son nom de peau-rouge à la couleur de sa peau, couleur qui n'est point naturelle comme on peut le croire. Pour l'obtenir, il se frotte le corps avec le roucou, tessiture qu'il retire de la graine d'un arbuste tropical. Le roucou est une richesse pour le peau-rouge qui se met rarement en voyage sans en emporter une provision dans une calebasse suspendue à son cou. Une des tribus indiennes, les Roucouyennes, doit son nom à l'emploi immodéré qu'elle fait de cette précieuse tessiture.
Les Peaux-rouges comptent trois tribus principales : les Galibis, les Roucouyennes, et les Longues Oreilles. Cette dernière tribu n'a, paraît-il, aucune civilisation. Vivant dans les forêts du Haut Maroni, elle est fort peu connue, les explorateurs n'osant pas s'aventurer parmi elle.
Les Galibis au contraire sont très hospitaliers. Plusieurs missionnaires ont été accueillis et traités chez eux avec générosité. M. Henri Coudreau, et Mr le docteur Crevaux ont été quelques temps leurs hôtes.
Les Noirs constituent la population prédominante. Arrachés par la traite aux côtes de l'Afrique et transportés sur le sol de la Guyane, les Nègres ont été à l'origine des colons esclaves, soumis à l'autorité d'un blanc. On sait comment la révolution leur a rendu la liberté ; on sait aussi comment la découverte de l'or les a arrachés à l'agriculture. Plusieurs ont trouvé dans l'exploitation des placers une source de richesses, et aujourd'hui, l'on voit les descendants d'esclaves mener une existence opulente au sein d'un luxe Européen. D'autres que la fortune n'a pas si bien gâtés, au lieu de demander à la terre une aisance qu'ils n'ont point, préfèrent la misère au moindre labeur.
Depuis longtemps la race noire a perdu son caractère naturel ; en dépit des disproportions, elle s'est alliée à la race blanche et de leur union sont issus le Mulâtre et le Métis.
Dans le bassin du Maroni, on rencontre la race à l'état naturel. Ces Nègres marrons ou fugitifs possèdent une civilisation peu avancée. Ils vivent en tribus, comme les Indiens : la tribu des Boschs, et la tribu des Bonis.
Les Boschs sont de beaux hommes, à la forte carrure, aux membres bien forts, à l'allure fière et imposante. Comme les Peaux-rouges, ils n'ont d'autre vêtement que le calimbé, morceau de toile dont ils se ceignent les reins ; les femmes y joignent un manteau aux couleurs flamboyantes. Presque tous portent sur le front de larges tatouages, et au poignet des bracelets en cuivre.
Ces Naturels passent leur vie sur les eaux du fleuve. Rompus à toute épreuve dans l'art du canotage, montés sur de fragiles pirogues, ils abordent sans trembler les sauts les plus impétueux du Maroni.
La tribu des Bonis m'est inconnue ; elle vit à une telle distance de St Laurent que je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir quelques types. On m'a raconté que le chef de cette tribu, le nommé Apathou a vécu à Paris, qu'il est très dévoué pour nos missions françaises. C'est sans doute pour récompenser son zèle qu'un général inspecteur, le Général Borgnis Desbordes lui fit cadeau d'un superbe costume.
Le Chinois, ce peuple essentiellement cosmopolite, qui s'établit partout où son commerce peut prospérer, n'a pas oublié un pays dont la richesse pouvait servir à souhait son humeur mercantile. Aussi, on le trouve à la Guyane, à la tête d'importantes maisons de commerce. Quelquefois, retiré dans de modestes carbets, il s'enrichit du produit d'une pêche active.
Enfin l'Européen occupe une large place dans la population guyanaise. Quand la découverte des gisements aurifères fut ébruitée, il se trouva, dans tous les pays d'Europe, des aventuriers désireux de satisfaire leur appétit de richesses qui vinrent habiter la Guyane.
L'établissement des pénitenciers a introduit l'élément pénal. Les forçats sortis du bagne sont obligés, à l'expiration de leur peine, de s'établir à la colonie. Et puis l'administration pénitentiaire nécessite, pour son fonctionnement, un grand nombre d'employés presque tous Français.
13Crédits du livretp. 48
Texte manuscrit original de Hyacinthe Gaudin,
Saisie informatique par Bernadette Boulé en 2007.
Dépôt légal : décembre 2007
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Manuscrit · Hyacinthe Gaudin
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Recherches familiales · Bernadette Boulé
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Bernadette Boulé a réuni des renseignements sur les navires, les lieux et le vocabulaire du récit, l’affaire Dreyfus et l’histoire du bagne.
Ces notices reflètent les sources consultées par Bernadette à l’époque de ses recherches. Les précisions historiques apportées depuis figurent dans la section Repères et vérifications. Le livret illustré, avec ses cartes et photographies, est consultable ci-dessous.
01Troupes de marine, Bazeilles et hymneRecherche familiale
« Les Mémoires d’un Marsouin »
Résultats de quelques recherches
Effectuées en 2007 Concernant les faits, les lieux ou les personnes mentionnés dans le texte
Glossaire
Troupes De Marine
Un Marsouin
Le premier Régiment d’infanterie de marine est un régiment français héritier de l’Héritier des "compagnie franches de la mer" créées en 1622 par Richelieu, le 1er RIM a été créé par décret royal en 1822 au sein de la marine.
Sa devise : ils ne savent où le destin les mène, seule la mort les arrête
1870 : la France est en guerre. Son territoire est envahi.
Pour prendre part à la lutte, marsouins et bigors sont, pour la première fois de leur histoire, groupés dans une même division :
La division de marine qui sera surnommée la Division Bleue. Commandée par le général de Vassoigne, elle est composée de 2 brigades :
La première, sous le commandement du Général Reboul, est formée du 1er Régiment d'Infanterie de Marine de Cherbourg et du 4ème Régiment de Toulon.
La deuxième, sous le commandement du Général Martin des Pallières, comprend le 2ème Régiment d'Infanterie de Marine de Brest et le 3ème Régiment de Rochefort.
Le 1er Régiment d'Artillerie de Marine de Lorient fournit 3 batteries.
La Division bleue fait partie du 11ème Corps d'Armée affecté à l'armée de Mac Mahon.
Bazeilles (page3)
Est devenu le symbole des troupes de marine.
L’anniversaire de Bazeilles est commémoré chaque année dans tous les corps de troupe de France et d’Outre-mer et sur les lieux mêmes de la bataille.
L’Hymne de l’Infanterie de Marine
I Dans la bataille ou la tempête, Au refrain de mâles chansons, Notre âme au danger toujours prête Brave la foudre et les canons. Hommes de fer que rien ne lasse, Nous regardons la mort en face. Dans l’orage qui gronde ou le rude combat. En avant ! Pour faire un soldat de Marine Il faut avoir dans la poitrine Le coeur d’un matelot et celui d’un soldat (bis).
II
Souvent, sous la zone torride, La dent du tigre ou du lion, La fièvre ou la balle homicide Vient décimer nos bataillons. Alors, vers la Mère Patrie, On voit, crispé par l’agonie, Dans un suprême effort, notre front se tourner. En avant ! Et notre regret unanime, Chère France, ô Pays sublime ! C’est de n’avoir pour toi qu’une vie à donner (bis).
III En Crimée, à chaque bataille, Nous aussi, nous avons pris part, De Malakoff, sous la mitraille, Nous escaladions les remparts. A l’aspect de notre uniforme Que le fer ou le feu déforme L’ennemi, pâlissant, bien des fois recula. En avant ! Et sur notre front qui rayonne, On peut voir la triple couronne Des lauriers de Podor, d’Inkermann et d’Alma (bis).
IV Sois fier, soldat de la Marine, La Victoire aime tes clairons, Et ton front bruni qu’illumine L’éclat des grandes actions. Du Bosphore à la Martinique, Du Sénégal au Pacifique On voit, de ton drapeau, resplendir les couleurs. En avant ! La gloire t’a pris sous son aile, Car, à l’honneur toujours fidèle, Tu meurs en combattant, ou tu reviens vainqueur (bis).
V Quand la Prusse inondant la France, Sur nous déchaînait ses fureurs, À ses balles, comme à ses lances Nous avons opposé nos coeurs. Et quand rugissait la bataille Nos fronts, meurtris par la mitraille, Sanglants, mais indomptés, défiaient les vainqueurs. En avant ! A Bazeilles, La Cluze et Neuville, En combattant cent contre mille Le succès nous trahit, mais nous gardions l’honneur (bis)
VI Sans cesse prêts à tout combattre, Vaillants soldats de nos grands ports, Non rien ne saurait nous abattre ; Vous qui ne comptez point vos morts ! Grâce à vos brillantes attaques, Vous réduisez Chinois, Canaques, A vous Madagascar, l’Annam et le Tonkin. En avant ! Aussi, le Ciel, sous sa coupole, Inscrit encore en auréole Son-Tay et Nouméa, Tamatave et Pékin (bis).
VII Un jour viendra, chère espérance, Où l’ardent appel des clairons, Fera surgir, pour notre France, Des vengeurs... et nous en serons. Alors pour nous, oh ! Quelles fêtes ! Nous donnerons des sueurs cadettes Aux victoires d’Iéna, d’Auerstaedt, de Stettin. En avant ! Oui nous aimons les saintes guerres ; Car le sang des héros, nos Pères, Dans nos veines en feu, ne coule pas en vain (bis).
02Les navires de la traverséeRecherche familiale
Paquebot VERSAILLES (page 6)
Compagnie Générale Transatlantique, 1889 - 1914
Le paquebot Versailles après sa refonte de 1895.
Fiche technique
Versailles (paquebot ) 1889 - 1914 matériau de la coque : ............acier anciens noms du navire : ..........hammonia type de navire : ..................paquebot acier type du propulseur : ..............1 hélice année de construction du navire : .1882 nom du chantier de construction : .J. & G. Thomson lieu de construction : ............Glasgow Année d'entrée en flotte : ........1889 Longueur (en mètres) : ............113,70 Largeur (en mètres) : .............13,84 Jauge brute (en tonneaux) : .......4293 Port en lourd (en tonnes) : .......2550 Type de moteur : ..................Compound 2 cylindres Puissance du moteur (en chevaux) : 4200 Vitesse en service (en noeuds) : ..15
Histoire
Ex-HAMMONIA construit pour le compte de la HAPAG. Mis en service en février 1883 sur la ligne Hambourg-New York. Acheté par la Transat en décembre 1899. Rebaptisé VERSAILLES. Le mât central est supprimé. Placé sur la ligne du Mexique en janvier 1900. De 1891 à 1893, est affecté à la ligne Marseille-Colon. En 1893, est transféré à la ligne Saint-Nazaire-Colon. En 1895, subit une importante refonte comprenant l’installation d’une machine à triple expansion et de nouvelles chaudières. Ses cheminées sont rehaussées.
Paquebot SAINT-DOMINGUE (page14)
Compagnie Générale Transatlantique, 1879 - 1916
Fiche technique
Saint-Domingue (paquebot ) 1879 - 1916 materiau de la coque : ............fer anciens noms du navire : .......... type de navire : ..................paquebot fer type du propulseur : ..............1 hélice année de construction du navire : .1879 nom du chantier de construction : .Forges & Chantiers de la Méditerranée lieu de construction : ............Graville Année d'entrée en flotte : ........1879 Longueur (en mètres) : ............70,00 Largeur (en mètres) : .............9,02 Jauge brute (en tonneaux) : .......818 Port en lourd (en tonnes) : .......550 Type de moteur : ..................à pilon, 2 cylindres Puissance du moteur (en chevaux) : 700 Vitesse en service (en noeuds) : ..10,5
Histoire
Deuxième d’une série de 4 navires. Sister-ships : SALVADOR (1879), MANOUBIA (1880), VILLE DE TANGER (1880). Mis en service en 1880 comme stationnaire aux Antilles. En 1887, est affecté aux lignes d’Afrique du Nord, au départ de Marseille. En 1898, reçoit de nouvelles chaudières. En octobre 1916, est vendu à l’armement Faustin et Compagnie et rebaptisé GEORGES FAUSTIN. Est revendu à un armateur espagnol en 1922 et rebaptisé CALAFIGUERA. Démoli à Brest en 1923 (?).
http://www.frenchlines.com
Cargo MANOUBIA (page39)
Compagnie Générale Transatlantique, 1880 - 1899
Le cargo Manoubia
Histoire
Troisième d’une série de 4 navires. Sister-ships :
SAINT DOMINGUE (1879), SALVADOR (1880), VILLE DE TANGER (1880).
Mis en service en 1881 sur les lignes d’Afrique du Nord, au départ de Marseille. En 1891, reçoit de nouvelles chaudières. Ensuite, est employé principalement comme cargo. En 1895, est de nouveau transformé en paquebot et placé comme stationnaire aux Antilles. Perdu par échouage à Port au Prince, Haïti, le 6 juillet 1899.
03Vocabulaire militaire et pénitentiaireRecherche familiale
GLOSSAIRE
La Diane (page 19)
Diane (du latin dies, jour). Dans le langage militaire ancien, la diane désignait la batterie de tambour ou la sonnerie de clairon qui annonçait le réveil.
L'aviso (page21)
L'aviso est à l'origine un navire de guerre, de faible tonnage et rapide, qui servait de liaison pour le commandement ou à assurer les communications entre les divers bâtiments et la terre.
L'aviso colonial est une dénomination française de navire de guerre utilisé entre autre jusqu'a la Seconde Guerre mondiale.
L'Annam (page 23)
Annam (安南), de An (la paix) et Nam ou Nan (le sud) en chinois classique et moderne.
Nom de pays, signifiant littéralement « le Sud pacifié ».
Ce nom fut donné par la dynastie chinoise des Tang (618 - 907) à un pays qu'elle colonisait et qui est devenu le Vietnam actuel.
Decauville (page24)
La société Decauville, créée dans les années 1870 a été un constructeur de matériel ferroviaire et de manutention, de cycles et d'automobiles.
Paul Decauville (1846-1922), initialement agriculteur spécialisé dans la production de betteraves, inventa un type de voie de chemin de fer de faible écartement (40 à 60 centimètres) qui prit le nom de « Decauville ».
La voie est formée d'éléments entièrement métalliques qui peuvent se démonter et transporter facilement. Cette invention a trouvé des applications dans de nombreux domaines : exploitations minières et industrielles, desserte des ouvrages militaires…
Les wagonnets étaient d'abord poussés à la main ou tractés par des chevaux.
Par la suite, des voitures de formes diverses et des petites locomotives firent du Decauville un véritable système de chemin de fer.
L'apparition des voies étroites Decauville, mais également d'autres fabricants, constituèrent une évolution majeure en permettant de déplacer de lourdes charges aisément à une époque où la brouette et le tombereau dominaient.
Transportation (page 21)
La transportation n’est pas une peine du Code pénal, c’est un mode d’exécution de la peine des travaux forcés.
À partir de 1854, tous les condamnés aux travaux forcés, à l’exception des femmes et des hommes de plus de 60 ans, doivent être "transportés" dans une colonie pénitentiaire autre que l’Algérie.
Les termes de transportation et de transportés sont alors exclusivement réservés aux condamnés de droit commun, criminels jugés en cours d’assises ou en conseils de guerre qui subissent une peine de travaux forcés.
Relégation (page25)
La relégation est donc une peine prononcée par des tribunaux. C’est une peine accessoire qui s’ajoute quand la récidive de condamnations est constatée selon un barème complexe qui varie en fonction de la gravité des peines prononcées. En matière criminelle, il suffit d’une seule récidive pour la peine des travaux forcés ou de la réclusion par exemple. Mais quand il s’agit de peines infligées en correctionnelle pour des délits de vagabondage par exemple, il faut jusqu’à sept récidives avant que la relégation soit prononcée.
Les relégués ont été envoyés en Guyane et en Nouvelle-Calédonie de 1887 à 1897 puis en Guyane seule à partir de 1897.
Pour les femmes, la relégation sera supprimée en France à partir de 1907.
Fusil Lebel (page29)
Le Lebel modèle 1886 est un fusil de l'armée française adopté en 1887 et qui a été largement utilisé jusqu'aux lendemains de la Première Guerre mondiale et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Il fut baptisé du nom d'un des membres de la commission qui a présidé à sa création : le colonel Nicolas Lebel.
De calibre 8 mm, le fusil Lebel peut contenir dix cartouches, dont huit qui se logent dans le fût situé sous le canon, plus une dans le transporteur et une dans la chambre.
Sur le plan historique, le fusil Lebel a été le premier armement d'infanterie au monde à remplacer la poudre noire par la poudre sans fumée à base de nitrocellulose (Poudre B).
Le fusil Lebel Mle 1886 M93 q
Le Mousqueton Mle 1887 M93 R35 Cette version raccourci du Lebel
04Cayenne : histoire et légendeRecherche familiale
Un peu d’histoire et de géographie
Cayenne (page 18)
Fondé en 1863. Symbole du bagne pour beaucoup.
Il était à l'origine constitué de trois baraquements nommés :
" Europe ", " Afrique " et " Asie ".
Les occupants sont destinés aux travaux des services publics, (assainissement des marais, travaux du port) ou de particuliers.
Cet établissement de quatre dortoirs comprenait 19 prisons, 77 cellules, une infirmerie, les cuisines et les habitations du personnel.
La légende de Cayenne
Aux origines de la Guyane le peuple amérindien Galibi occupait un vaste territoire, le long des côtes de la Guyane.
Son roi Cépérou avait une très grande influence et son pouvoir s’étendait de l’embouchure de l’Orénoque au delta de l’Amazone.
De l’autre côté du grand fleuve vivait un autre souverain prénommé Brésil.
Ce roi avait une fille très belle nommée Belém alors que le roi Cépérou avait un fils, très beau et d’une très grande bravoure. Il portait le nom de Cayenne.
La légende raconte que les deux jeunes gens tombèrent éperdument amoureux. Mais le roi Brésil, soucieux de trouver à sa fille le meilleur parti qui soit, entreprit d’organiser une grande fête réunissant tous les prétendants de la princesse.
Y seraient organisées différentes épreuves dont le vainqueur se verrait offrir la main de Belém.
Le prince Cayenne désireux de mettre tous les atouts de son côté, alla consulter le piaye de sa tribu.
Ce dernier, conscient du grand attachement qui liait les deux jeunes gens, promit de consulter le grand esprit pour le guider au mieux.
Favorable au projet de mariage le grand esprit révéla toutes les épreuves.
Le prince Cayenne, muni de ces inestimables secrets, suivit à la lettre tous les conseils du piaye et remporta la victoire.
Il quitta donc l’île de Marajo, territoire du roi Brésil, avec sa jeune épouse. Le roi, voyant sa fille partir à jamais, nomma son village du nom de la princesse Belém.
De son côté, le roi Cépérou voulant à son tour faire un geste, décida de donner à son village le nom de son fils. Cayenne était née.
La Ville de Cayenne actuelle
05Les Îles du Salut et le MaroniRecherche familiale
Iles du Salut (page31)
En 1763 elles servent de refuge au survivants d'une tentative de colonisation de Kourou, Elles sont alors désignées sous le nom d'îles du Salut.
Ile du Diable (page32)
Gros rocher, qui après avoir servi de léproserie a été réservée aux détenus politiques.
Elle est devenue célèbre pour avoir hébergé le capitaine Dreyfus d'avril 1895 à juin 1899 ainsi que l'enseigne de vaisseau Ullmo en 1908.
Ile St Joseph (pages 32 - 36)
Appelée aussi île du silence, car les condamnés n'avaient pas droit à la parole.
St Jean (page24)
Camp des relégués.
Evacué en 1868 pour cause d'insalubrité,
ré ouvert en 1887.
St Laurent du Maroni (page22)
Le nom de St Laurent est donné à cette localité par Auguste Laurent Baudin Gouverneur de Guyane.
Un Décret de 1880 a érigé cette localité en commune pénitentiaire.
Les citoyens libres n'avaient pas droit de vote pour élire les administrateurs de la ville.
Celle ci était dirigée par une commission municipale composée de personnalité appartenant à l'administration pénitentiaire et du commandant supérieur du Maroni.
Carte de La Guyane
Villes de Guyane
06L’affaire DreyfusRecherche familiale
Dégradation du capitaine Dreyfus 5 janvier 1895
http://www.herodote.net
Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est solennellement dégradé dans la cour des Invalides. Il a été condamné au bagne à vie pour haute trahison.
L'«Affaire Dreyfus» commence un an plus tard avec la révélation de son innocence. Elle va secouer l'opinion publique en France et dans le reste du monde pendant plusieurs décennies.
Une condamnation sans histoire
L'affaire Dreyfus débute comme une banale affaire d'espionnage par la découverte en septembre 1894 d'un bordereau contenant des secrets militaires et adressé à l'ambassade allemande.
Le capitaine Alfred Dreyfus (35 ans) est très vite accusé d'en être l'auteur sur la foi d'une analyse graphologique truquée.
Issu d'une riche famille israélite d'origine alsacienne, cet officier d'état-major est arrêté dès le 15 octobre 1894 sous l'inculpation de haute trahison.
Il échappe à la guillotine en vertu d'une loi qui a aboli la peine de mort pour les crimes politiques.
C'est ainsi qu'il part pour l'île du Diable, en Guyane.
Personne en France ne doute alors de sa culpabilité... sauf sa femme Lucie et son frère Mathieu qui vont remuer ciel et terre pour obtenir sa libération.
Le doute s'installe
Tout se corse en mars 1896.
Le lieutenant-colonel Georges Picquart, qui dirige le service de renseignements, découvre que l'auteur du bordereau est en vérité le commandant Charles Walsin-Esterhazy.
Ayant fait part de ses doutes au chef de l'état-major, il est réduit au silence par un limogeage en Tunisie.
En octobre 1896, le colonel Henry, des services secrets, désireux d'écarter les soupçons d'Esterhazy, produit un nouveau bordereau qui accable Dreyfus. On apprendra plus tard qu'il s'agit d'un faux document!
Entre temps, la famille du capitaine Dreyfus fait appel au journaliste Bernard-Lazare pour chercher des motifs de réviser le procès.
Enfin, le 14 novembre 1897, le sénateur de Strasbourg Auguste Scheurer-Kestner, lui aussi convaincu de l'innocence de Dreyfus, publie une lettre où il annonce des faits nouveaux.
Le lendemain, Mathieu Dreyfus ne s'embarrasse pas de précautions et dénonce Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau.
Le patriotisme contre les principes
Le 11 janvier 1898, Esterhazy, qui a lui-même demandé à être jugé, est acquitté par un conseil de guerre et c'est le lieutenant-colonel Georges Picquart qui fait les frais du procès.
Accusé de faux, il est emprisonné et chassé de l'armée !
A Paris, chacun prend parti et l'Affaire prend vite un tour politique:
– il y a d'un côté ceux qui considèrent qu'on ne transige pas avec les principes et que Dreyfus, comme tout citoyen a droit à un procès équitable ; ce sont les «dreyfusards».
Parmi eux beaucoup de pacifistes de gauche et des idéalistes de droite comme Charles Péguy.
de l'autre côté, les «antidreyfusards» considèrent que l'intérêt national prime par-dessus les droits de la personne ; face à l'«ennemie héréditaire» (l'Allemagne), il n'est pas question de porter atteinte au moral de l'armée avec un procès en révision de Dreyfus, que celui-ci soit innocent ou pas !
L'origine israélite et bourgeoise de Dreyfus attise les passions et l'antisémitisme vient au secours d'un patriotisme dévoyé.
Le dénouement
Le 13 janvier 1898, coup de théâtre avec la publication d'un article incendiaire, intitulé J'accuse... et signé par le célèbre écrivain Émile Zola.
Tout y est dit des mensonges et des compromissions des autorités. L'auteur doit s'exiler pour ne pas être emprisonné.
Mais il n'est plus possible au gouvernement d'en rester là. Dreyfus revient du bagne.
Il est à nouveau jugé, condamné à dix ans de prison et aussitôt gracié par le Président de la République.
Le dénouement a lieu le 12 juillet 1906 avec sa réhabilitation par la Cour de Cassation.
De l'Affaire à Israël
Parmi les nombreuses conséquences de l'Affaire Dreyfus en France et dans le monde, notons celle-ci :
Un jeune journaliste hongrois d'origine juive, Theodor Herzl, suit l'Affaire dès le premier procès de Dreyfus.
Révolté par l'antisémitisme français, il en conclut à la nécessité de créer un État juif pour accueillir ses coreligionnaires et publie un livre pour les en convaincre.
Israël est ainsi né de l'injustice faite à Dreyfus.
Qui était Dreyfus ?
Alfred Dreyfus, est né le 9 octobre 1859 à Mulhouse, en Alsace, dans le département du Haut-Rhin, il est décédé, le 12 juillet 1935 à Paris, Alfred Dreyfus était le fils de Jacques Dreyfus, un industriel et de Rachel Katz.
Dreyfus s'engagea à l'École polytechnique en 1878. Il était artilleur.
En 1890,il épouse Lucie Hadamard, la fille d'un diamantaire, avec qui il a deux enfants, Pierre Dreyfus qui est né en 1891 et Jeanne Levy Dreyfus qui est née en 1893.
Alfred Dreyfus fut affecté à l’Etat-major du Ministère de la guerre, en 1893, avec le grade de Capitaine.
En 1894, les services du renseignement français découvrirent des papiers sur des "secrets militaires", qui avaient été remis à l'ambassade d'Allemagne, les soupçons, se portèrent de suite sur Alfred Dreyfus, qui avait, selon les accusateurs, des origines alsaciennes et juives.
Dreyfus fut alors, arrêté et incarcéré, dégradé devant les cris d'une foule en délire, qui criait "A bas les juifs"!!!
Il fut envoyé en exil, au bagne, sur l'île du Diable en Guyane Française.
07Chronologie du bagneRecherche familiale
Histoire du Bagne de Guyane
Chronologie
27 septembre 1748 Ordonnance prévoyant de nouvelles peines et conditions de détention sans pour autant supprimer les galères, et création du bagne de Toulon.
• 1758 Création du bagne de Brest.
• 1767 Création du Bagne de Rochefort.
• Juillet 1795 Arrivée en Guyane des deux révolutionnaires Billaud Varenne et Collot d'Herbois,
• 1794 Création du bagne de Lorient désaffecté en 1830
• 1797 Arrivée en Guyane de 16 autres révolutionnaires
• 1798 Arrivée de 376 déportés essentiellement des prêtres
• 1798 Création du Bagne du Havre, désaffecté en 1803
• 1803 Création du bagne de Cherbourg, désaffecté en 1814
• 9 décembre 1836 Ordonnance portant suppression des chaînes et boulets.
• 1846 Rapport du Baron Portal ministre de la marine. Les forçats atteignent le nombre de onze mille. C'est une charge considérable pour la marine. Non seulement ils coûtent beaucoup, mais ils corrompent la population des arsenaux. Une commission a été nommée pour examiner s'il n'y avait pas quelque moyen de les employer à l'intérieur ou de les déporter dans un lieu ou l'on pût leur présenter l'espérance d'un meilleur avenir. Jusqu'ici, on n'a pas trouvé de lieu de déportation convenable. Quoi qu'il en soit, de ces projets, j'ai fait examiner la situation de ces misérables et il a paru en la comparant avec celle des ouvriers qu'on leur avait fait une condition trop douce.
• 1850 Nouvelle tenue pour les condamnés : Une casaque de laine, trois chemises de toile, trois pantalons de toile, et un de laine jaune, un gilet de laine rouge, une paire de souliers, Et pour les condamnés travaillant au dehors, une vareuse de grosse toile. Le numéro de matricule était inscrit sur chaque vêtement, sur chaque chaussure, et sur le bonnet.
• 22 novembre 1850 Le prince Louis Napoléon proclamait : " 6000 condamnés dans nos bagnes grèvent les budgets d'une charge énorme, se dépravant de plus en plus, et menaçant incessamment la société. "Il me semble possible de rendre la peine des travaux forcés plus efficace, plus moralisatrice, moins dispendieuse, et plus humaine en l'utilisant au progrès de la colonisation française ".
• 1852 Fermeture du bagne de Rochefort
• 31 mars 1852 Départ du port de Brest à destination de la Guyane de la Frégate l'Allier. Elle débarque aux îles du Salut : deux cent quatre-vingt-dix huit condamnés qui proviennent des bagnes de Brest et Rochefort, et trois déportés politiques.
• 1852 Création d'un pénitencier à l'Ilet la Mère
• 1853 Epidémie de fièvre jaune, qui fit de grands dégâts au camp de la Montagne d'Argent.
• 1853 Création du camp de Saint Georges
• 30 mars 1854 Vote de la loi qui définit la transportation des condamnés aux travaux forcés hors de France. Et qui Instituait en outre: Le doublage.
• 1854 Création des camps de Sainte Marie, Saint Philippe, sur la rivière Comté.
• Juillet 1854 au 29 novembre 1854 Construction du Camp de St Augustin sur la Rivière La Comté
• 1855 Mise en service de pénitenciers flottant au large de Kourou et Cayenne.
• 1855 Epidémie de fièvre jaune.
• 15 mars 1855 Le gouverneur de Guyane accorde aux déportés politiques le droit de porter la barbe.
• 1856 Création du pénitencier de Kourou
• 1856 Fermeture du camp de St Georges.
• 1856 Epidémie de fièvre jaune.
• 1858 Fermeture du bagne de Brest
• 21 février 1858 Inauguration du camp de St Laurent par le gouverneur Auguste Laurent Baudin
• 1859 Arrivée en Guyane des premières femmes, et création du Bagne des femmes à Mana.
• 1859 Evacuation des Camps de Sainte Marie, Saint Philippe, Saint Augustin, sur la rivière Comté
• 1859 Création du camp de l'îlet St Louis.
• 1859 Création du camp de St Jean.
• 1859 Premier mariage entre un homme et une femme transportés.
• 1860 Fermeture du camp de St Georges.
• 1860 Epidémie de paludisme.
• 1861 Création du camp d'Organabo et St Pierre.
• 1863 Ouverture du bagne de Nouvelle Calédonie
• 1863 Création du camp de Ste Anne.
• 1864 Les condamnés sont plutôt dirigés vers la Nouvelle Calédonie, dans une tentative de colonisation.
• 1864 Evacuation du camp de la Montagne d'Argent.
• 1864 Création des camps de St Maurice et Ste Marguerite.
• 1866 Création du camp de Sparouine.
• 1867 Début des travaux de construction du pénitencier de Cayenne.
• 1867 Décret suspendant la transportation d'Européens vers la Guyane.
• 1868 Fermeture du camp de St Jean pour cause d'insalubrité.
• 1868 Fermeture du camp de Sparouine.
• 1868 Fermeture du camp des Hattes.
• 1871 Abandon des pénitenciers flottants La Chimère et Le Grondeur.
• 1873 Fermeture du bagne de Toulon
• 1875 Epidémie de fièvre jaune, évacuation définitive de l'îlet la Mère
• 1875 Abandon du pénitencier de Kourou.
• 1876 Réouverture du pénitencier de Kourou.
• 1878 Victor Schoelcher, fait approuver une loi interdisant la bastonnade dans les pénitenciers de Guyane.
• 1880 Abandon du pénitencier flottant La Truite.
• 16 Mars 1880 Promulgation du décret érigeant St Laurent en commune pénitentiaire.
• 10 juillet 1880 Vote de la loi instituant l'amnistie pour tous les condamnés aux insurrections de 1870 et 1871, à l'exception des condamnés à la peine de mort ou aux travaux forcés pour crimes d'assassinat ou d'incendie.
• 1883 Les bagnes passent sous la tutelle du ministère des colonies. Jusque là, ils dépendaient du ministère de la marine.
• 1884 Achèvement de la construction de l'hôpital de l'île Royale
• 27 mai 1885 Vote de la loi sur les relégués.
• 1886 Réoccupation partielle du camp de la Montagne d'Argent
• 1887 Reprise de l’envoi des condamnés Européens en Guyane.
• 1887 Réouverture du camp de St Jean.
• 16 juin 1887 Arrivée des premiers relégués. (324 hommes et 24 femmes)
• 1888 Reprise des transportations massives vers la Guyane, pour les transportés et les relégués.
• 4 octobre 1889 Décret portant la création du Tribunal maritime spécial.
• 1891 Directive Française demandant à l'administration pénitentiaire d'adopter une autosuffisance alimentaire.
• 4 septembre 1891 Décret d'application sur les règlements disciplinaires des établissements pénitentiaires. Et qui stipulait en outre l'interdiction pour les condamnés de recevoir une quelconque rétribution de leur travail.
• 1897 Arrêt de la déportation vers le bagne de Nouvelle Calédonie.
• 12 mars 1895 Arrivée de Dreyfus à bord du navire St Nazaire
• 9 septembre 1895 Loi qui stipulait en autre que l'île du Diable était lieu de Déportation.
• 1896 Création du Camp Charvein
• 1897 Epidémie de typhus
• 1899 Création de Nouveau Camp
• 1899 Départ de Dreyfus à bord du navire Sfax.
• 1903 Le procureur général de Guyane s'insurge sur la situation disciplinaire exécrable du camp Charvein.
• 1906 Le gouvernement suspend l'envoi des femmes en Guyane.
• 1906 Création du camp des Malgaches.
• 1909 Abandon du camp de la montagne d'Argent
• 1909 Création du Camp Godebert
• 1910 Réouverture du camp des Hattes.
• 1912 Inauguration de l'hôpital de St Laurent.
• 1917 Réoccupation du camp de la Montagne d'Argent
• 1918 Epidémie de grippe
• 1918 Fermeture du pénitencier de Kourou.
• 8 août 1923 Parution dans le Petit journal du 1er article sur le bagne par Albert Londres.
• 1924 Réoccupation du pénitencier de Kourou.
• 1925 Suppression des bat-flancs, des fers et des cachots. Les condamnés ont droit au hamac.
• 1929 Fermeture définitive du camp de la Montagne d'Argent.
• 1931 Création des Camps Spéciaux destinés aux condamnés provenant d'Indochine. (La Forestière-Saut Tigre-Crique Anguille)
• 1931 2 Août Fermeture définitive du bagne de Nouvelle Calédonie.
• 1938 Fermeture du camp Crique Anguille.
• 17 juin 1938 Décret loi portant suppression de la transportation en Guyane.
• 22 novembre 1938 Dernier convoi de transportés à destination de la Guyane. (666 relégués)
• 1939 Fermeture du camp Saut du Tigre.
• 1946 Fermeture définitive du bagne
• 17 août 1946 Arrivée à Marseille de cent quarante-cinq détenus en provenance de Guyane.
Consulter le livret illustré — 22 pages
Le livret de recherches de Bernadette, avec ses cartes et ses photographies.
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Annotations
Istor Ha Breiz, 2026
Repères et vérifications
Ces repères confrontent le récit d’Hyacinthe aux recherches de Bernadette et à d’autres sources historiques.
| Dans le manuscrit | Recherche de Bernadette | Vérification Istor Ha Breiz |
|---|---|---|
| Hyacinthe voyage sur le Versailles en novembre 1895. | La notice du navire indique à un endroit un achat en 1899. | Le bulletin de French Lines donne 1889 : « 1899 » est vraisemblablement une coquille du dossier. |
| Hyacinthe observe l’environnement de détention de Dreyfus et rapporte de nombreuses rumeurs. | Les annexes donnent le 12 mars 1895 comme date d’arrivée de Dreyfus en Guyane. | Dreyfus arrive bien en Guyane le 12 mars, puis est transféré sur l’île du Diable le 15 avril 1895. Les pensées que lui prête Hyacinthe ne sont pas des faits observables. |
| Lors de l’escale en Martinique, Hyacinthe évoque Béhanzin et le fort où celui-ci réside. | Des coupures du Petit Journal documentent Béhanzin dans le regard de la presse coloniale. | Une photographie conservée par la BnF atteste la présence de Béhanzin au fort Tartenson en décembre 1894. |
Sources et références
Les sources de cette édition
Le manuscritHyacinthe Gaudin, récit rédigé entre 1895 et 1897
La transcriptionBernadette Boulé, 2007
Les recherchesBernadette Boulé, recherches documentaires autour du récit
Les annotationsIstor Ha Breiz, annotations de l’édition Web (2026)